Isar Aerospace vient de réussir ce qu’aucune société privée européenne n’avait fait : placer des satellites en orbite depuis le sol du Vieux Continent. Et la start-up allemande y est parvenue dès le deuxième vol de sa fusée Spectrum.

La deuxième fois était donc la bonne, et c’est une formidable avancée pour l’Europe spatiale. Samedi 5 septembre 2026, à 22h12, la fusée Spectrum de la société allemande Isar Aerospace s’est arrachée avec succès du pas de tir d’Andøya, tout au nord de la Norvège. Sept minutes plus tard, elle larguait ses satellites en orbite basse.

Le contraste avec le tout premier essai de l’entreprise est spectaculaire, et a de quoi faire sourire : en mars 2025, il y a à peine plus d’un an, cette même fusée retombait en mer au bout d’une trentaine de secondes, avant de s’abîmer dans une grosse explosion. Il y avait cependant quelques motifs de satisfaction : au moins, le lanceur avait décollé.

Cette fois, le scénario était différent : Isar Aerospace tient sa qualification, et l’Europe a surtout démontré qu’elle peut avoir un accès souverain à l’espace depuis son propre sol – plus exactement depuis l’Europe continentale, sans avoir besoin de recourir à une base spatiale lointaine, comme le centre spatial de Kourou, en Guyane française (Amérique du Sud).

Le lanceur Spectrum n’a pas la prétention de venir concurrencer Ariane 6. C’est un petit engin, haut de 28 mètres, large de 2 et mobilisant 10 moteurs pour emporter jusqu’à une tonne en orbite basse (entre 100 et 2 000 km d’altitude). C’est, en somme, un microlanceur, qui complète la gamme des fusées européennes sur un segment précis.

Ce vol, baptisé Onward and Upward, emportait en l’espèce cinq cubesats et une expérience, du matériel universitaire sélectionné par l’agence spatiale allemande (DLR) et soutenu par le programme Boost ! de l’Agence spatiale européenne. Boost ! vise à soutenir les initiatives commerciales proposant des services de transport spatial.

Rien n’a été simple pour Isar Aerospace entre le raté du printemps 2025 et le tir réussi de cette fin d’été 2026. Le premier vol avait donc tourné court et il fallait déjà se remettre en selle pour la suite. Ce rebond, d’abord espéré pour janvier, a hélas glissé de report en report. Le deuxième tir a connu une fuite dans un réservoir sous pression puis divers soucis.

Une réussite qui tombe à pic pour l’Europe

Hasard du calendrier, la fusée Spectrum est parvenue à décoller quatre jours avant un sommet spatial organisé à Paris par Emmanuel Macron, consacré à la souveraineté spatiale européenne – les 9 et 10 septembre 2026. Selon Les Echos, Washington a fait pression sur les géants comme SpaceX et Blue Origin pour qu’ils esquivent l’évènement.

Malgré cette manœuvre qui a poussé les entreprises américaines à déserter la séquence, des dizaines d’autres nations demeurent invitées et prévoient de venir. Surtout, l’Europe peut bomber le torse malgré le coup américain, et démontrer que l’on peut aussi se débrouiller sur le Vieux Continent. Même s’il aura fallu cravacher 18 mois pour gommer 30 secondes d’échec.

Ce timing, personne ne l’avait scénarisé. Mais la politique a évidemment saisi la balle au bond : pendant que Washington boude une conférence sur la gouvernance de l’orbite, Emmanuel Macron a salué le tir, dans un tweet qui visait aussi à donner le change. « L’Europe prend son destin en main, y compris dans le domaine spatial », a-t-il écrit.

macron spectrum isar
Source : Capture d’écran

« Pour la première fois, un acteur privé européen a placé sa fusée en orbite après un lancement depuis le sol européen. […] Une victoire pour toute l’Europe. […] Ces succès disent ce dont notre continent est capable lorsqu’il innove, investit et assume son ambition : bâtir une Europe puissance, indépendante jusque dans l’espace », a-t-il ajouté.

D’autres félicitations sont venues d’ailleurs en Europe, mais aussi de Josef Aschbacher, le directeur de l’Agence spatiale européenne, qui s’était alarmé du déclin européen dans le spatial et de la nécessité de davantage compter sur soi-même pour les vols spatiaux. Le concurrent américain Rocket Lab a aussi adressé ses félicitations.

Un vol de qualification n’est pas encore une cadence industrielle. Isar affirme avoir déjà cinq Spectrum en production et vise à terme jusqu’à 40 fusées par an dans sa future usine près de Munich, avec un second pas de tir prévu au Canada. C’est un rythme bien plus soutenu qu’Ariane 6 ou Vega-C, les deux lanceurs stars de l’Europe.

« Nous avons réalisé en quelques années ce qui avait pris des décennies à l’industrie spatiale européenne. L’Europe dispose désormais d’un accès souverain à l’espace. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère pour les vols spatiaux européens.  », juge Daniel Metzler, CEO et cofondateur. Isar Aerospace doit désormais enchaîner les tirs pour transformer cette réussite unique en service commercial régulier.

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