Ce n’était qu’une question de temps avant que la pénurie de RAM ne finisse aussi par toucher sérieusement Apple. Dans une interview accordée au Wall Street Journal le 17 juin 2026, Tim Cook – qui cédera sa place de CEO à John Ternus en septembre — a déclaré que les hausses de prix « étaient inévitables ».
« Nous faisons de notre mieux pour atténuer les fortes augmentations qui nous sont répercutées et nous avons essayé de protéger nos clients de ces hausses, mais la situation est devenue intenable », a-t-il déclaré. Une hausse qui pourrait a priori concerner l’iPhone 18, attendu en septembre, voire le présumé iPhone Fold.

La pénurie de RAM va-t-elle faire flamber le prix des iPhone ?
Comme le rappelle le WSJ, la principale cause de cette tension sur la mémoire est le boom de l’IA, qui siphonne l’offre mondiale de DRAM (la RAM utilisée dans les appareils grand public) et de NAND (la mémoire flash dédiée au stockage) au profit des data centers et des serveurs d’IA.
Or, ces mêmes puces sont utilisées dans les smartphones, les PC, les voitures ou encore les équipements médicaux. Résultat : la pénurie s’étend à de nombreux secteurs et fait grimper les prix pour tout le monde, Apple compris.
Plusieurs cabinets d’études, comme Counterpoint ou TD Cowen, évoquent une hausse significative des coûts liés à la mémoire dans les mois à venir. Certains scénarios anticipent des prix de la DRAM jusqu’à quatre fois plus élevés qu’en 2023, et une NAND plus que triplée d’ici mi‑2026, tirés par la demande en IA et par des capacités de production limitées.
La firme à la pomme n’est pas le seul géant concerné. En début d’année 2026, Samsung – qui est aussi le premier fournisseur mondial de mémoire – avait prévenu qu’une hausse des prix était inévitable. Un double statut de fournisseur et de distributeur dont la marque a par ailleurs pu profiter.
Même son de cloche du côté d’Apple, donc. « L’offre est insuffisante au moment même où les consommateurs réclament des appareils, et les fabricants de mémoire répercutent d’importantes hausses de prix », a déclaré Tim Cook. « Il est absolument nécessaire que les prix et l’offre de mémoire reviennent à des niveaux raisonnables pour les produits grand public. C’est l’essentiel. »

Si le marché est dominé par les Sud-Coréens Samsung Electronics et SK Hynix (puis l’Américain Micron), la Chine possède aussi des entreprises nationales de premier plan dans le domaine de la mémoire et du stockage, souligne Reuters. Pour autant, les entreprises américaines auraient probablement besoin d’autorisations pour collaborer avec elles, en raison des règles de sécurité nationale. Interrogé sur un éventuel assouplissement des restrictions, Tim Cook a déclaré que « toutes les options doivent être envisagées », ajoutant : « Je pense que nous devrions examiner l’ensemble de l’offre. »
Dans l’interview, Tim Cook a également laissé entendre qu’Apple pourrait mobiliser ses importantes réserves de trésorerie pour contribuer à augmenter la production de mémoire, sans entrer dans les détails. « Nous sommes disposés à mettre à profit notre bilan pour contribuer à la solution », a-t-il déclaré. « De toute évidence, il nous faut davantage de capacités ». Le dirigeant a toutefois écarté l’idée qu’Apple utilise ses liquidités et son expertise dans les semi-conducteurs pour construire ses propres usines de mémoire et de stockage.
Face à cette flambée, Apple a théoriquement deux options : absorber les coûts en rognant ses marges, ou relever ses prix de vente. Tim Cook laisse entendre que le groupe a déjà largement encaissé certaines hausses par le passé, notamment celles liées aux tarifs douaniers ou aux premiers renchérissements des composants. Mais une multiplication par quatre des coûts liés à la mémoire rendrait ce modèle difficilement tenable à long terme.
Pour Apple, l’enjeu est donc de trouver le bon équilibre : préserver son image premium, éviter de trop freiner les ventes d’iPhone et protéger les marges qui restent au cœur de sa profitabilité.

Quel sera le prix des futurs iPhone ?
Tim Cook n’a pas détaillé les conséquences concrètes de cette hausse, mais le Wall Street Journal a sorti la calculette. Son analyse repose sur une estimation du « coût complet » de l’iPhone 18 Pro à partir de l’iPhone 17 Pro, en intégrant les nouveaux prix de la mémoire et du stockage fournis par TechInsights. Le journal projette ensuite le prix de vente nécessaire pour préserver des marges comparables à celles d’aujourd’hui.
Le WSJ a choisi l’iPhone 18 Pro, encore non annoncé, comme produit de référence pour mesurer l’impact de la crise de la mémoire sur les futurs appareils d’Apple. La question est simple : si Apple veut maintenir des marges similaires dans un contexte où la DRAM et la NAND flambent, jusqu’où devra grimper le prix de base du prochain modèle Pro ?
Selon ces estimations, Apple paierait environ 39 dollars pour 12 Go de DRAM et 13 dollars pour 256 Go de stockage NAND dans l’iPhone 17 Pro, soit un peu plus de 50 dollars au total. Pour l’iPhone 18 Pro, la facture serait tout autre : environ 145 dollars pour 12 Go de DRAM et 51 dollars pour 256 Go de NAND, soit près de 196 dollars rien que pour la mémoire et le stockage. Autrement dit, ces deux postes coûteraient à eux seuls plus de 140 dollars supplémentaires par iPhone Pro.

TechInsights ne s’arrête pas à la mémoire. Le cabinet intègre cette hausse dans une estimation plus large du coût de production de l’iPhone 18 Pro. En incluant les autres composants et l’assemblage, le coût total passerait d’environ 582 dollars pour l’iPhone 17 Pro à environ 726 dollars pour l’iPhone 18 Pro, soit une hausse d’environ 25 %.
Cette estimation ne prend même pas en compte la rumeur d’un système photo plus sophistiqué, dont le coût pourrait augmenter d’environ 50 % par rapport à la génération actuelle. Un tel choix ferait encore grimper la facture.
À partir de ces chiffres, le WSJ franchit une étape clé : relier le coût de fabrication au prix de vente nécessaire pour maintenir la marge brute d’Apple à un niveau comparable. En s’appuyant sur les marges habituelles estimées de l’iPhone, le « prix théorique » de l’iPhone 18 Pro devrait atteindre environ 1 371 dollars pour préserver ce niveau de rentabilité, voire davantage si Apple intègre un bloc photo plus coûteux.
Mais Apple privilégie généralement des prix ronds. Le scénario jugé le plus plausible par les analystes serait donc un prix de départ affiché à 1 299 dollars pour l’iPhone 18 Pro, ce qui laisserait une marge brute d’environ 44 %. Si Apple optait effectivement pour un module photo beaucoup plus cher, le prix d’entrée pourrait même grimper à 1 399 dollars dans le scénario le plus agressif. Rendez-vous en septembre, donc.
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