Historiquement séparés des équipes de Google Maps, les employés de Waze, basés à Tel Aviv, vont finalement rejoindre le service de cartographie de Google. Le début de la fin pour une application populaire qui a toujours su fonctionner indépendamment ?

Dans le secteur des nouvelles technologies, Waze est un ovni. Utilisée par plus de 150 millions de personnes chaque mois (dont, au moins, 13 millions de Français), l’application de cartographie préférée des automobilistes est entièrement construite par ses utilisateurs, puisqu’il s’agit d’un service entièrement collaboratif. Les équipes de Waze ne bâtissent pas les cartes, ce sont des communautés passionnées, qui passent généralement plusieurs heures par jour sur Waze, qui sont à l’origine des connaissances de l’application. Étrangement, le rachat de Waze par Google en 2013 n’a pas fait fuir les fans du service, qui continuent de l’alimenter quotidiennement.

En 2019, lors d’une rencontre avec quelques journalistes à Tel Aviv (nous y avions assisté), les représentants de Waze avaient promis que l’application resterait indépendante de Google et Google Maps. Trois ans plus tard, le Wall Street Journal révèle que la promesse a été brisée. Vendredi 9 décembre, Google fusionne les équipes de ses deux applications de cartographie.

Google Maps et Waze, deux modèles incompatibles ?

En temps normal, la fusion de deux services de cartographie qui appartiennent au même groupe semblerait logique. Pourquoi tout faire en double, alors que leurs missions sont les mêmes ? Dans ce cas précis, la fusion pose plusieurs problèmes.

De par son fonctionnement, Waze est complètement incompatible avec Google Maps. L’application israélienne repose sur la passion de ses collaborateurs et les signalements de ses utilisateurs, tandis que Google Maps est un mastodonte avec un budget colossal, qui emploie des milliers de personnes chargées de cartographier la planète et de collecter un maximum de données (l’incroyable projet Street View en témoigne). Peut-on fusionner ces données sans risques ? Waze perdrait alors toute son identité, tandis que Google ne gagnerait pas grand-chose (les équipes de Google Maps ont déjà accès aux signalements des utilisateurs de Waze).

Waze dans Android Auto. // Source : Waze
Waze dans Android Auto. // Source : Waze

Neha Parikh, la CEO de Waze qui avait succédé à Noah Bardim (le patron historique de l’application) en 2021, est la première victime de cette fusion. Google promet qu’aucun autre employé ne sera licencié et que les deux applications resteront indépendantes, mais le départ de sa patronne n’est pas très bon signe. Noah Bardim, à son départ, avait beaucoup critiqué Google, à qui il reprochait de détruire la culture start-up de Waze.

Si Waze devrait bien rester à Tel-Aviv malgré cette fusion, ses marges de manœuvre apparaissent plus limitées que jamais. Google va-t-il petit à petit absorber Waze ou tenter de le monétiser à tout prix ? (Waze ne gagne quasiment pas d’argent aujourd’hui, Google l’a toujours vu comme une expérimentation). La fin de son indépendance laisse supposer que le Waze fondé en 2008 n’existe plus, et personne ne sait à quoi ressemblera le Waze de 2023.


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