Salto arrive bientôt en France. Et la plateforme française vidéo à la demande par abonnement (SVOD) entend compter sur la technologie HbbTV et sur les téléviseurs connectés pour enrichir ses contenus en direct.

Qu’est-ce que veut dire HbbTV ?

C’est un acronyme signifiant Hybrid Broadcast Broadband TV. Il désigne une norme industrielle pour la télévision numérique afin de diffuser des contenus hybrides sur un téléviseur connecté. La norme a vu le jour en 2010 avec la sortie de la première version de ses spécifications. Depuis, quatre évolutions ont eu lieu, dont la dernière, numérotée 2.0.2, date de septembre 2018.

Le HbbTV est soutenu par plusieurs fabricants de téléviseurs (LG, Panasonic, Samsung, Sharp, Sony, TCL), mais aussi par Google, des chaînes de TV et de grands groupes de médias (BBC, Rai, RTL Group, Sky). Des industriels sont aussi présents, comme Dolby, Realtek, HiSense, HiSilicon, MediaTek. On trouve enfin des diffuseurs, comme EutelSat, TDF (TéléDiffusion de France).

Mais surtout, il y a Salto, la nouvelle plateforme de SVOD française. Salto sera à la fois un service de SVOD et une plateforme qui permet de regarder en direct une vingtaine de chaînes de télévision. Ce service sera consultable par Internet, ainsi que sur des téléviseurs via Apple TV ou Android TV. À moyen terme, Salto sera aussi en télévision numérique terrestre (TNT), sur des téléviseurs spécifiques et dans des box Internet.

Les grands constructeurs de téléviseurs appuient la technologie HbbTV. // Source : Panasonic

Que permet le HbbTV ?

À offrir de l’interactivité aux téléspectateurs, en permettant aux diffuseurs de proposer des services non linéaires avec la télévision linéaire (une expression qui désigne la diffusion en direct d’une chaîne, qui nécessite donc d’être à l’heure dite d’un programme pour le voir, au risque sinon de le manquer). Un service non linéaire peut être par exemple de la rediffusion (replay) ou bien la possibilité de voir les émissions précédentes.

Comme l’a relevé Salto dans une consultation publique lancée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) sur la modernisation de la télévision numérique terrestre, la technologie HbbTV a été conçue « précisément » avec l’objectif de fournir de l’interactivité. Elle peut aussi offrir des perspectives en matière d’accessibilité pour les malvoyants ou malentendants.

Parmi les autres usages avancés que l’on peut envisager avec le HbbtTV figurent la possibilité de voter en direct, d’afficher des réseaux sociaux ou d’envoyer ses réactions, du télétexte amélioré, de la publicité segmentée (qui sert par exemple à diffuser un premier spot à un groupe de personnes et un second à un autre groupe de téléspectateurs), des jeux et ainsi de suite.

Un autre atout du HbbTV, que cite Salto, est sa faculté à évoluer dans un « environnement pur IP », c’est-à-dire quand la TV est diffusée par Internet. En clair, cela permet au diffuseur de fournir des services non linéaires sans avoir à développer des applications dédiées, pour chaque système d’exploitation. Cela constitue pour le diffuseur « une économie importante », fait observer Salto.

Qui se sert du HbbTV en Europe et dans le monde ?

Les déploiements les plus emblématiques du HbbTV sont en Allemagne, en Australie, en Espagne, en Italie, en Nouvelle-Zélande et au Royaume-Uni, d’après Salto. Le HbbTV est utilisé pour diverses plateformes de TV interactive. D’autres déploiements plus ou moins avancés, ou prévus, sont aussi évoqués en Iran, aux Pays-Bas, en Russie, en Suède, en Thaïlande, en Turquie et au Vietnam.

Sur le site officiel de HbbTV, 22 pays sont recensés, dont la France d’ailleurs. Parmi les chaînes qui sont décrites comme compatibles avec le HbbTV figurent TF1, M6, Arte, C8, CStar, Chérie 25, France 24, Gulli, iTélé, NRJ12 et TV5 Monde. France Télévisions (France 2, France 3, France 4, France 5, France Info et La Première) a utilisé le HbbTV jusqu’en 2016 avant d’arrêter, faute de succès.

Il faut noter que Salto est une plateforme de vidéos à la demande par abonnement qui est commune à TF1, M6 et France Télévisions.

Que faut-il comme équipement pour bénéficier du HbbTV ?

Basiquement, d’un téléviseur permettant d’aller sur Internet — qu’on appelle à raison téléviseurs connectés (ou parfois « smart TV »). Le fait est que plusieurs constructeurs de téléviseurs soutiennent cette norme industrielle : c’est le cas des marques citées plus haut, mais aussi de Philips, Toshiba, Loewe ou Sharp. La grande majorité des modèles récents fonctionne avec le HbbTV.

Plus précisément, détaille Sony, il faut disposer d’un décodeur IPTV, de connecteurs d’entrée (y compris Ethernet) et d’au moins un tuner pour recevoir les signaux TV diffusés. Le tuner d’un décodeur hybride peut être adapté à la télévision numérique terrestre (DVB-T, DVB-T2), au câble numérique (DVB-C, DVB-C2) et au satellite numérique (DVB-S, DVB-S2), précise le constructeur japonais.

Pourquoi Salto compte sur le HbbTV ?

Diverses raisons expliquent l’intérêt de Salto pour le HbbTV. D’abord, parce que deux de ses trois parents utilisent déjà du HbbTV de leur côté et que le dernier s’en est servi pour un temps.

C’est ce que rappelle Bastien Luneteau, consultant et ingénieur, sur Twitter, en citant des expérimentations de France Télévisions dès 2009 avec le tournoi de Roland-Garros avec les scores en direct et des flux en direct des différents courts, ou bien en 2012 avec une sorte d’ancêtre de Salto, qui s’appelait déjà Salto, qui permettait de relancer une émission au début (start-over).

Aperçu de l’interface de Salto.

Il y a aussi une raison économique, à la fois à travers la publicité segmentée — début 2019, FranceTV Publicité annonçait être la première régie à réaliser une substitution ciblée de spots publicitaires sur la TNT en HbbTV avec TDF. Ces annonces ciblées peuvent être bien plus intéressantes financièrement pour les chaînes, puisqu’elles peuvent les émettre selon le profil des téléspectateurs.

Pour Salto, cela participe aussi à l’indépendance face à d’autres acteurs. Le service relève que cette technologie « a vocation à se déployer de manière universelle et homogène, et permet ensuite à chaque éditeur de piloter son offre, sans devoir négocier l’adaptation des équipements, des réseaux ou des box à son offre ». Elle ne requiert pas non plus une app dédiée pour chaque OS à développer et maintenir.

Et puis, note Bastien Luneteau, cela offre un avantage concurrentiel face à des poids lourds comme Netflix ou Amazon Prime Video, « qui ne pourront jamais être disponibles par le biais de la TNT » — qui est utilisée par 7 Français sur 10, pointe Salto. Il reste toutefois à vérifier quelle sera l’attractivité réelle du HbbTV. Car pour que le public s’en empare, il lui faudra d’abord être séduit par le catalogue de la plateforme.

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