Twitter a annoncé en septembre de nouvelles règles de modération qui portent spécifiquement sur les scrutins électoraux. L'une d'elles vise les proclamations de victoire des candidats. Le réseau social prévient qu'il pourra les modérer si les résultats ne sont pas encore validés.

Donald Trump pourrait-il se servir de Twitter pour revendiquer avant l’heure la victoire à l’élection présidentielle américaine du 3 novembre 2020, sans que les résultats du scrutin ne soient connus — et certifiés ? C’est de toute évidence un risque que le réseau social prend au sérieux, puisqu’il a établi de nouvelles règles de modération le 10 septembre pour prévenir un certain nombre de cas de figure.

Revendiquer la victoire avant la validation des résultats est un motif de modération

L’une des nouvelles consignes établit ceci : à partir de septembre, Twitter modérera les « informations fausses ou trompeuses destinées à saper la confiance du public dans une élection ou un autre processus civique », y compris celles relatives à l’issue d’un vote, quel qu’il soit. Cette modération pourra prendre la forme d’un label d’avertissement lié au tweet litigieux ou bien de sa suppression pure et simple.

Cette consigne recouvre « les allégations trompeuses concernant les résultats ou l’issue d’un processus civique qui appelle ou pourrait conduire à une interférence dans la mise en œuvre des résultats du processus, par exemple en revendiquant la victoire avant que les résultats des élections n’aient été certifiés ». Et ce cadre concernera aussi Donald Trump, même s’il est président des États-Unis.

C’est ce qu’a fait comprendre un porte-parole de Twitter, cité par Politico : les règles vont s’appliquer à tout le monde, qu’il s’agisse des internautes lambdas, des candidats ou des élus. Pour porter ses couleurs, le parti Républicain a choisi Donald Trump pour un éventuel second mandat. En face, les Démocrates lui opposent Joe Biden. Lui aussi devra s’abstenir de crier victoire trop tôt.

Joe Biden
Les consignes de Twitter s’appliquent aussi à Joe Biden — ici en 2016. // Source : Bill Ingalls

Twitter ne veut pas être le théâtre d’une situation rocambolesque semblable à celle de l’élection présidentielle américaine entre Al Gore et George W. Bush, en 2000, où les incertitudes ont succédé aux hésitations et aux affirmations, à la télévision, sur le résultat de certains États clés — avec un candidat démocrate concédant d’abord sa défaite avant de faire marche arrière.

Twitter sait plus que quiconque que Donald Trump affectionne son service pour prendre la parole, sans aucun filtre. Compte tenu du caractère de l’intéressé, mais aussi de son passif sur le réseau social, des interventions excessives, trompeuses, mensongères voire même dangereuses de sa part ne sont pas à exclure d’ici le 3 novembre, ou bien dans les jours qui suivent.

Le site a d’ailleurs dû le modérer à quelques reprises, mais l’exercice est limité du fait de la fonction qu’occupe Donald Trump au niveau national mais aussi à l’échelle du monde.

Donald Trump
Donald Trump a suggéré à quelques reprises qu’il ne concédera pas facilement la victoire, en cas de défaite à l’élection présidentielle. // Source : Tia Dufour

Vues d’Europe, les nouvelles consignes de Twitter peuvent sembler exagérées, d’autant que Twitter ne s’arrête pas là : il entend aussi modérer les tweets qui « pourraient mener à des interférences avec la mise en œuvre des résultats du processus, par exemple en incitant à un comportement illégal pour empêcher un transfert pacifique du pouvoir ou une succession ordonnée ».

Cette autre hypothèse est nourrie par le fait que Donald Trump a semblé dire qu’il pourrait ne pas reconnaître le résultat de l’élection s’il ne lui est pas favorable. «  Je ne suis pas un bon perdant, je n’aime pas perdre. […] Je dois voir », a-t-il déclaré à Fox News cet été, avant d’en remettre une couche sur le vote par correspondance qui, selon lui, va complètement fausser le scrutin — ce que les experts contestent.

De là à imaginer qu’il refuse de céder le pouvoir ? Alors l’armée devra intervenir pour défendre la Constitution — c’est en tout cas le sens de la lettre ouverte signée par deux officiers américains à Mark A. Milley, l’actuel chef d’État-major de l’armée américaine, et parue le 11 août dans Defense One : « Si le commandant-en-chef tente d’ignorer les résultats de l’élection, vous serez confronté à un choix ».

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