Pas cher, le drone kamikaze iranien oblige les armées à revoir leur stratégie de défense pour ne pas gaspiller leurs onéreux missiles.

C’est la riposte iranienne à l’opération militaire américaine et israélienne. Depuis le lancement des hostilités à la fin du mois de février, le régime des ayatollahs a tiré, selon un dernier décompte d’un think-tank américain, le Jewish Institute for National Security of America, 1817 missiles balistiques et 4211 drones, d’abord en direction des Émirats arabes unis.

Cette façon de bousculer ses adversaires en déstabilisant le secteur de l’énergie et donc l’économie mondiale, passe par l’emploi d’une arme iranienne éprouvée : le drone kamikaze Shahed-136.

Cet appareil aux ailes en delta a une envergure de 2,5 mètres et une longueur de 3,5 mètres. Son usage a d’abord été documenté au Yémen en janvier 2021. Il est devenu ensuite connu à la faveur de son emploi massif en Ukraine par la Russie.

Certes, le Shahed-136 (martyr en persan) et son équivalent russe Geran-2 (géranium en russe), sont plus lents (moins de 200 km/h) et vulnérables que des missiles de croisière, à portée (environ 2 000 km) et trajectoire équivalentes. Mais ils ont un atout de poids, leur rusticité. « La véritable révolution capacitaire portée par ces nouveaux drones se trouve dans leur prix, de l’ordre de quelques dizaines à une centaine de milliers de dollars, et dans leur simplicité de fabrication », résumait le chercheur Guillaume Furgolle dans une étude publiée par l’Institut français des relations internationales (IFRI).

An Iranian-made Shahed-136 drone is a simple weapon. The delta wings, which span 2.5 meters, are made of fiberglass and end in two fixed vertical stabilizers. The rear control fins are operated by simple servos.

Scott Horton (@robertscotthorton.bsky.social) 2026-03-15T19:44:52.072Z

Occuper les défenses pour que d’autres attaques passent

Résultat : avec cette arme à bas coût, l’Iran attaque ses adversaires au porte-monnaie. Une équation financière douloureuse expérimentée par les armées françaises. Ainsi, en décembre 2023, la frégate multi-missions Languedoc, qui opérait en mer Rouge, doit tirer ses précieux missiles Aster, dont le coût est de l’ordre de plusieurs millions d’euros, pour détruire deux drones Shahed d’une valeur de 20 000 euros l’unité, évaluait dans un rapport parlementaire Thomas Gassilloud. Une stratégie gagnante pour un attaquant, remarquait le député (Ensemble pour la République).

Ces drones à bas coût constituent également un péril bien concret, en témoigne la mort de l’adjudant-chef Arnaud Frion, tué par une attaque de drone dans la région d’Erbil en Irak. Mais ils peuvent aussi servir plus simplement à « occuper le terrain pour permettre à d’autres vecteurs de passer », signale à Numerama Victor Masson, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique. Le lancement d’une salve de drones contraint en effet l’adversaire à dévoiler et à user ses défenses sol-air, un scénario vu en Ukraine qui se répète à nouveau avec les frappes iraniennes au Moyen-Orient.

Pour faire face à cette menace, qu’il faut d’abord détecter et ensuite intercepter, la direction générale de l’Armement (DGA), les ingénieurs des armées françaises, mise désormais sur la diversification des solutions. Tout d’abord, la mise en place d’un pacte « Drones » en 2024 pour travailler avec tout le secteur aurait permis de bien identifier les différents moyens de lutte. La DGA a également lancé en décembre 2025 son centre référent de lutte anti-drone pour tester des solutions, des projets les plus futuristes aux plus basiques.

Roquettes et canons

Au-delà des recherches sur le laser, plus prospectives, les armées imaginent ainsi de revoir leurs roquettes. Ces engins explosifs avaient au départ été imaginés pour frapper une cible au sol. Il s’agit désormais de transformer ces vecteurs à bas coût, bien moins chers qu’un missile, en engins air-air, pour détruire en vol des drones Shahed. Un chantier qui avait débuté l’an passé et qui devrait déboucher rapidement sur des munitions pouvant équiper des hélicoptères d’attaque Tigre ou des avions de chasse.

Enfin des essais ont été faits pour l’interception de drones Shahed au canon, que ce soit celui d’un hélicoptère Tigre ou avec les mitrailleuses des Gazelle, Cougar et Caïman. Une solution qui marche, estime la DGA. Des interceptions de ce type menées par la Marine nationale ont déjà été signalées en mars 2024 ou en avril 2025, prolongées selon « La Lettre » par une validation récente du concept par l’armée de l’air et de l’espace. « Cela donne plutôt de bons résultats, mais il faut être sur la zone du drone, et il y a la question des débris » résultant de l’engagement, avec un risque de dégâts collatéraux, observe Victor Masson.

L’ère des drones intercepteurs

C’est la raison pour laquelle l’Ukraine, sous le feu de ce genre de drones depuis quatre ans, a développé des drones intercepteurs. Une piste inspirante pour les ingénieurs de l’armement français, qui ont passé des commandes auprès d’Alta Ares et d’Harmattan AI. La première entreprise a signalé il y a peu, en février, les vols réussis de son drone intercepteur « Black Bird ». La seconde commercialise le « Gobi », un drone de combat à grande vitesse. Des produits qui seraient à la fois testés dans le centre de la DGA et sur le théâtre d’opérations moyen-oriental, en conditions réelles, pour gagner du temps. Le géant européen Airbus a également dégainé son propre intercepteur, le « Bird of Prey ».

Reste qu’il s’agit de ne pas traîner du côté de la riposte. Les autorités des Émirats arabes unis ont ainsi signalé début mars avoir intercepté des centaines de drones Shahed-136, mais aussi des drones plus évolués, les Shahed-238, un engin plus rapide équipé d’un réacteur et de brouilleurs. « En Ukraine, le délai moyen entre l’apparition d’une nouvelle technologie drone et le développement d’une parade est de l’ordre de six semaines », avait prévenu un général en novembre 2025 lors d’une audition à l’Assemblée nationale. Par exemple l’équipement de caméras arrière sur des drones Shahed, « en réponse au développement technique de drones suicides chargés de les intercepter ». Soit l’éternelle bataille du glaive et du bouclier à la sauce high-tech.

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