Apple fait le bilan de l’année 2021 quant à son programme visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans sa chaîne de production.

Pour une entreprise comme Apple, développer la neutralité carbone dans la chaîne de production ne peut se limiter à l’entreprise seule — la fabrication des composants et la distribution dépendent généralement d’un grand nombre de fournisseurs. Ainsi, si les activités internes d’Apple sont neutres en carbone depuis 2020, ce n’est pas le cas des produits vendus — or, c’est bien cette empreinte indirecte qui représente la plus grosse pollution produite par Apple.

Mais réduire cette empreinte indirecte est l’objectif affiché par la firme. Elle avait annoncé se donner jusqu’à 2030 pour s’approcher de la neutralité carbone pour sa chaîne d’approvisionnement et ses produits. Cela signifierait alors que l’impact des produits vendus serait quasi nul dans le domaine des émissions de gaz à effet de serre (en l’occurrence, Apple vise une réduction totale de 75 % des émissions).

Dans un communiqué publié le 14 avril 2022, Apple annonce que ses fournisseurs ont doublé leur usage des énergies renouvelables sur l’année 2021. Au total, ce seraient 13,9 millions de tonnes de dioxyde de carbone qui n’ont pas été émises dans l’atmosphère par rapport au rythme de l’année qui précède. D’après Apple, le gain en émissions équivaudrait, à l’échelle d’une année, à 3 millions de voitures retirées de la circulation.

Que signifie « neutre en carbone » dans ce contexte ?

Concrètement, en 2021, ce sont 213 fournisseurs d’Apple situés dans 26 pays différents qui se sont « engagés » à une production basée à 100 % sur les énergies renouvelables. C’est 100 de plus qu’en 2020, et cela représente environ 60 % des principaux fournisseurs de la firme. Apple donne quelques exemples basés en Europe, comme l’entreprise Infineon dont les sites en Allemagne et en Autriche reposent sur l’énergie solaire, ou encore DSM Engineering Materials qui « soutient » un projet éolien aux Pays-Bas.

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La neutralité carbone ne doit pas être atteinte que par l’entreprise, mais aussi (surtout) par ses fournisseurs pour ses produits. // Source : Pexels

Il faut toutefois se garder de prendre au mot l’expression « neutre en carbone » ou encore « 100 % d’énergies renouvelables ». Si dans certains cas des centrales solaires, par exemple, peuvent être construites sur site, ce n’est pas toujours le cas. On parle bien ici d’entreprises « engagées » dans la neutralité carbone : elles ne tirent pas forcément directement et intégralement leur électricité de l’énergie propre. Ainsi comme le relève The Verge, cela consiste souvent en l’achat de Renewable Energy Credits (RECs), des crédits qui prouvent qu’une certaine quantité de l’énergie utilisée dans un site provient de sources propres (un crédit = un mégawatt/heure). C’est une mécanique de compensation et d’incitation : les entreprises « soutiennent » l’énergie propre en compensant leur usage d’énergie polluante (pour la neutralité, les crédits d’énergie renouvelable doivent alors correspondre à l’énergie polluante utilisée).

La délimitation du 100 % renouvelable pose également question quant à sa définition dans le contexte du commerce : comment sont fournis les bureaux de gestion ; quid du transport des matières premières et des produits finis ; quid de l’incitation au rachat constant de nouveaux produits ; etc. Il est donc crucial de ne pas s’en tenir aux discours des entreprises, quelles qu’elles soient.

Ceci étant, malgré ces limites significatives qui n’apparaissent pas dans la terminologie de communication d’Apple, il faut cependant relever que cette firme est l’une des seules, dans les hautes technologies, à fixer des objectifs aussi précis et datés, et surtout, à les étendre à ses fournisseurs (bien souvent, il n’est question de réduire l’impact des activités internes, ce qui est très restreint et parfois proche du greenwashing). « L’énergie propre est bonne pour les affaires et bonne pour la planète », indique Apple, dont le programme Supplier Clean Energy est lancé depuis 2015. Or, c’est bien toute la chaîne de production qu’il s’agit de décarboner. Le résultat est une baisse réelle des émissions de gaz à effet potentiellement émises dans l’atmosphère.

Un autre enjeu sera de remonter encore plus loin dans la chaîne de production en limitant de plus en plus l’usage des terres rares.