La Marine nationale accélère sa mutation technologique. L’armée expérimente cette semaine à Toulon des engins d’un nouveau genre : des drones navals armés, chargés de protéger les côtes et d’escorter les navires français.

Après les drones aériens capables de tirer des missiles, à l’image du MQ-9 Reaper, l’armée française devrait bientôt passer à l’étape d’après : armer des drones navals de surface. C’est en tout cas tout le sens du projet DANAE, un nom qui rappelle la mythologie grecque, mais qui signifie surtout Drone de surface Autonome Naval avec une capacité d’Armement Embarqué.

Des tests en cours au large de Toulon

Ce projet n’a rien de théorique. Depuis le lundi 19 janvier 2026, et jusqu’à la fin de la semaine, la Marine nationale mène une phase d’expérimentation au sud de la presqu’île de Saint-Mandrier, près de Toulon — ville qui accueille par ailleurs le principal port militaire français, où l’on retrouve notamment le porte-avions Charles de Gaulle.

L’objectif ? Évaluer les prototypes de sept entreprises françaises membres de la base industrielle et technologique de défense en vue de sélectionner ceux répondant le mieux au cahier des charges. Ce projet est financé par l’Agence de l’innovation de défense (AID), une sorte de DARPA à la française et rattachée au ministère des Armées.

Une logique défensive pour protéger les ports et les navires

Contrairement aux drones navals kamikazes, qui font régulièrement la une de l’actualité avec la guerre opposant la Russie à l’Ukraine, le projet DANAE a une vocation plutôt défensive. C’est en tout cas sur cet aspect que l’AID met l’accent, en mentionnant les deux principales missions qui seront confiées à terme à ces futurs engins.

La première tâche de ces engins sans pilote à bord sera la protection des ports — comprendre les bases navales, en métropole comme en outre-mer. Ces installations sont très sensibles, à l’image des ports de Toulon, Brest et Cherbourg, qui concentrent le gros des moyens navals du pays, et de l’Île-Longue, siège de la force océanique stratégique.

SNLE france
Un sous-marin nucléaire lanceur d’engins, qui est basé à l’Île-Longue. // Source : Marine nationale

Ces emprises de la Marine nationale sont déjà sécurisées et protégées, mais la nature des menaces évolue avec la « dronisation » des rapports de force. Qui plus est, l’actualité récente a montré que même les zones censées être les plus sanctuarisées et les mieux gardées peuvent faire l’objet d’incidents — tels ces mystérieux drones qui ont approché l’Île-Longue.

Autre tâche très sensible : l’escorte en haute mer. La principale projection de puissance de la Marine nationale se fait à travers le groupe aéronaval, qui se structure autour du porte-avions Charles de Gaulle. Celui-ci bénéficie déjà d’un haut degré de protection, incluant sa propre autodéfense et une bulle de protection fournie par les autres navires.

Mais compte tenu du caractère stratégique du porte-avions, et de l’évolution de la menace, cette bulle mérite d’être actualisée et densifiée. Et par ailleurs, la perspective d’une escorte peut aussi servir en appui d’autres bâtiments de guerre qui évoluent seuls ou dans un petit groupe — comme une frégate ou un porte-hélicoptères.

Des drones comme « chiens de garde »

De la sécurisation des approches portuaires à l’accompagnement de navires, ces drones pourraient être de vrais « chiens de garde » dirigés à distance — voire, un jour, par intelligence artificielle. Ils pourraient ainsi aller au-devant de certaines menaces sans grand risque (et sans exposer un équipage) et, si besoin, mettre en œuvre leur armement.

Ce test grandeur nature confirme les efforts de la Marine nationale du côté des drones de surface (mais pas que). Ce n’est d’ailleurs pas la seule initiative en cours. À titre d’exemple, la Marine nationale recevait son premier drone de surface dans le cadre du programme SLAM-F (système de lutte anti-mines marines futur) pour sécuriser des zones maritimes stratégiques.

Ces efforts en direction de la mer rappellent l’importance des océans — où passe l’essentiel du commerce mondial (80 % en valeur et 90 % en volume), et où transitent aussi de nombreuses infrastructures très sensibles, comme les câbles Internet sous-marins (99 % du trafic). À cela s’ajoutent les enjeux de pêche, d’énergie, de gisements et de ressources sous-marines.

Des mers sont d’ailleurs revenues au cœur des préoccupations, à l’image de la Baltique, l’Atlantique Nord, la mer Noire, ou encore l’Arctique, en raison de la poussée de fièvre autour du Groenland. Une multiplication des points chauds qui nécessitent une surveillance et une présence accrues — et dont une partie du travail pourrait être confiée à ce genre de drones.

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