Si vous suivez l’actualité de l’intelligence artificielle et que vous avez passé votre week-end sur X, vous avez forcément entendu parler du modèle « Le Chaton Fat ». Le terme, qui fait référence au chatbot Le Chat de Mistral depuis renommé Mistral Vibe, est l’objet de nombreuses spéculations depuis le 11 juin. Des captures d’écran circulent et dévoilent un modèle de langage aux performances hallucinantes, supérieures à Claude Mythos selon des benchmarks, et certains sont convaincus que Mistral AI se prépare à faire une immense annonce. Le problème est qu’il s’agit surtout d’une vague de fausses publications : Le Chaton Fat n’existe pas.
Preuve de l’ampleur du phénomène : Arthur Mensch, le patron de Mistral AI, a lui-même publié un tweet « It’s actually le gros chaton ». Peut-être que Mistral appellera vraiment son prochain modèle Le Chaton Fat en hommage à la blague… ou peut-être que le mème restera mème.



Le Chaton Fat : un modèle qui n’existe pas et des benchmarks inventés
D’où vient Le Chaton Fat ? Le mème vient d’un jeu de mot qui amuse beaucoup les anglophones. L’assistant de Mistral s’appelait autrefois Le Chat et se prononçait comme l’animal. Le Chaton Fat (gros) fait rire Internet en créant une contradiction entre les deux mots (un chaton est petit, mais Fat suggère l’inverse). La vanne est partie de quelques comptes IA samedi et s’est répandue à grande vitesse : certains y croient, d’autres trouvent le nom drôle.
Parmi les messages très populaires (et faux), certains prétendent que Le Chaton Fat est un modèle de frontière MoE de 30 000 milliards de paramètres avec 256 experts, une fenêtre de 1 million de tokens, des capacités multimodales et, surtout, des performances historiques dans les tests de benchmark comme un 90,6 % sur MMLU-Pro, quand Claude Fable 5 bat déjà des records avec 88,9 % de justesse. Il y a évidemment plein de faux benchmarks en circulation avec des résultats différents : la blague consiste à dire que Mistral va pulvériser tout le monde avec son gros chaton.

Internet étant Internet, la désinformation a pris de l’ampleur au fil des jours. De faux communiqués prétendent que l’Union européenne aurait « suspendu » l’accès au Chaton Fat pour raisons de sécurité (en hommage à la suspension de Claude Fable par la Maison-Blanche), que le modèle serait réservé aux ressortissants français ou encore que Mistral l’aurait publié par erreur, avant de le supprimer. On peut voir dans toutes ces « fake news » une caricature de la surenchère permanente des laboratoires d’IA et un parallèle entre l’Europe et les États-Unis.

Derrière Le Chaton Fat, une volonté de moquer l’Europe chez certains comptes
Derrière le succès des tweets sur Le Chaton Fat, il y a aussi une volonté de dénigrer la France et l’Union européenne. Les propos d’Emmanuel Macron et de l’Union européenne sur « un modèle de langage capable de rivaliser avec les géants américains et chinois » est énormément partagé : les anti-Europe tournent en dérision Le Chaton Fat en tant que modèle rêvé des Européens, qui sont en réalité loin derrière les États-Unis et la Chine malgré la pensée des politiques.
La réalité est évidemment plus nuancée : même si Mistral AI n’a aujourd’hui pas de modèle de frontière haut de gamme, l’entreprise s’est recentrée sur des modèles petits et moyens, comme Mistral 3 et Ministral, pour adresser des besoins différents. Mistral multiplie les contrats avec les acteurs européens pour concevoir des solutions adaptées à leurs besoins : il n’y a pas forcément besoin de battre Claude Mythos ou Google Gemini pour être un acteur de l’intelligence artificielle.

Depuis plusieurs semaines, le silence de Mistral nourrit les spéculations. L’entreprise n’a rien publié de majeur depuis quelques mois, ce que certains interprètent comme le signe qu’une annonce se prépare. Il ne s’agira vraisemblablement pas du Chaton Fat, mais Mistral AI a un rôle à jouer dans la quête de souveraineté numérique de l’Europe en matière de l’IA. Mais cet épisode rappelle aussi une triste réalité : penser que l’Europe pourra tout faire seule est illusoire.
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