Bird et Lime, les deux applications de location de trottinettes en libre-service, ont été lancées cet été 2018 à Paris. Nous les avons testées simultanément : voici notre avis.

Le paysage des véhicules en libre-service s’est récemment agrandi en France. Après les vélos, les voitures et les scooters électriques, c’est au tour des des trottinettes électriques d’envahir la capitale.

L’Américain LimeBike, désormais rattaché à Uber, a posé ses premières roues à Paris fin juin 2018, suivi de près par un autre Américain, Bird, qui a débarqué le 1er août. À ce jour, les deux acteurs se partagent le tout nouveau marché du partage de trottinettes dans la première ville française à l’accueillir.

Quel service est le plus intéressant ? Faut-il privilégier l’un des deux acteurs ? Nous avons testé simultanément les deux trottinettes. Verdict.

Marie Turcan pour Numerama

Poids, taille et maniabilité

Si on les compare à des modèles sans moteur, il n’y évidemment pas photo : les deux trottinettes sont très lourdes. S’il faut compter environ 12,5 kg pour les deux, la LimeBike semble étrangement beaucoup plus lourde — peut-être à cause de sa taille plus importante. La LimeBike est faite pour les grands gabarits : si vous faites moins d’un mètre 60, elle sera difficile à manier. À l’inverse, la Bird est plus petite et compacte, ce qui permet à des utilisateurs plus petits de l’utiliser, sans fermer la porte aux plus grands — ils devront juste courber un peu le dos.

Avec une roue plus épaisse et de plus grand diamètre, la Xiaomi M365 (Bird) absorbe bien mieux les chocs que la Lime, qui résiste difficilement aux pavés parisiens — et n’essayez pas de vous attaquer aux descentes de trottoirs. Heureusement que la Xiaomi est plus stable, car elle est très nerveuse : les accélérations au démarrage sont rapides et le frein très réactif. Elles sont donc plus efficaces au démarrage que les Lime, qu’il faut pousser sur quelques mètres pour prendre de la vitesse.

Gagnant : Bird

Look

De prime abord, la Lime est plus élégante car plus élancée et plus fine. Reconnaissable grâce à ses parties vert pomme, elle permet d’être identifiable plus facilement de loin — et ça peut être utile lorsque l’on doit s’élancer d’un trottoir à un autre pour mettre la main sur le précieux véhicule avant un autre utilisateur. De son côté, la Bird se veut plus passe-partout, ce qui lui permet de moins attirer l’œil des casseurs — les vélos vert fluo de Gobee.bike n’avaient pas résisté à cette entreprise de démolition.

Gagnant : Lime

Vitesse

Officiellement, Lime ne dépasse pas les 24km/h, mais nous avons pu la pousser jusqu’à 28km/h. Il est possible de surveiller sa vitesse grâce au petit compteur sur le volant. De son côté, Bird ne permet pas de voir à quelle allure l’utilisateur roule. Mais nous avons fait rouler les deux véhicules sur une même route côte à côte, et la trottinette Lime prend rapidement plusieurs longueurs d’avance sur la Bird.

Gagnant : Lime

Tarifs et paiement

Capture d’écran des tarifs Bird (gauche) et Lime (droite) // Source : Numerama

Les deux applications fonctionnent sur le même principe : vous payez un euro pour la location de la trottinette, puis vous êtes facturés 15 centimes la minute d’utilisation. Le tarif est donc le même… mais pour un système de facturation différent. Bird fonctionne au compte-goutte : si vous roulez une minute, vous serez facturés 1,15 euro et débités directement depuis votre carte bancaire.

Lime, en revanche, a instauré un système de « coupons » : pour pouvoir utiliser une trottinette Lime, il faut acheter une recharge de 10, 20 ou 30 euros. Cette méthode est astucieuse pour l’entreprise, mais pénalisent les clients, contraints de verser un montant fixe à l’avance, sans savoir s’ils pourront un jour le dépenser. Vu combien il est compliqué de trouver une trottinette à la fois libre, en bon état et accessible, les 10 euros obligatoires peuvent être une grande barrière à l’entrée.

Gagnant : Bird

Accessibilité et disponibilité

Trottinettes Bird // Source : Marie Turcan pour Numerama

On les voit partout mais on ne peut les récupérer nulle part. C’est en tout cas l’impression qui ressort de notre test, ainsi qu’après quelques semaines d’utilisation à Paris. Rien que pour rédiger cet article et tourner notre vidéo, nous avons passé 30 minutes dans le centre de Paris à pourchasser des trottinettes revêches.

Officiellement, LimeBike et Bird mettent en service, toute la journée, une centaine de véhicules chacun — uniquement dans les premiers arrondissements. Mais dans les faits, il est impossible d’être sûrs d’avoir une trottinette, entre :

  • Celles qui sont cachées par des particuliers mal intentionnés,
  • Celles qui sont bien géolocalisées, mais déchargées,
  • Celles qui sont bien géolocalisées, mais cassées,
  • Celles qui sont bien géolocalisées, mais encore utilisées par des clients ( !),
  • Celles qui sont dans la rue mais hors service,
  • Celles qui nous passent sous le nez parce qu’on attend qu’un feu passe au vert et un autre utilisateur nous grille la priorité au dernier moment,
  • Celles qui sont bien géolocalisées, en service, que l’on déverrouille mais qui, au final, n’avancent pas, et que l’on doit reposer (tout en ayant payé un euro de course).

Gagnant : Personne (surtout pas le client)

En bref

Au niveau de la prise en main, on préfèrera Bird : la Xiaomi n’est pas un modèle exceptionnel, mais elle fait le boulot sans prétention. À l’inverse, la Lime a tendance à montrer rapidement des signes de fragilité.

Au niveau de l’accessibilité, les deux services souffrent d’un volume très faible de trottinettes disponibles. Là où CityScoot et Coup ont réussi à s’installer dans le paysage comme des solutions efficaces et fiables, les trottinettes restent encore un gadget : on s’estime chanceux lorsqu’on en trouve une, mais il ne faut pas compter dessus pour un trajet important.

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