Face aux actions inamicales dans l'espace, la France prépare le déploiement de patrouilleurs spatiaux, prévu pour la fin de la décennie, afin de protéger ses satellites.

Visiblement, Star Wars inspire. Après l’initiative de défense stratégique dévoilée dans les années 1980 par le président américain Ronald Reagan, et surnommée « Guerre des étoiles » dans les médias, voilà que la France a aussi son propre programme faisant écho à la célèbre saga cinématographique. Son nom ? Yoda, pour « Yeux en Orbite pour un Démonstrateur Agile ».

Mais contrairement au projet américain qui visait à déployer une défense antimissile pour intercepter des tirs nucléaires soviétiques avant qu’ils n’atteignent leur but, la France a un tout autre objectif : surveiller l’espace, depuis l’espace. Plus exactement, il s’agit de lancer des engins spatiaux chargés de protéger les satellites militaires français de manœuvres suspectes, voire hostiles.

Des satellites désormais vulnérables

La vulnérabilité des satellites a pendant longtemps occupé une place assez secondaire dans les sujets militaires, car l’espace a été considéré comme un sanctuaire inviolable par des armements terrestres. Les progrès en balistique, avec des essais réussis de missiles antisatellites, et l’arrivée de nouvelles méthodes (laser aveuglant les capteurs, brouillage des communications) ont changé la donne, sans parler de l’arrivée de satellites « tueurs ».

Or, les satellites sont aujourd’hui un maillon crucial à la conduite d’une opération. Outre les communications militaires, ils collectent du renseignement (électromagnétique ou image), aident à positionner des troupes (le GPS répondait au départ à des impératifs militaires), détectent des tirs adverses ou encore guident la trajectoire de systèmes d’armes, comme des missiles.

Esa Galileo
Vue d’artiste d’un satellite Galileo. // Source : ESA–Pierre Carril

Si les menaces pesant sur les satellites ont pris au fil du temps une ampleur de plus en plus importante dans l’appareil militaire, elles n’étaient guère évoquées dans la sphère publique. Un virage a été observé en septembre 2018, quand la ministre des Armées, Florence Parly, a accusé la Russie d’avoir approché l’un de ses satellites du satellite franco-italien Athenas Fidus, dédié aux communications militaires.

Le satellite trop curieux « s’est approché de tellement près qu’on aurait vraiment pu croire qu’il tentait de capter nos communications. Or, tenter d’écouter ses voisins, ce n’est pas seulement inamical. Cela s’appelle un acte d’espionnage  », avait dénoncé la ministre. La manœuvre suspecte avait eu lieu en 2017. C’était la première fois qu’une accusation aussi directe était formulée.

Un démonstrateur en 2023

C’est là que Yoda doit intervenir. Le développement du projet, signalé par Challenges dans son édition du 10 novembre, est confié au Centre national d’études spatiales (CNES), qui est l’agence spatiale française. Ce chantier se fera en deux temps : d’abord la création d’un démonstrateur, qui sera déployé en 2023, avant la mise en orbite à la fin de la décennie d’engins opérationnels — en 2028 ou 2029 .

Dans un rapport du député Jean-Jacques Ferrara, il est indiqué que le démonstrateur « sera constitué de deux nanosatellites d’un poids de 10 à 20 kg, qui évolueront en orbite géostationnaire afin de valider les technologies de rapprochement d’un satellite, dimensionner les charges utiles d’opération de proximité et entraîner les opérateurs du commandement de l’espace aux opérations dans l’espace ».

Tir d'une fusée Ariane 5 depuis le centre spatial guyanais
Un démonstrateur est prévu pour 2023. L’engin opérationnel, lui, pour 2028 ou 2029. // Source : Dan Lundberg

L’orbite géostationnaire se situe très exactement à une altitude de 35 786 km. C’est à cette altitude qu’évoluent les satellites militaires Athena Fidus, Sicral 2 et le futur Syracuse 4. Le rapport parlementaire note d’ailleurs que l’arrivée d’engins opérationnels vers 2028 ou 2029 « correspond à une année de référence  » pour de futurs satellites : Syracuse 4 C, Iris et Céleste.

Le démonstrateur aura « pour objectif de prouver [la capacité de la France] à mener des opérations en orbite géostationnaire ». Si ce patrouilleur spatial donne satisfaction, un engin «  plus lourd et véritablement opérationnel pourra ensuite être lancé vers 2030 ». Le satellite pèserait alors une centaine de kg et permettra alors à l’Hexagone de conduire « une défense active de l’espace ». Et dans l’espace.

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