Une embryologiste a testé si des échantillons de sperme restaient viables après avoir été exposés à la microgravité. Les résultats de cette expérience pourraient ouvrir la possibilité de créer un jour une banque de sperme en dehors de la Terre.

Du sperme humain congelé est resté viable après avoir été soumis à de la microgravité (une gravité plus faible que sur la Terre). Ce résultat, présenté lors d’un congrès de la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE) le 24 juin 2019, pourrait avoir son importance dans l’optique d’établir un jour des colonies dans l’espace.

Pouvoir conserver des échantillons de sperme dans l’espace ouvrirait la perspective de les transporter et de créer une banque de sperme, quelque part en dehors de notre planète. « Je pense que dans un futur proche, nous nous en approcherons », nous confirme Montserrat Boada Palá, embryologiste à Dexeus Mujer, un centre spécialisé dans la santé des femmes à Barcelone (Espagne), qui a mené cette expérience.

Des échantillons dans un laboratoire. // Source : Flickr/CC/IAEA Imagebank (photo recadrée)

Comme l’explique la scientifique dans le poster qu’elle a présenté au congrès de l’ESHRE, de nombreuses études se sont intéressées aux effets sur le corps des environnements où la gravité est différente de celle sur la Terre. Ces travaux ont étudié les effets sur le système nerveux, le système cardio-vasculaire ou encore sur l’appareil musculaire. L’influence sur les gamètes (spermatozoïde et ovule) a moins été documentée.

La microgravité affecte les cellules

« Nous savons que la microgravité affecte les cellules, poursuit l’embryologiste. Si dans un futur proche, la vie voire la reproduction sont possibles en dehors de la Terre, nous devons étudier les effets de la microgravité [ndlr : sur les gamètes], pas seulement sur les animaux mais aussi sur les humains. » La Nasa a déjà montré son intérêt pour le sujet, sans toutefois publier les résultats de ses travaux sur des échantillons de sperme humain envoyés à bord de la Station spatiale internationale. La scientifique s’est demandé comment des échantillons de sperme congelés réagiraient s’ils étaient placés quelques instants dans un environnement en microgravité.

« Évidemment la meilleure option serait de pouvoir faire l’expérience dans l’espace. Mais ce n’était pas possible pour nous, donc nous avons cherché les autres options que nous avions », explique Montserrat Boada Palá. L’expérience a consisté à faire voyager 10 échantillons contenant du sperme à bord d’un avion. Les échantillons provenaient tous de donneurs en bonne santé. Grâce à une série de manœuvres paraboliques, une situation semblable à la microgravité a été recrée dans l’avion. Les échantillons se sont retrouvés dans ces conditions pendant 8 secondes.

Après le vol, plusieurs paramètres ont été testés, incluant la motilité des spermatozoïdes (leur capacité de se déplacer), leur vitalité, la fragmentation de l’ADN ou l’apoptose (l’auto-destruction des cellules). D’autres échantillons ont servi de repère : en comparant les deux groupes, la scientifique n’a pas relevé de différences notables.

Un ovule et un spermatozoïde. // Source : Pixabay (photo recadrée)

Ces résultats « ne sont qu’une première étape, insiste la chercheuse. C’est une étude mineure sur un gros projet » qui mérite selon elle davantage de recherches pour confirmer ses observations (en augmentant le nombre d’échantillons testés et le temps d’exposition à la microgravité). Ce test « ouvre la possibilité de transporter en sureté des gamètes mâles dans l’espace et de considérer la possibilité de créer une banque de sperme humain en dehors de la planète Terre », conclut le poster présenté par Montserrat Boada Palá. La microgravité n’est cependant pas le seul élément que rencontreront les échantillons de sperme envoyés dans l’espace : la chercheuse pense par exemple aux radiations. « Nous devons étudier tous les phénomènes qui pourraient altérer le sperme », note-t-elle.

Éviter la consanguinité dans les colonies

Pourquoi serait-il si important d’avoir cette banque de sperme pour installer une colonie sur une autre planète ? « Les techniques de reproduction assistée seront certainement les méthodes de reproduction les plus communes dans l’espace », nous explique la scientifique. Elle ajoute que ces échantillons de sperme seraient aussi importants pour favoriser la diversité au sein des colonies, qui auront probablement peu de membres. Recourir à une banque de sperme pourrait «  éviter la consanguinité et l’endogamie », souligne la chercheuse.

Quand nous demandons enfin à Montserrat Boada Palá si la création d’une banque de sperme pourrait indirectement donner aux femmes un rôle plus important dans les voyages spatiaux ou les projets de colonisation d’autres planètes, la scientifique n’est pas convaincue. Pour elle, ce n’est « pas vraiment le sujet. La question qui nous intéresse, c’est de donner un jour aux humains la possibilité de se reproduire dans l’espace. »

Crédit photo de la une : Pxhere (photo recadrée)

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