Mac, iPad, consoles : la tech voit rouge. Face à l’explosion du coût des composants générée par la frénésie autour de l’IA, Apple n’a d’autre choix que d’augmenter ses prix. Et même Elon Musk, qui a soutenu Tim Cook, s’alarme publiquement de cette crise sans précédent.

La hausse des prix chez Apple n’aura échappé à personne. À l’exception des iPhone, Apple Watch et AirPods, presque tous les produits de la marque ont vu leur tarif grimper : Mac, iPad, Vision Pro, Apple TV ou encore HomePod.

Apple a rapidement désigné le responsable : la crise de la RAM et des composants, alimentée par le boom de l’intelligence artificielle. Dans un communiqué transmis à Numerama, la firme évoquait un défi « sans précédent », assurant n’avoir jamais connu « une augmentation des prix des composants aussi forte et aussi rapide ».

Tim Cook avait lui-même préparé le terrain. Dans une interview accordée au Wall Street Journal, le CEO d’Apple — qui doit céder sa place à John Ternus en septembre — jugeait ces hausses « inévitables ». Il disait n’avoir jamais observé une flambée comparable, « dans tous les domaines depuis plus de 40 ans ».

Le dirigeant a désormais trouvé un soutien de poids : Elon Musk. Le 25 juin 2026, le patron de SpaceX, entre autres, a relayé les déclarations de Tim Cook sur X. Dans les commentaires, il a également dénoncé un écart entre la production et la demande qu’il juge « aberrant », appelant à produire « BEAUCOUP plus ».

Elon Musk a relayé les déclarations de Tim Cook sur X.  // Source : Capture d'écran Numerama
Elon Musk a relayé les déclarations de Tim Cook sur X. // Source : Capture d’écran Numerama

Apple accuse la crise de la RAM

Concrètement, lorsqu’une entreprise comme Apple — dont les marges brutes sont généralement estimées entre 35 et 45 % — explique ne plus pouvoir absorber seule les surcoûts, le signal envoyé au reste du marché est très clair. Apple reste une marque premium, théoriquement capable de rogner une partie de ses marges sans mettre son modèle économique en péril.

Si une entreprise comme Apple commence à répercuter, et de manière notable, la hausse sur les consommateurs, les acteurs plus petits risquent d’avoir encore moins de marge de manœuvre. Fabricants de PC, de smartphones Android, de consoles, ou encore de NAS : beaucoup pourraient être contraints d’augmenter leurs tarifs à leur tour, voire de revoir certaines fiches techniques à la baisse.

D’autant qu’Apple est un client stratégique pour les fournisseurs. La firme peut signer des contrats de long terme, prépayer des capacités de production et sécuriser des volumes que de nombreux concurrents ne peuvent pas se permettre.

Tim Cook. // Source : Apple
Tim Cook. // Source : Apple

C’est donc, en théorie, l’un des acteurs qui semblait le mieux armé pour encaisser la crise pendant un peu plus longtemps. Pourtant, plusieurs entreprises ont déjà commencé à répercuter le choc : Sony, Nintendo et, plus récemment, Microsoft ont toutes relevé le prix de leurs consoles.

Et les firmes désignent toutes ce même coupable : l’IA, qui siphonne l’offre mondiale de DRAM (la RAM utilisée dans les appareils grand public) et de NAND (la mémoire flash dédiée au stockage) au profit des data centers et des serveurs d’IA.

Dans les faits, cette crise ne se contente pas de faire grimper les coûts : elle permet aussi aux fabricants de mémoire d’afficher des marges record. Microsoft ne s’en est d’ailleurs pas caché au moment d’annoncer la hausse du prix des Xbox, qui entrera en vigueur le 1er août.

Le groupe reconnaît que la situation dépasse largement le cadre d’un simple ajustement tarifaire : « Malheureusement, le prix du stockage et de la mémoire des consoles a plus que doublé et nous prévoyons un nouveau doublement d’ici l’automne 2027. »

Autrement dit, les fabricants ne font pas face à une parenthèse conjoncturelle, mais au début d’un cycle durable. Chaque nouvelle génération de machines risque ainsi d’être mécaniquement plus chère que la précédente, tandis que les entreprises qui contrôlent l’offre de mémoire continuent d’en tirer des bénéfices considérables.

Apple n’a, de son côté, pas choisi la sobriété dans son discours. Le groupe évoque un défi « sans précédent » et assure n’avoir « jamais vu les prix des composants augmenter autant, aussi vite ». Jusqu’ici, la firme affirme avoir absorbé une partie du choc afin d’éviter de relever ses prix. La hausse des iPad et des Mac marque donc, officiellement, le moment où l’addition doit être transmise aux consommateurs.

Les fabricants de puces signent des bénéfices records

Mais, dans le même temps, les fournisseurs de mémoire publient des résultats qui feraient pâlir n’importe quel constructeur. Les marges brutes de certains acteurs comme Samsung ou Micron ont explosé, portées par des puces vendues bien plus cher à des clients qui n’ont pas vraiment d’alternative pour faire tourner leurs infrastructures d’IA.

Micron vient d’annoncer un trimestre à 41,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires, avec une marge brute d’environ 85 %. Les segments mobile et client atteignent des niveaux de rentabilité que la plupart des constructeurs ne verront jamais.

SK Hynix affiche de son côté une marge opérationnelle d’environ 72 % au premier trimestre 2026, avec des revenus en forte hausse et un bénéfice qui a plus que quadruplé sur un an, porté par l’explosion de la demande en mémoire pour serveurs d’IA.

Et chez Samsung, la division mémoire est devenue une véritable machine à cash. Selon Counterpoint Research, elle a généré 50,4 milliards de dollars de revenus sur les trois premiers mois de 2026, pour un bénéfice opérationnel estimé à environ 38,9 milliards de dollars, supérieur à celui de TSMC, Microsoft, Meta ou même Alphabet sur la même période.

Le résultat d'exploitation de Samsung au 1er trimestre 2026 VS celui d'autres entreprises au 4e trimestre de 2025. // Source : Counterpoint Research Memory Tracker
Le résultat d’exploitation de Samsung au 1er trimestre 2026 VS celui d’autres entreprises au 4e trimestre de 2025. // Source : Counterpoint Research Memory Tracker

TrendForce explique que les prix contractuels de la DRAM ont été révisés à la hausse de près de 100 % pour le premier trimestre 2026, quand la NAND flash progresse de plus de 50%. Sur le terrain, les étiquettes racontent la même histoire : un module Samsung 32 Go DDR5‑4800, vendu autour de 110 € en janvier 2025, tourne désormais autour de 428 €, tandis qu’un module Micron 64 Go DDR5‑4800 est passé d’environ 370 € à plus de 1 530 €.

C’est cette mécanique que Deutsche Bank résume en évoquant le risque d’une « taxe inflationniste de la mémoire » : les hausses ne traduisent plus seulement une pénurie, mais aussi l’appétit des fabricants pour des profits historiques — avec, au bout de la chaîne, des consommateurs qui paient leurs appareils toujours plus cher.

Dans une note publiée début juin, des analystes de Morgan Stanley ont estimé que la crise de la mémoire est en train de virer à la « chipflation » : une inflation née dans les data centers d’IA, mais qui se répercute désormais sur tout le reste — du smartphone à la console, en passant par le PC et le cloud. Il faut donc très probablement s’attendre à ce que la situation aille de mal en pis.


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