Anthropic, l’entreprise derrière l’intelligence artificielle Claude, a décidément le vent en poupe. Quelques heures seulement après le déploiement surprise de son nouveau modèle Opus 4.8, le géant de l’IA continue son ascension.
Le 28 mai 2026, la société a officialisé un tour de table historique de 65 milliards de dollars (série H) destiné à soutenir le développement de ses infrastructures. Cette nouvelle injection de capital colossale propulse aujourd’hui sa valorisation à 965 milliards de dollars, dépassant OpenAI sur le marché privé (852 milliards de dollars). Mais, surtout, cette ascension l’installe théoriquement parmi les entreprises les plus puissantes de la planète, tout en restant à l’écart de la Bourse.
Anthropic, 16e entreprise la plus valorisée au monde
Le moins que l’on puisse dire, c’est que la trajectoire financière d’Anthropic n’a rien d’habituel. Loin des croissances classiques, en l’espace de seulement trois ans, l’entreprise est passée du statut de jeune pousse à celui de géant mondial de la tech.
Un scénario auquel la Silicon Valley nous avait habitués durant l’ère des grandes licornes du Web, avec des entrées en Bourse fracassantes comme celle de Facebook (évalué à 82 milliards de dollars en 2012) ou d’Uber (120 milliards en 2019). Mais la comparaison s’arrête là.
La différence fondamentale réside dans l’échelle de temps et d’argent, et une courte rétrospective s’impose pour le comprendre :
- 2021 : Lancement d’Anthropic
- 2023 : 4,1 milliards de dollars
- 2024 : 18,5 milliards de dollars
- Mars 2025 : 61,5 milliards de dollars
- Septembre 2025 : 183 milliards de dollars
- Novembre 2025 : 350 milliards de dollars
- Février 2026 : 380 milliards de dollars
- Mai 2026 : 965 milliards de dollars
Là où les géants de la décennie précédente ont mis des années à atteindre leurs records de valorisation en s’appuyant sur une introduction en Bourse, Anthropic s’apprête à tutoyer la barre des 1 000 milliards de dollars à huis clos, uniquement grâce à des capitaux privés.
Concrètement, avec une valorisation de 965 milliards de dollars, le créateur de Claude pourrait s’emparer de la 16e place des plus grosses entreprises de la planète, si la société était cotée en Bourse. Puisque oui, aujourd’hui, on parle de valorisation implicite (et donc très peu liquide), car Anthropic n’a tout simplement pas mis un seul orteil à Wall Street.


Évidemment, comparer une valorisation privée (négociée à huis clos lors d’une levée de fonds) avec une capitalisation boursière (dictée chaque seconde par le marché public) demande de garder en tête que les règles du jeu diffèrent. Mais cette projection reste le meilleur baromètre pour saisir l’ampleur du phénomène aujourd’hui. Sur le papier, les investisseurs accordent aujourd’hui à Anthropic le même poids financier qu’à des piliers historiques de l’économie mondiale, comme Walmart.

L’engouement est d’autant plus vertigineux que ce chiffre officiel de 965 milliards de dollars ne reflète pas toute la frénésie financière entourant l’entreprise. Avant même cette levée massive, un marché secondaire spéculatif s’était organisé en dehors de tout cadre institutionnel.
Poussés par l’euphorie, des investisseurs ont commencé à s’échanger des parts via des sociétés à vocation spécifique (SPV) et des actions « tokenisées » sur la blockchain, notamment avec le jeton PreStocks sur Solana. Sur ce marché gris dérégulé, la valorisation officieuse d’Anthropic a littéralement explosé, dépassant le millier de milliards de dollars avec des pics spéculatifs atteignant les 1 400 milliards.
L’ironie du sort, c’est que si Anthropic entrait en Bourse avec cette valorisation sur le marché gris, l’entreprise viendrait talonner SK hynix, le géant sud-coréen des semi-conducteurs valorisé à 1 101 milliards de dollars, et se placerait juste derrière Samsung.
Cette bulle, Anthropic l’a fait exploser via une mise à jour radicale de ses conditions légales début mai, pour pouvoir franchir les portes de Wall Street et convaincre la SEC (le gendarme boursier américain) lors de son introduction en Bourse.
Anthropic va devoir passer le crash test de l’IPO
Si Anthropic a jusqu’ici privilégié l’opacité des levées de fonds privées, son introduction en Bourse (IPO) est bien dans les tuyaux. La perspective d’une arrivée sur les marchés publics en octobre 2026 se précise. Et le créateur de Claude ne fera pas le voyage seul. Il s’aligne aux côtés de SpaceX (prévu en juin) et d’OpenAI (fin 2026) pour ce qui s’annonce comme la vague d’entrées en Bourse la plus chère de l’histoire moderne. À elles trois, ces entreprises visent une valorisation combinée frôlant les 3 600 milliards de dollars. C’est, à peu de choses près, l’équivalent du PIB de la France.

On peut légitimement se demander si Anthropic vaut vraiment cette valorisation privée — une question qui fait l’effet d’un pavé dans la mare en plein boom de l’IA. L’histoire financière de la tech regorge de crash-tests prouvant la fragilité de la « prime narrative », cette habitude qu’ont les fonds privés de valoriser une promesse plutôt que des bilans. Pour comprendre ce décalage, il suffit d’analyser les IPO technologiques du passé.
Déjà en 2012, l’introduction de Facebook (82 milliards de valorisation) avait viré au chaos, son action plongeant de 38 % dans les mois suivants.
Mais le plus récent des crash-tests reste Uber en 2019. Dans le confort de la Silicon Valley, l’entreprise vendait la promesse d’un monopole mondial, poussant les fonds privés à exiger 120 milliards de dollars. Face à la rationalité de Wall Street, l’entreprise a dû raboter ses prétentions d’un tiers avant de dévisser dès son premier jour de cotation.
Ces trajectoires s’expliquent en partie car la nature même de l’IPO a muté. À l’époque d’Amazon (introduite en 1997 pour 438 millions de dollars), la Bourse était le point de départ de la croissance d’une entreprise. Aujourd’hui, pour des géants comme Anthropic, elle ressemble davantage à la ligne d’arrivée.
Abreuvées par des méga-fonds privés, ces entreprises restent à huis clos jusqu’à atteindre des valorisations délirantes frôlant le millier de milliards de dollars. Le jour de l’introduction à Wall Street, le marché public n’est plus nécessairement invité à participer à l’ascension de l’entreprise.
L’IA dominante dans le tableau des entreprises les plus valorisées
Toutefois, si le pari d’une valorisation à 965 milliards de dollars semble vertigineux sur le papier, un simple coup d’œil au classement actuel des entreprises les plus valorisées de la planète permet de remettre en perspective ce chiffre.
Aujourd’hui, dans le top 20 mondial des plus grosses capitalisations boursières, pas moins de 14 entreprises sont massivement portées par l’intelligence artificielle. De la base matérielle jusqu’aux logiciels grand public, l’IA a littéralement colonisé le sommet de l’économie mondiale :
- L’infrastructure matérielle : Nvidia règne en maître, suivi de près par les acteurs incontournables qui gravent et équipent ces puces de calcul vitales (TSMC, Broadcom, ASML, AMD).
- Les géants du Cloud : Microsoft, Google et Amazon, qui déploient le nécessaire pour entraîner et héberger ces modèles. Détail loin d’être anodin : Amazon et Google (respectivement 5e et 2e mondiaux) sont précisément les deux plus gros soutiens financiers d’Anthropic.
- L’IA grand public : Apple et Meta, qui intègrent l’IA de manière native pour des milliards d’utilisateurs quotidiens.

Face à ce tableau, la valorisation d’Anthropic prend une tout autre dimension. Près de 70 % de l’élite boursière mondiale tire aujourd’hui sa croissance, en grande partie, de la révolution de l’intelligence artificielle.
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