L'Inde est désormais en mesure de détruire des satellites avec des missiles. Le pays en a fait la démonstration fin mars avec la mission Shakti qui visait l'un de ses engins.

Le club très restreint des puissances capables de détruire un satellite avec un missile s’est agrandi. Mercredi 27 mars, l’Inde a annoncé avoir réussi un tir de missile contre l’un de ses satellites. Le pays dirigé depuis 2014 par Narendra Modi devient ainsi le quatrième État au monde à parvenir à frapper un engin situé à quelques centaines de kilomètres dans l’espace après les États-Unis, la Russie et la Chine.

Le tir survenu fin mars s’est déroulé dans le cadre d’un exercice. Baptisée Shakti, un terme hindouiste faisant référence à la force, à la puissance et au pouvoir, la mission a fait la fierté du Premier ministre. « Dans le parcours de chaque nation, il y a des moments qui suscitent la plus grande fierté et qui ont un impact historique sur les générations à venir. L’un de ces moments est aujourd’hui », a-t-il déclaré.

C’est un satellite évoluant en orbite basse qui a été touché. Celui-ci se trouvait à 300 km d’altitude. Par cette destruction, New Delhi envoie un message : il est maintenant capable, si besoin était, de détruire des satellites espions — c’est en effet à de telles hauteurs que ces engins opèrent. Par exemple, l’un des nouveaux satellites d’observation de la France évoluera à 480 km d’altitude.

La distance du satellite ne dit pas en revanche si l’Inde a la capacité d’atteindre d’autres satellites stratégiques, qui peuvent être généralement positionnés bien plus loin. C’est le cas par exemple des satellites américains servant au GPS : ils gravitent en effet à plus de 20 000 km de distance. Ceux-ci toutefois ne risquent rien de New Delhi, au regard des bonnes relations avec Washington.

Une période de tensions régionales

En revanche, l’Inde pourrait pulvériser des satellites de télécommunications en vue de perturber la ligne de commandement d’un adversaire si celui-ci a placé ces engins sur une orbite relativement basse. Sur le plan régional, cela pourrait concerner le Pakistan, dont les relations avec l’Inde sont historiquement mauvaises, et dans une moindre mesure, la Chine, avec qui des différends territoriaux existent.

La région est sous tension. // Source : Capture d’écran Google Maps

Il convient de relever que ce tir survient à un moment particulier au niveau régional. L’Inde et le Pakistan — deux États dotés de l’arme nucléaire — connaissent un regain de tension depuis plusieurs semaines dans le Cachemire. Des soldats et des civiles ont été tués de chaque côté tandis que des avions ont été abattus et quelques pilotes ont été faits prisonniers.

Débris spatiaux

Si Narendra Modi se félicite de faire entrer son pays dans un groupe élitiste de nations capables d’atteindre l’espace, dans le cadre d’un effort entièrement national sans aucune aide extérieure, le Premier ministre a toutefois un sujet pourtant important : celui des débris spatiaux autour de la Terre, qui ont été générés par cette démonstration de puissance nationaliste.

En 2013, la NASA évaluait à plus de 500 000 le nombre de débris en orbite qui sont suivis depuis la Terre. Cette surveillance n’est pas exhaustive : des débris passent sous les radars. Certains d’entre eux filent à plus de 28 000 km/h. De véritables projectiles et une menace pour les satellites et les missions spatiales. Et un problème pour l’orbite de la Terre, qui ressemble à une poubelle.

À lire sur Numerama : Pourquoi les USA s’inquiètent des missiles anti-satellites de la Russie et de la Chine

Crédit photo de la une : ISRO

Partager sur les réseaux sociaux