En novembre 2017, Shannon Lubetich quittait son poste d'ingénieure chez Snapchat. Elle adressait alors un mail à ses collègues, évoquant une culture d'entreprise sexiste. Quelques mois plus tard, la lanceuse d'alerte reprend la parole.

« Toxique » et « sexiste » : c’est en ces termes que Shannon Lubetich, une ancienne employée de Snapchat, décrit la culture de l’entreprise. Le 29 mai 2018, cette ingénieure a pris la parole auprès de nos confrères de Cheddar, revenant sur le mail qu’elle avait adressé à son ancien employeur en novembre dernier.

Dans ce message, l’ingénieure logiciel critiquait l’entreprise pour sa manière de considérer et d’accueillir les femmes et les personnes racisées. Ce texte, rédigé lors du dernier jour de travail de Shannon Lubetich chez Snapchat, n’est pas sans rappeler le témoignage de Susan Fowler chez Uber, rendu public en février 2017.

« J’arrête de me battre »

Quelques heures avant la fermeture de sa boite mail, l’employée énumère les différentes traits pouvant décrire un ou une employée de l’entreprise : une personne gentille, compatissante, une femme ou une personne de couleur.

Avant d’ajouter : « Tout va bien si cette liste ne vous décrit pas. Mais cela ne va pas si vous pensez, consciemment ou non, que ces caractéristiques vous empêchent d’être un bon ingénieur. Mon plus grand espoir est que cette entreprise soit un endroit bienveillant, intelligent et créatif. J’en ai assez d’essayer de me battre, alors que si peu de personnes s’y semblent s’y intéresser  », écrit-elle.

CC Flickr WOCinTech Chat (photo recadrée)

L’ingénieure a adressé ce message à ses 1 300 collègues ingénieurs. Une douzaine d’employés — certains encore en poste, d’autres non — ont expliqué à Cheddar que ce mail avait suscité de nombreuses discussions au sein de l’entreprise pendant plusieurs semaines.

« C’était vraiment  quelque chose auquel je pensais depuis un moment, a raconté l’ingénieure. J’étais mécontente et frustrée par la réponse que j’avais eue en interne, lorsque je rapportais ces problèmes aux ressources humaines. Quand je suis partie, je me suis dit, tous les coups sont permis, je peux dire ce que je veux. Car si des gens sont mécontents, je serais déjà en train de partir. »

Un mail envoyé aux 1 300 ingénieurs de Snapchat

L’ex-employée revient notamment sur une fête organisée pendant l’été 2017, dans l’aéroport de Santa Monica en Californie. À cette occasion, l’entreprise aurait demandé à des femmes de porter un costume rappelant le célèbre filtre représentant une biche, afin de distribuer des hors-d’œuvre et de poser pour des photos.

Une scène à laquelle ont certainement assisté les confondateurs de l’entreprise, Evan Spiegel et Bobby Murphy, présents ce soir-là pour célébrer le sixième anniversaire de l’application. Mary Ritti, vice-présidente chargée de la communication de Snapchat, avait alors déclaré s’être sentie « mal à l’aise », ajoutant que le choix de ces costumes légers « était une erreur et ne s’est pas reproduit depuis. »

CC Flickr WOCinTech

Plaisanteries douteuses

Shannon Lubetich exprime également des préoccupations au sujet deTimothy Sehn, ancien vice-président en charge de l’ingénierie. L’ancienne employée rapporte ainsi l’avoir entendu faire une plaisanterie au sujet de l’allongement du pénis, suggérant à un collègue d’un faire un filtre sur l’app. L’intéressé s’est défendu dans un message adressé à Cheddar, expliquant qu’il « s’excusait sincèrement [s’il avait] offensé qui que ce soit avec [son] choix de mots ou [sa] plaisanterie. »

Solicité par nos confrères, Jerry Hunter, vice-président de Snapchat chargé de l’ingénierie, a déclaré qu’il appréciait que Shannon Lubetich prenne la parole ainsi. « Nous avons travaillé dur pour faire de Snapchat un endroit où chacun se sente respecté et puisse grandir. Je suis enthousiasmé par les progrès que nous avons réalisé cette année, mais sachez que nous avons sans doute encore plus de travail à faire », fait-il savoir.

Le sexisme au travail n’épargne pas non plus d’autres leaders de la tech. Google a récemment été poursuivi par une ex-employée, qui décrit une « culture bro » et une situation de harcèlement sexuel.

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