Une simple photo de fromage peut suffire à mettre un criminel derrière les barreaux. C’est la leçon qu’a apprise Carl Stewart, un trafiquant de drogue arrêté grâce à l’analyse de ses empreintes digitales via une photo.

« Carl Stewart était impliqué dans un important trafic de drogues, mais il a été arrêté à cause de son amour pour le fromage ». Il y a des affaires policières dont la conclusion est plus étrange que d’autres. L’histoire de Carl Stewart et de son amour du fromage fait partie de celles-là, et elles nous rappellent aussi qu’il faut toujours faire attention à ce qu’on poste sur Internet.

Arrêté grâce à une photo de ses empreintes

Infiltrée depuis plusieurs semaines sur la messagerie Encrochat (notamment utilisée par des criminels en tout genre), la police britannique a vu un beau jour une photo somme toute assez banale postée dans une discussion de groupe : une simple main tenant un bout de fromage anglais (du Blue Stilton pour être précis). Cette main c’était celle de Carl Stewart, que la police soupçonnait d’être derrière un important trafic de drogue sans arriver à le prouver. L’homme, trop content d’avoir réussi à trouver le fromage de ses rêves, avait partagé cette photo avec des malfrats notoires sur la messagerie sécurisée, ne se doutant pas que cela entraînerait sa chute.

La photo qui a fait tomber Carl Stewart // Source : Police de Liverpool

Grâce à ce bête cliché, les services secrets britanniques ont pu analyser les empreintes digitales du criminel soupçonné et les relier à d’autres, relevées sur une scène de crime. « Il a été identifié après avoir partagé une image d’un bloc de fromage dans la paume de sa main, à partir de laquelle ses empreintes digitales ont été analysées », explique le communiqué de la police de Liverpool.

On peut s’amuser de voir un criminel derrière les verrous à cause d’une bête photo de fromage, ou admirer l’exploit technologique qui permet d’analyser les empreintes digitales d’une personne à partir une photo floue, mais l’identification biométrique via des photos est un sujet sérieux qui fait parler de lui depuis longtemps.

Des données personnelles qui nous échappent

En 2010 et en 2018, la police britannique avait déjà utilisé ces outils pour arrêter d’autres trafiquants de drogues. Dans un autre genre, en 2014 lors de la 31e conférence du Chaos Computer Club, un hacker allemand a prouvé qu’il était possible de reproduire une empreinte digitale à partir d’une simple photo. Jan Krissler avait pris pour exemple un cliché d’Ursula von der Leyen (alors ministre fédérale allemande de la Défense et maintenant présidente de la Commission européenne) à partir duquel il avait extrait une reproduction fidèle de son empreinte digitale, capable de tromper des systèmes d’authentification biométrique comme celui de l’iPhone.

La précision des appareils photo actuelle permet d’identifier encore plus facilement certaines de nos caractéristiques physiques qui peuvent aujourd’hui être qualifiées de données personnelles. C’est d’ailleurs pour ça que la CNIL s’est intéressée de près à l’essor des solutions d’identification biométrique dans nos smartphones il y a quelques années. Le gendarme des données personnelles expliquait alors que « le recours à la biométrie pour accéder à une application doit relever du seul choix de la personne concernée, et ne peut en aucun cas être une obligation ». Une recommandation qui n’aurait pas pu sauver Carl Stewart, mais qu’il est bon de garder en tête encore aujourd’hui, ne serait-ce que pour se souvenir que nos données personnelles peuvent nous échapper plus facilement qu’on ne le croit.

La leçon de tout cela est d’ailleurs claire : méfiez-vous des fromages anglais.

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