Le 9 juillet 2026, la firme 1X a présenté une nouvelle génération de mains pour son robot humanoïde NEO. Derrière cette annonce technique se cache en réalité l’un des défis les plus complexes de la robotique : concevoir une main suffisamment habile pour manipuler les objets du quotidien comme un humain.

« Tout repose sur le bout des doigts », écrit Bernt Bornich, patron et fondateur de l’entreprise de robotique 1X. Dans un message publié sur X le 9 juillet 2026, il a dévoilé les nouvelles mains à 25 degrés de liberté de son humanoïde domestique NEO.

Dans un marché des robots humanoïdes qui progresse à toute vitesse, l’annonce peut paraître anodine. Elle représente pourtant une avancée importante sur l’un des problèmes les plus complexes de la robotique : la main.

« Pendant soixante-dix ans, la robotique a contourné le problème de la main. Le pari humanoïde est inverse : tout repose sur le bout des doigts. » Depuis les années 1950, la plupart des robots ont effectivement évité la complexité d’une main articulée, en se concentrant sur des bras rigides, des pinces simples ou des préhenseurs conçus pour des tâches industrielles très spécialisées. Résultat : on sait très bien souder, visser ou déplacer des palettes avec des machines, beaucoup moins plier du linge, vider un lave-vaisselle ou manipuler des objets du quotidien sans les casser.

« Tout repose sur le bout des doigts », écrit Bernt Bornich, patron et fondateur de l’entreprise de robotique 1X. // Source : Capture d'écran Numerama
« Tout repose sur le bout des doigts », écrit Bernt Bornich, patron et fondateur de l’entreprise de robotique 1X. // Source : Capture d’écran Numerama

Les humanoïdes généralistes (NEO chez 1X, Optimus chez Tesla, Figure 03 chez Figure, etc.) font le pari inverse : ils misent sur la main comme condition d’utilité. Sans manipulation fine, pas de corvées réellement automatisées à la maison, quelles que soient les promesses d’« intelligence artificielle incarnée ». Et sur ce point, la nouvelle main de NEO est particulièrement ambitieuse.

Une main inspirée du corps humain

Les nouvelles mains de NEO disposent de 25 degrés de liberté : 22 dans les doigts et la paume, auxquels s’ajoutent trois mouvements au niveau du poignet. Une architecture qui se rapproche de la complexité d’une main humaine et doit permettre des gestes plus variés : tourner une poignée, saisir un verre par le pied, manipuler des assiettes dans un évier ou plier du linge.

Surtout, ces articulations ne sont pas entraînées par de gros engrenages métalliques directement dans la main. 1X a choisi un système de « tendons » : des câbles souples, reliés à des moteurs situés dans l’avant-bras, tirent sur les phalanges pour les plier ou les étendre. Ce principe, directement inspiré du corps humain, allège l’extrémité du membre, réduit l’inertie et rend les mouvements plus rapides et plus doux.

Ce choix d’architecture apporte plusieurs avantages. D’abord, la souplesse mécanique : parce que les articulations sont entraînées par des câbles et des transmissions à faible rapport de réduction, la main peut céder légèrement lorsqu’elle rencontre un obstacle ou lorsqu’une personne la bloque. On parle de main « réversible », qui n’oppose pas une résistance brutale. C’est un point clé pour un robot qui circule dans un salon.

Les nouvelles mains de NEO disposent de 25 degrés de liberté : // Source : X1
Les nouvelles mains de NEO disposent de 25 degrés de liberté : // Source : X1

Pour la firme, la qualité de l’interface dépend de sa couche physique. Les moteurs dédiés à la préhension ne sont pas entassés dans la paume, mais logés dans l’avant-bras, là où se concentre la force. Ils tirent sur des tendons spécifiques qui passent par le poignet. C’est ce qui permet à une main relativement légère de générer des forces importantes, tout en restant suffisamment froide pour fonctionner en continu.

Enfin, la résistance dans le temps : les tendons et les mains sont fabriqués en interne, avec des matériaux et des procédés spécifiques, pour supporter des millions de cycles d’interaction. Selon 1X, les composants, les doigts complets et les articulations du poignet ont été soumis à des essais répétés, y compris sous de fortes charges et à des températures extrêmes.

NEO de X1 en train d'apprendre la langue des signes // Source : X1 / Bernt Bornich
NEO de X1 en train d’apprendre la langue des signes // Source : X1 / Bernt Bornich

Une ingénierie impressionnante

À cela s’ajoutent des capteurs tactiles capables de mesurer la pression, de localiser précisément les points de contact et de détecter lorsqu’un objet commence à glisser. La main peut ainsi mieux ajuster sa prise pour manipuler de la vaisselle mouillée, des textiles ou des objets fragiles sans les lâcher ni les briser. Elle est également conçue pour résister à l’eau.

Plus largement, 1X assure que NEO est notamment capable d’assembler des Lego, de ramasser de petites pièces, de visser des ampoules, de fermer une veste, de verser du thé, de trier des raisins par couleur, de saisir un verre à vin, de nettoyer une surface et même de communiquer en langue des signes. Autant de gestes qui étaient, jusqu’ici, réservés aux mains humaines.

Mais comme souvent dans la robotique, il faudra toutefois attendre les premiers retours sur des robots déployés chez des utilisateurs pour savoir si cette dextérité se confirme dans des situations du quotidien.

Bernt Bornich résume finalement cette ambition en une phrase : ces mains à tendons doivent offrir « une dextérité, une force, une vitesse et une fiabilité proches, voire supérieures, à celles de l’humain ». Le patron insiste d’ailleurs sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple prototype : selon lui, des centaines de ces mains sont déjà sorties d’une ligne de production conçue pour monter en cadence. L’objectif affiché : en produire 10 000 d’ici la fin de l’année.

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