Le succès très important rencontré par Signal depuis plusieurs jours a eu aussi pour effet d'interroger sur l'origine de cette messagerie instantanée et sur la façon dont elle est financée.

L’application mobile Signal connaît depuis quelques jours un succès spectaculaire, grâce au coup de pouce surprise de l’entrepreneur américain Elon Musk, qui a invité son auditoire à l’utiliser. C’était l’occasion de s’intéresser aux propriétés de cette messagerie instantanée, car le milliardaire n’est pas le seul à la recommander : de nombreuses figures très respectées en font aussi la promotion.

Mais un point n’a pas été abordé : l’environnement dans lequel évolue Signal. En clair : qui est derrière ce logiciel dont tout le monde dit beaucoup de bien (sa qualité en matière de sécurité informatique est telle qu’elle est reprise dans d’autres services très prisés, comme Skype, WhatsApp, Facebook Messenger et Google Messages) ? Et aussi, comment ce projet est-il financé ?

Ce ne sont pas des questions insignifiantes : pour s’en apercevoir, un  petit tour sur les réseaux sociaux suffit pour constater que de nombreux internautes ont jugé utile de partager les réponses — c’est le signe que leurs pairs avaient ces interrogations. Même Signal a été amené à livrer quelques explications sur son compte Twitter au fil des ans pour éclairer celles et ceux qui demandaient des précisions.

Qui est derrière Signal ?

À l’origine de Signal se trouve un Américain, Moxie Marlinspike. Sur son blog, il se décrit  comme marin, hacker, charpentier et ingénieur logiciel. « J’aime la sécurité informatique et le développement de logiciels, en particulier dans les domaines des protocoles sécurisés, de la cryptographie, de la vie privée et de l’anonymat. Mais je déteste aussi secrètement la technologie », dit-il.

Moxie Marlinspike est un pseudonyme. L’intéressé est très discret sur son passé et ses origines. On sait qu’il est né dans l’État de Géorgie et qu’il vit aux dernières nouvelles en Californie. C’est en 2010 qu’il se penche vraiment sur la sécurité des communications, en lançant une application pour protéger les discussions vocales (RedPhone) et une autre pour les messages écrits (TextSecure).

Moxie Marlinspike
Moxie Marlinspike // Source : John S. and James L. Knight Foundation

Pour superviser le tout, une startup, Whisper Systems est lancée, qui devient en 2013 Open Whisper Systems quand Moxie Marlinspike bascule dans une approche de code source ouvert. Cette ouverture permet au développement de RedPhone et TextSecure de se poursuivre. Les deux applications finissent par être réunies en 2015 dans une seule et même application, Signal.

Moxie Marlinspike pourrait être qualifié de libertaire, ou d’anarchiste — c’est d’ailleurs avec ce deuxième qualificatif que Wired a titré son portrait. Le magazine dit de lui que pendant longtemps, il a tenu pour acquis que l’autorité était l’ennemi. Cette méfiance envers l’État a déteint sur ses activités, car il a mis à profit ses compétences en cryptographie pour que les internautes puissent accroître leur confidentialité.

« Quand j’étais jeune, l’insécurité d’Internet avait quelque chose d’amusant », disait-il en 2016 au magazine. Et puis, le Patriot Act est passé par là, comme les spectaculaires révélations d’Edward Snowden en 2013. sur la surveillance de masse sur Internet. « Maintenant, l’insécurité d’Internet est utilisée par des gens que je n’aime pas contre des gens que j’aime : le gouvernement contre le peuple ».

Comment Signal est-il soutenu ?

À ces débuts, en 2013, Open Whisper Systems a été financée par l’Open Technology Fund, une association à but non lucratif soutenue par les États-Unis. L’OTF déclare « s’engager à faire progresser la liberté d’Internet dans le monde », en soutenant « des projets axés sur la lutte contre la censure et la surveillance ». La première année, l’OTF a versé 500 000 dollars et au total 2,3 millions de dollars au fil des ans.

En 2018, une bascule importante a lieu. Il est décidé de soutenir Signal à travers la mise en place d’une fondation indépendante, sous la forme d’un organisme à but non lucratif  : la 501c3. Celle-ci a pour avantage de l’exempter d’imposition fiscale. Cette forme lui permet en outre de recevoir des dons du public. C’est le même modèle que la fondation Wikimédia, qui opère Wikipédia, la célèbre encyclopédie en ligne.

La page d’accueil de la Fondation Signal.

Il est à noter que la fondation a justement reçu dès 2018 un don très généreux de la part de Brian Acton, l’un des deux créateurs de WhatsApp. L’intéressé, qui a quitté WhatsApp en 2017, a versé 50 millions de dollars. Il a au passage décroché un siège dans le conseil d’administration où siège aussi Moxie Marlinspike. Une troisième personne, l’universitaire Meredith Whittaker, complète le conseil.

Si le soutien financier de Brian Acton a permis à la Fondation Signal de débuter ses activités l’esprit léger, c’est en fait surtout à travers la générosité des internautes que l’avenir du projet va se jouer. De fait, le financement de Signal est plus clair et moins sujet aux critiques, notamment face à Telegram, puisque ce dernier s’oriente vers un business model avec de la publicité.

Enfin, un organisme à but non lucratif ne peut pas être vendu, ce qui lui assure un degré de protection supplémentaire et évite les mauvaises surprises dans quelques années. Faute de mécanisme de propriété, si la Fondation Signal mettait met fin à ses activités, le conseil d’administration devrait distribuer tous les actifs de l’organisation à un autre structure ayant la même forme juridique, une fois les dettes réglées.

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