Dans la nuit du 13 au 14 octobre 2026, SpaceX a bridé les terminaux Starlink de l’armée ukrainienne, qui perdent désormais la connexion au-delà de 160 km/h. La mesure arrive quatre jours après qu’Elon Musk a écrit que Volodymyr Zelensky « est allé trop loin ».

Le jeu trouble de Washington à l’égard de Kiev se poursuit. Alors que l’armée ukrainienne continue de faire son possible pour résister à l’invasion russe et, un jour, la repousser hors de ses frontières, un nouveau coup est venu par derrière, de l’allié américain. Dans la nuit du mardi 13 au mercredi 14 octobre, la connectivité à Starlink a été bridée.

C’est Serhii Beskrestnov, conseiller de Volodymyr Zelensky pour les technologies de défense et plus connu sous l’indicatif Flash, qui l’a dit sur son compte Telegram : « Nos forces de défense n’ont pas été prévenues de cette restriction, et cela a fait échouer plusieurs missions ». Le bridage se déclenche dès que les terminaux dépassent les 160 km/h.

« Nos forces de défense n’ont pas été prévenues de cette restriction, et cela a fait échouer plusieurs missions »

Serhii Beskrestnov

Il n’est pas le seul à le dire : Serhii Sternenko, militant et conseiller du ministre ukrainien de la Défense Mykhailo Fedorov de janvier à juillet 2026, l’a signalé sur X : « Le fonctionnement des terminaux Starlink a été restreint », écrit-il, en précisant que « les terminaux de communication par satellite classiques [qui ne bougent pas à ces hautes vitesses, NDLR] fonctionnent pour l’instant normalement ».

La limite touche le « pack militaire » de StarShield, la version de Starlink que SpaceX vend aux gouvernements et aux armées, fait remarquer Flash. Sur une ligne de front, peu de véhicules roulent aussi vite. En revanche, un drone à longue portée, lui, dépasse cette vitesse sans difficulté. Or, dans le conflit russo-ukrainien, Kiev compte beaucoup sur ces engins.

Un bridage qui ne peut toucher que l’Ukraine

Ce n’est pas la première fois que SpaceX bride des terminaux selon leur vitesse de déplacement. Fin janvier 2026, l’entreprise américaine avait pris des contre-mesures de ce type, mais elle visait alors les drones russes équipés de Starlink, et à la demande du ministère ukrainien de la Défense, préoccupé par l’usage pirate de Starlink par Moscou.

Pour régler le problème, SpaceX, la maison mère de Starlink, a mis en place un système de liste blanche début février. Depuis cette date, seuls les terminaux enregistrés par l’Ukraine fonctionnent, et les troupes russes qui s’en servaient ont perdu l’accès. Cette capacité perdue, côté russe, a même offert une opportunité de contre-attaque ukrainienne.

Sur le papier, avec cette liste blanche, les seuls terminaux militaires encore actifs dans le pays sont ukrainiens. La nouvelle limite ne peut donc gêner qu’eux.

Starlink ne fonctionne pas au-dessus du territoire russe, a par ailleurs rappelé Yaroslav Trofimov, correspondant en chef pour l’international du Wall Street Journal. Une coupure de Starlink en Ukraine n’empêcherait donc pas les frappes de Kiev contre l’industrie pétrolière russe, car l’armée ukrainienne dispose d’autres moyens de guidage et de ciblage.

« Deal » sur le pétrole, cessez-le-feu énergétique et pression de Washington

Pour Flash, la décision « ne peut pas être une coïncidence » et elle est liée à « la situation politique actuelle ». Même analyse chez Serhii Sternenko sur X, qui écrit « qu’il est probable que la société SpaceX ait pris ces mesures à la demande de l’administration Trump ». Quitte à ce que cela entraîne l’échec de plusieurs missions en cours.

Le contexte donne un éclairage à la situation : en octobre, Donald Trump a mis sur le dos de la guerre russo-ukrainienne les récentes envolées du prix du carburant, passant sous silence sa propre aventure militaire en Iran et la paralysie du détroit d’Ormuz. Et il a aussi reproché à Kiev de ne pas montrer assez d’allant pour faire la paix avec Moscou.

Alors que Donald Trump a annoncé le 9 octobre un accord avec le Kremlin pour alimenter les marchés américain et mondial en diesel russe (plus de 4,8 millions de tonnes promises, une première depuis l’interdiction américaine de 2022), le locataire de la Maison-Blanche s’agace des frappes répétées et ciblées de l’Ukraine sur les installations pétrolières et gazières russes. Des tirs menés en riposte aux attaques russes contre l’infrastructure énergétique d’Ukraine.

elon musk starlink
Source : Montage Numerama

Kiev a répété être disposée à ne plus cibler ces centres si Moscou cesse au même moment ses attaques sur ses propres installations énergétiques. À ce stade, cependant, Moscou n’a montré aucune inclination à réorienter ses tirs sur d’autres cibles. Kiev ne se sent donc pas liée par l’accord entre Washington et Moscou, et poursuit ses opérations.

Cette situation confuse, accentuée par une annonce américaine de cessez-le-feu énergétique dont l’Ukraine a indiqué tout ignorer et que la Russie a refusé de commenter, a fait monter les tensions. Donald Trump a reproché à son homologue Volodymyr Zelensky de ne pas en faire assez et jugé aussi que l’Ukraine devrait élire un nouveau président.

Quatre jours après les piques d’Elon Musk

C’est ici qu’intervient Elon Musk, le patron de SpaceX. L’intéressé, qui est très proche de Donald Trump, a glissé sur X l’avis selon lequel « Zelensky est allé trop loin ». Peu après, il a enfoncé le clou en jugeant qu’il était temps pour l’Ukraine de changer de dirigeant. Ces propos, publiés les 10 et 11 octobre, ont précédé de quelques jours seulement le bridage de Starlink.

D’ailleurs, Serhii Sternenko avance même que SpaceX a agi à la demande de l’administration Trump. Cela étant, à ce stade, personne n’a formellement établi qu’une telle demande existe, ni que la décision a un motif politique. L’imminence des élections de mi-mandat aux États-Unis, le 3 novembre, est aussi de nature à agiter la Maison-Blanche, car Donald Trump joue gros.

Quelques jours plus tôt, Flash se voulait pourtant rassurant. Il écrivait qu’Elon Musk est « avant tout un homme d’affaires » et que l’Ukraine rapporte trop d’argent à SpaceX (via le financement de pays alliés) pour qu’on y coupe Starlink. Il n’excluait pas, en revanche, d’« autres scénarios inattendus », comme une ouverture de Starlink à la Russie sur son propre territoire.

Découvrez les bonus

+ rapide, + pratique, + exclusif

Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.

Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.

S'abonner à Numerama+

Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci

Il y a une bonne raison de ne pas s'abonner à

Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.

Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :

  • 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
  • 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
  • 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.

Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.

S'abonner à Numerama+
Toute l'actu tech en un clien d'oeil

Toute l'actu tech en un clin d'œil

Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !


Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !