« Les surfaces tactiles ne sont pas faites pour être à la verticale. Ça donne un super effet en démo, mais au bout d’un petit moment, on commence à se fatiguer, et après un certain temps, on a l’impression que le bras va se détacher. Ça ne marche pas. C’est une catastrophe sur le plan ergonomique ».
Cette phrase, Apple la doit à Steve Jobs. En 2010, alors que l’univers des PC commençait à miser sur les écrans tactiles avec Windows 7 (juste avant le redesign de Windows 8), le cofondateur d’Apple descendait publiquement les rivaux des MacBook. Selon lui, le tactile sur un ordinateur portable n’avait aucun sens. Steve Jobs pensait que les tablettes et les ordinateurs portables devaient rester deux catégories distinctes… et les chiffres de ventes lui ont plutôt donné raison. 16 ans plus tard, les ordinateurs non tactiles dominent encore largement le marché et Microsoft a fait marche arrière dans Windows.
Le 28 octobre 2026, Apple a dévoilé le MacBook Pro avec un écran PROLED XDR : son premier ordinateur avec un écran tactile. Les propos de Steve Jobs sont, sans surprise, sur toutes les lèvres. Apple a-t-il trouvé un moyen de corriger les défauts évoqués en 2010 ? Numerama a eu la chance d’essayer l’ordinateur en avant-première et de discuter avec des représentants d’Apple.
Un écran tactile sans révolution dans les usages : Apple fait le pari de ne pas trop modifier macOS
Dans les prochaines heures, Numerama vous proposera sur YouTube une vidéo complète de prise en main du nouveau MacBook Pro, avec des chiffres sur le marché du PC et une analyse des décisions d’Apple, après des discussions avec des représentants de la marque. Abonnez-vous pour ne pas la rater
Quand John Ternus a annoncé l’iPhone Duo en septembre, le patron d’Apple a immédiatement parlé de la concurrence. Son message était simple : Apple n’arrive pas 7 ans après Samsung pour faire comme Samsung, mais pour repenser le smartphone pliant. John Ternus expliquait que l’ergonomie et le ratio d’écran des pliants concurrents n’étaient pas bons, d’où la volonté d’Apple de repenser la catégorie.
Avec le MacBook Pro, Apple ne fait pas du tout la même chose. Sur scène, le tactile a été présenté sans explications et sans usage inédit. L’écran devient entièrement tactile et les gestes que l’on pouvait auparavant faire sur le trackpad fonctionnent aussi sur l’écran (3 ou 4 doigts pour balayer entre les bureaux, par exemple), mais macOS ne se réinvente pas comme Windows à l’époque des PC tactiles. L’interface reste globalement la même, avec quelques petits ajustements. Parmi eux :
- Toucher les feux tricolores les agrandit, pour ne pas se tromper de bouton.
- Un geste depuis le bas de l’écran fait apparaître le Dock.
- Un geste depuis le haut de l’écran fait apparaître Spotlight/Siri.
- Attraper une fenêtre et la jeter rapidement à gauche ou à droite déclenche l’écran scindé.
- Un appui prolongé est l’équivalent d’un clic droit.
- Les listes sont un peu plus espacées quand un bouton a été touché avec le doigt, pour faciliter la sélection d’une option sans la souris.
- Si l’on rabat l’écran avec un doigt posé dessus, le tactile se désactive pour éviter les fausses manipulations.

Ce choix d’Apple est à la fois malin et périlleux : la marque prive son nouveau MacBook Pro tactile d’un usage révolutionnaire… mais facilite le travail des développeurs, qui n’auront pas à tout réinventer. Sans adaptation, un toucher équivaut à un clic, et des outils sont proposés à ceux qui veulent aller plus loin.
Ces décisions condamnent le tactile à être optionnel, pour ne pas dire secondaire, avant même le lancement de l’ordinateur. Apple assume ce choix : le trackpad et le clavier restent les deux entrées principales. On note aussi qu’Apple n’amène pas l’Apple Pencil de l’iPad sur Mac : seul le doigt peut contrôler l’écran.

Le résultat est que la très grande majorité des acheteurs de ce nouveau MacBook Pro, à notre humble avis, n’utiliseront l’écran tactile que pour faire défiler une page web ou des photos. Certains usages semblent plus intéressants que d’autres (utiliser des apps iOS/iPadOS par exemple, signer un PDF ou zoomer dans l’écran pour les personnes malvoyantes), mais ne justifient pas une réinvention de sa manière d’utiliser un ordinateur. Apple est sans doute conscient de cet écart entre le discours et la réalité : on peut désactiver l’écran tactile dans les réglages d’accessibilité.
Pourquoi amener le tactile maintenant ? Apple suggère que ce que disait Steve Jobs en 2010 est toujours vrai en 2026. Mais la marque voulait concevoir le meilleur écran OLED du marché, et il se trouve que les capteurs tactiles sont désormais directement intégrés à ces dalles sans avoir à rajouter de couche séparée. Autant en profiter : sa première cible est les créatifs, et plus particulièrement génération de jeunes créateurs habitués au tactile depuis toujours. Apple sait très bien que la plupart des gens utiliseront le trackpad, mais ce n’est pas grave. L’option peut même être totalement désactivée pour revenir à un écran normal. Et dans certains cas, comme la création musicale ou la modélisation 3D par exemple, le tactile apporte un vrai plus si les développeurs adaptent leurs applications.

Notre test du MacBook Pro avec écran tactile dira si cet usage se révèle plus utile que prévu : une simple prise en main ne permet pas de se faire un avis définitif. Mais on peut déjà théoriser qu’une partie des utilisateurs des Mac les plus puissants, comme ce MacBook Pro, utilisent leur ordinateur fermé et relié à un écran externe. Puisque l’écran n’est alors plus accessible, le tactile sera moins utile dans leur cas que sur un iPad.
La pomme qui s’illumine, l’écran OLED, la Dynamic Island et un peu plus de légèreté : les vraies bonnes nouveautés des nouveaux MacBook Pro
Apple joue sa communication sur le tactile, mais les meilleures nouveautés sont peut-être ailleurs. Il suffit de voir la réaction de la salle quand John Ternus a annoncé le retour de la pomme illuminée au dos de l’ordinateur : la nostalgie est un des arguments de vente du nouveau MacBook Pro. Apple ressuscite ce qui faisait son charme il y a 10 ans et on peut facilement imaginer que tous les Mac vont récupérer la pomme qui brille.
Petit détail réussi : éteinte, la pomme reste noire et n’est pas blanche comme sur les anciens Mac. L’OLED n’ayant pas de rétroéclairage, Apple a dû concevoir un système d’éclairage séparé pour la faire briller. Le résultat est génial et très visible (et on pourra désactiver l’éclairage de la pomme si on le souhaite).

Autre bonne nouveauté : la très laide encoche disparaît des MacBook. Jugée inutile par beaucoup puisqu’elle ne contenait que la caméra frontale et quelques capteurs (et pas Face ID comme sur iPhone), elle cède sa place à une petite Dynamic Island qui exploite l’OLED pour afficher des informations. C’est beaucoup plus joli et, en bonus, pratique : on peut y contrôler la musique, y accepter un AirDrop ou y appeler Siri AI. Aux développeurs de trouver de bons moyens de l’exploiter !

Au niveau du design, on peut reprocher à Apple de ne pas faire beaucoup de changements… tout en remerciant la marque de ne pas de nouveau supprimer des ports que la communauté Mac avait lutté pour récupérer. Le bas et le clavier n’évoluent pas, mais l’écran a moins de bordures (et désormais quatre coins arrondis). La grosse nouveauté est que le MacBook Pro est plus léger qu’avant : 1,38 kg pour le 14 pouces, soit environ 230 grammes de moins selon Apple, et 1,84 kg pour le 16 pouces, soit environ 320 grammes de moins. On sent la différence en main… et on a déjà hâte de la sentir dans le sac à dos.

Enfin, la meilleure et plus grosse nouveauté est l’arrivée d’une dalle OLED pour la première fois sur un Mac. Apple utilise une dalle Tandem OLED, équivalent à deux dalles OLED empilées l’une sur l’autre pour plus de luminosité, comme sur iPad Pro. Le résultat est spectaculaire : l’écran est extrêmement lumineux, les couleurs sont vives et les noirs parfaitement profonds. L’écran n’est pas juste une bonne dalle OLED, Apple le présente comme le seul du marché susceptible de répondre aux exigences des professionnels du cinéma. Avec une luminosité de 2 000 nits en HDR comme en SDR (qui ringardise les meilleurs concurrents), un contraste de 10 000 000:1 et un taux de rafraîchissement adaptatif de 10 à 120 Hz, on veut bien la croire.

Pour le grand public, on note quand même que la différence avec l’ancien écran Mini LED, déjà très bon, ne saute pas immédiatement aux yeux dans une salle de démonstration éclairée. Elle se voit surtout sur les contenus sombres : là où le Mini LED laissait apparaître des halos autour des éléments lumineux sur fond noir, chaque pixel s’allume ici indépendamment.
Une gamme difficile à comprendre, qui sera meilleure dans quelques années
Étrangement, le nouveau MacBook Pro ne remplace pas les anciens. Apple vend désormais cinq MacBook Pro différents. Le MacBook Pro 14 pouces avec puce M6 annoncé mardi, les MacBook Pro Mini LED 14 et 16 pouces avec M5 Pro et M5 Max lancés au printemps, et les nouveaux modèles OLED, eux aussi en 14 et 16 pouces. Difficile de s’y retrouver, d’autant que le modèle le moins cher est le seul à profiter de la nouvelle génération M6.
| Modèle | Écran | Puce | Prix de départ |
|---|---|---|---|
| MacBook Pro 14 pouces | Mini LED | M6 | 2 299 euros |
| MacBook Pro 14 pouces Mini LED | Mini LED | M5 Pro ou M5 Max | 2 899 euros |
| MacBook Pro 16 pouces Mini LED | Mini LED | M5 Pro ou M5 Max | 3 399 euros |
| MacBook Pro 14 pouces PROLED XDR | OLED tactile | M5 Pro ou M5 Max | 3 299 euros |
| MacBook Pro 16 pouces PROLED XDR | OLED tactile | M5 Pro ou M5 Max | 3 899 euros |
Le fait qu’Apple ne change pas la puce n’aide pas à s’y retrouver : on peut espérer que la génération 2027 rendra la gamme plus claire, potentiellement en apportant le nouveau design à tous les MacBook Pro (M7, M7 Pro et M7 Max ?). D’ici là, l’OLED tactile reste une option ultra haut de gamme… et le tactile n’est pas une nouveauté qui change tout.
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