L’ukrainien HIMERA et le danois GomSpace ont mis en orbite OBRIA NANO, le premier satellite de test d’un futur réseau de communication contrôlé par l’Ukraine. Son entrée en service a été annoncée trois jours après la levée du bridage de Starlink, qui a pesé une dizaine de jours sur le front.

Il fut un temps où Elon Musk, propriétaire de la constellation de satellites Starlink, donnait l’impression d’être entièrement aux côtés de l’Ukraine, alors que le pays subissait une invasion militaire russe à grande échelle. Quatre ans plus tard, l’ambiance a changé. L’hostilité d’Elon Musk est criante, et il se retrouve en position de décider du sort du pays.

Pour Kiev, il devient nécessaire de trouver une solution de rechange en cas de coupure ou de bridage durable de Starlink. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais le pays a commencé à prendre certaines dispositions. Un premier satellite, envoyé en orbite début octobre 2026 pour mener des tests, est ainsi opérationnel, ont annoncé ce mardi 27 octobre ses deux concepteurs.

Le nom de ce prototype ? OBRIA NANO. L’engin a décollé le 1er octobre avec la mission Transporter-18 (qui a également acheminé des puces IA de Google dans l’espace) organisée par SpaceX. Ce vol partagé emportait d’un coup les charges utiles de dizaines de clients, qui se sont ainsi réparti les coûts de la mission.

elon musk starlink
Source : Montage Numerama

On retrouve deux entreprises derrière OBRIA NANO : la société ukrainienne HIMERA et le fabricant danois de petits satellites GomSpace. HIMERA fabrique depuis 2022 des radios militaires conçues pour résister au brouillage. GomSpace, basée à Aalborg et fondée en 2007, dit avoir des clients dans plus de 60 pays.

Selon les communiqués de HIMERA et GomSpace, OBRIA NANO teste déjà en orbite les technologies qui doivent guider la conception de la future constellation. Ce premier engin doit être l’embryon d’une future constellation placée sous le contrôle d’un opérateur ukrainien. L’objectif ici n’est pas de couvrir toute la planète, comme SpaceX, mais de pouvoir au minimum servir le théâtre régional.

Aujourd’hui, Starlink sert aux communications civiles en Ukraine, tandis que Starshield, qui est la déclinaison militaire, est utilisée pour le guidage et le ciblage des drones ukrainiens sur le champ de bataille. Il y a cependant une limitation de taille : l’Ukraine ne peut utiliser Starlink et Starshield pour des frappes sur le territoire russe.

« Pour nous, ce projet va au-delà du lancement d’un satellite », explique Misha Rudominski, cofondateur et CEO de HIMERA. Son objectif est de réduire la dépendance du pays « aux fournisseurs de communications extérieurs ». Elon Musk l’a d’ailleurs écrit lui-même le 24 octobre : si Starlink était coupé, la ligne de front ukrainienne « s’effondrerait immédiatement ».

Or, on n’est jamais mieux servi que par soi-même, dit le proverbe. Et surtout, « chat échaudé craint l’eau froide », dit un autre adage. Si le lancement d’OBRIA NANO est antérieur à la controverse récente de Starlink en Ukraine, GomSpace et HIMERA ne l’ont annoncé que ce mardi 27 octobre, trois jours après le rétablissement de Starlink.

Il faut en effet se souvenir que pendant une dizaine de jours, le bridage de Starlink a privé l’armée ukrainienne d’une partie de ses drones, qu’il s’agisse de frapper les lignes russes ou d’intercepter les drones russes à réaction.

Starlink a rappelé à Kiev ce que coûte la dépendance

Le 14 octobre, l’armée ukrainienne a constaté, sans avoir été prévenue, que Starshield était bridé. Le 19 octobre, Volodymyr Zelensky a indiqué que les terminaux cessaient de fonctionner entre 130 et 161 km/h selon les secteurs du front. Or les intercepteurs ukrainiens doivent aller bien plus vite pour rattraper les drones russes à réaction, qui filent à plusieurs centaines de km/h.

Elon Musk a d’abord écrit, dès le 14 octobre, que ces limites étaient décidées par l’armée américaine et, en dernier ressort, par le président des États-Unis. Washington a renvoyé la responsabilité à Elon Musk, et celui-ci a fini par accuser Kiev, le 24 octobre, d’avoir violé les conditions d’utilisation de Starlink avec des frappes de drones offensives, ce que l’Ukraine a démenti.

Source : Presidence of Ukraine
Source : Presidence of Ukraine

Elon Musk avait promis l’an passé que Starlink n’éteindrait « jamais » ses terminaux en Ukraine. Toujours est-il que le samedi 24 octobre, le ministère ukrainien de la Défense a constaté le retour à la normale de Starlink et Starshield, avec une connexion stable au-delà de 400 km/h. Mais cette affaire a fait l’effet d’un électrochoc.

Au-delà de Starlink, l’Ukraine dépend aussi de satellites étrangers pour observer le front, et la Russie le sait très bien. À la mi-octobre, le satellite militaire russe Kosmos 2612 a été repéré à proximité d’ICEYE-X36, un satellite radar commercial dont l’Ukraine utilise les images. Il s’est écarté après quelques jours, mais Kiev a compris l’avertissement.

Un seul satellite et beaucoup d’inconnues

Même de taille modeste, le réseau satellitaire qu’espère l’Ukraine ne verra pas le jour avant longtemps, et on n’en est qu’au stade des déclarations d’intention. Par exemple, les deux entreprises disent vouloir construire les satellites et les terminaux au sol directement en Ukraine (sans préciser qui lancera ensuite les satellites).

D’après SpaceNews, les deux entreprises n’ont rien dévoilé de précis sur le projet OBRIA : ni ses caractéristiques, ni sa capacité, ni son financement, ni le nombre de satellites prévus. À titre de comparaison, Starlink en compte environ 10 000. On sait cependant que ce réseau ukrainien doit venir en complément des réseaux satellitaires européens. Comme IRIS² ?

Parmi ces réseaux européens pourrait aussi figurer un projet encore à l’étude : Deutsche Telekom, Orange, Telefónica et Vodafone, quatre des plus gros opérateurs du continent, étudient une candidature commune aux fréquences européennes qui permettent de relier un smartphone directement à un satellite.

HIMERA et GomSpace n’ont donné aucune date pour le déploiement de la constellation OBRIA. D’ici là, les drones ukrainiens vont continuer à passer par les satellites d’Elon Musk. Mais si Kiev veut retrouver de bonnes cartes en main dans son jeu, il lui faut bien commencer quelque part. Et le plus tôt sera le mieux.

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