L'écologue ukrainien Andriy Zotov a publié des photographies de la base scientifique où il travaille, en Antarctique. La glace y est pourpre. D'où vient ce phénomène et quelles sont ses implications ?

On ne manque pas de signes factuels du changement climatique, mais certains sont plus symboliques que d’autres. Les récentes images publiées fin février 2020 par la base scientifique Vernadsky en font partie. Ces photographies, que vous pouvez voir ci-dessous, montrent la glace de l’Antarctique, mais loin des paysages calmes et idylliques habituels, on est sur un registre un peu plus gore : la glace est pourpre, rouge sang. Il y a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne : ce n’est évidemment pas du sang, aucun être vivant n’a été blessé pour produire ce phénomène. La mauvaise : cette teinte n’est pas bon signe pour l’état du climat de notre planète.

Les responsables de cette teinte sont des algues vertes à l’échelle microscopique. « Nos scientifiques les ont identifiées au microscope en tant que Chlamydomonas nivalis  », indique dans son post Facebook le Centre ukrainien de la recherche scientifique en Antarctique, qui possède la base d’observation concernée. Ces algues unicellulaires appartiennent essentiellement aux régions les plus froides. Presque partout où il y a de la glace et de la neige il y a Chlamydomonas nivalis.

Andrey Zotov

Paradoxalement, si ces algues vivent dans les régions froides, elles aiment… le chaud. Durant l’hiver glacial, elles se mettent en pause. Mais quand revient le Soleil et son enveloppante chaleur, elles fleurissent. Cette algue a besoin d’eau fondue pour prospérer, et cela n’advient que lorsque le Soleil réchauffe la neige.

Ces algues sont au cœur d’un cercle vicieux

Quand le printemps arrive et qu’elles arrivent à maturité, les cellules des C. nivalis se recouvrent des caroténoïdes, des pigments qui vont faire rapidement évoluer l’apparence de l’algue du vert vers le jaune puis vers le orange avant de se stabiliser sur le rouge. Cette couche pigmentée constitue une teinte plus sombre que la couleur de la neige, ce qui reflète bien moins la lumière du Soleil. Deux bénéfices pour C. nivalis : l’algue se protège des rayons ultraviolets et l’aide à absorber de la chaleur. Le pigment sombre que constitue le rouge reflète bien moins la lumière, ce qui explique ces deux conséquences. Au final, plus l’algue absorbe de la chaleur, plus la glace où elle vit va fondre et lui procurer l’eau dont elle a besoin pour prospérer. Ce processus est à la fois un résultat et une cause de changement climatique.

L’Antarctique se réchauffe toujours plus

Il ne vous a sans doute pas échappé, tant ce fut dans l’actualité et tant on a pu le ressentir, que la planète a récemment connu quelques records de chaleur. L’un des lieux les plus touchés est justement l’Antarctique. La région a atteint 18,5 degrés le 6 février 2020, ce qui est anormal en cette période. Son été 2019 a connu aussi des températures excessivement élevées. Ces épisodes provoquent une fonte des glaces plus rapides et plus massives que d’habitude. Le lien avec C. nivalis commence tout naturellement à apparaître.

Puisque C. nivalis prospère quand la glace se réchauffe et fond, la population de l’algue augmente face au réchauffement de la région. Elle arrive également plus tôt dans l’année. Mais puisque l’algue absorbe de la chaleur, elle contribue aussi à réchauffer la région et à faire fondre la glace. Donc plus il fait chaud plus il y a de C. nivalis. Plus il y a de C. nivalis plus il fait chaud. C’est un cercle vicieux faisant que « ces floraisons contribuent au changement climatique », affirme l’écologue Andriy Zotov, l’auteur des photos, dans le post Facebook.

Crédit photo de la une : Andrey Zotov

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