L’AI Grand Prix devait être le sommet de la guerre du code : des drones identiques, une seule variable pour gagner, le logiciel. Mais une équipe a décidé de réécrire les règles du jeu. Son arme secrète ? Un ordinateur biologique construit à partir de neurones de souris cultivés en laboratoire, rapporte Palmer Luckey, organisateur de la compétition et fondateur d’Anduril, dans un message publié sur X le 2 février 2026.
Face à cette méthode de pilotage inédite qu’il qualifie de « carrément géniale », le gourou de la tech de défense américaine semble prêt à fermer les yeux sur le règlement pour savourer la prouesse. Un enthousiasme qui n’est sans doute pas totalement désintéressé, tant ce type de technologie coche déjà plusieurs cases stratégiques très prisées dans le monde de la défense.

Pourquoi cette équipe utilise-t-elle un cerveau de souris pour piloter un drone ?
L’AI Grand Prix est, par définition, un concours d’algorithmes. Les règles sont strictes : aucun pilote humain, aucune modification matérielle. « Le logiciel est la seule voie vers la victoire », martelait jusqu’ici Anduril. Tout se joue sur la stack logicielle pour prouver qui maîtrise le mieux l’autonomie totale. À la clé : 500 000 dollars et, surtout, un poste dans l’une des firmes de défense les plus en vue du moment.
Pour contourner la complexité du silicium, une équipe a misé sur le biocomputing. Si le mécanisme exact reste confidentiel, le principe est connu des laboratoires : on forme un mini‑réseau nerveux vivant (un organoïde) connecté à une puce truffée d’électrodes. Il ne s’agit évidemment pas d’un cerveau conscient, mais d’un assemblage de neurones capable de s’auto-organiser et d’apprendre.

Dans la pratique, l’ordinateur traduit l’état du drone, comme sa position ou les obstacles, en stimulations électriques envoyées au tissu biologique. Les neurones répondent par des schémas d’activité électrique, que la machine réinterprète en commandes de vol. Pour que cela fonctionne, les chercheurs doivent « éduquer » ces cellules par des stimuli électriques répétés plutôt que par des règles codées.
Dans ce cadre, ces mini-réseaux apprennent parfois en quelques essais seulement à réaliser une tâche simple, là où une IA classique aurait besoin de milliers d’exemples et d’une puissance de calcul massive. En observant comment ces neurones s’organisent pour résoudre un problème de trajectoire, les scientifiques accèdent ainsi à un véritable laboratoire vivant de la mémoire et de l’apprentissage.
Est-ce que ça respecte vraiment les règles du AI Grand Prix ?
L’un des avantages majeurs de cette approche réside dans la gestion du « bruit », ce flux de signaux imparfaits ou parasites qui saturent le monde réel. Là où une IA classique s’effondre souvent dès que les données de ses capteurs deviennent trop « sales », le cerveau biologique s’est construit dans le désordre. Pour dresser ces neurones, les chercheurs utilisent justement ce bruit comme un levier : ils l’envoient sous forme de décharges chaotiques dès que le système se trompe. Afin d’échapper à ce stimulus désagréable, les cellules n’ont d’autre choix que d’adapter leur activité et de s’auto-organiser pour retrouver un signal stable, synonyme de récompense et de bon vol.
Cette résilience naturelle permet au drone d’agir de façon cohérente dans des conditions changeantes, là où un algorithme sur silicium perdrait pied. En plus de cette agilité, l’efficacité énergétique reste l’argument ultime du projet : le cerveau biologique, dont le cerveau humain est l’exemple le plus frappant, développe une puissance phénoménale pour seulement une vingtaine watts. En approchant ce ratio avec des mini-cerveaux artificiels, on pourrait un jour piloter des engins complexes avec une consommation électrique dérisoire par rapport aux puces actuelles. Un avantage décisif dans des environnements où l’autonomie énergétique conditionne la survie même des machines.
Cette prouesse pose toutefois un problème de taille concernant le respect des règles. L’AI Grand Prix est normalement réservé à des codes d’IA tournant sur du silicium standard. En remplaçant le processeur par du tissu vivant, l’équipe bouscule la définition du « software-only ». On peut ainsi se demander si un réseau de neurones biologiques doit être considéré comme un simple logiciel organique ou comme une modification matérielle illicite. Si Palmer Luckey a rapidement balayé ses propres doutes au profit de son enthousiasme, la question éthique et réglementaire demeure entière. Car derrière la démonstration de force technologique se profile aussi une zone grise : celle de l’expérimentation animale et de l’usage du vivant comme simple composant d’ingénierie.
+ rapide, + pratique, + exclusif
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.
Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !











