El Niño, le phénomène climatique qui se produit dans l’océan Pacifique, pourrait être particulièrement important cette année. Une tendance dont toutes les conséquences sont encore parfois mal comprises par les scientifiques, mais qui pourrait avoir des effets graves sur le climat.

Les canicules de cet été 2026 en France ont confirmé l’ampleur des changements climatiques atteints sous nos latitudes, mais d’autres phénomènes planétaires bouleversent également le climat. C’est le cas de El Niño : un mécanisme cyclique qui se traduit par une hausse de la température de la surface de l’eau dans l’océan Pacifique, ce qui a ensuite des conséquences globales sur la température dans le monde.

Bien connu des scientifiques, ce mécanisme n’est pourtant pas totalement bien compris et peut être extrêmement variable selon les années. Une nouvelle étude parue dans la revue Science le 27 août 2026 assure que l’épisode d’El Niño entamé s’annonce comme étant particulièrement important, peut-être le pire depuis un millénaire.

1 000 ans de coraux à enregistrer

Plus précisément, El Niño est un composant d’un phénomène plus large nommé ENSO, pour El Niño-Southern-Oscillation, qui se décompose en trois phases : la montée des températures avec El Niño, une baisse avec La Niña, et des passages dits « neutres ».

L’étude se concentre sur la phase de hausse des températures qui n’ont donc jamais, ces mille dernières années, été aussi fortes que ce que nous connaissons actuellement dans l’est du Pacifique. Pour s’en assurer, les auteurs de l’étude sont allés observer les coraux que l’on trouve dans les Galapagos, au large de l’Équateur. Une zone pratique à étudier, car on peut trouver des fossiles de coraux, ce qui permet de dessiner une carte de l’évolution du climat sur de très longues périodes.

Coraux. // Source : Pexels
Les coraux sont une manière de connaître le climat ancien sous l’océan. // Source : Pexels

Grâce à ces données acquises sur plusieurs centaines d’années, les chercheurs sont à peu près sûrs que le phénomène actuel est particulièrement fort. Mais il reste une question : est-ce que cette variabilité a un rapport avec le changement climatique anthropique (provoqué par les humains) ? A priori, tout indique que oui, puisque la variabilité actuelle est plus importante encore que celle qui avait eu lieu pendant le petit âge glaciaire démarré au 14e siècle, ou même l’optimum climatique médiéval apparu 500 ans plus tôt.

Une variabilité qui s’explique par l’activité humaine

Mais pour s’en assurer, les scientifiques ont mis au point des simulations grâce à des modèles climatiques. Ils ont essayé de savoir si El Niño aurait été aussi fort sans aucune intervention humaine, dans un monde où les émissions de dioxyde de carbone n’auraient pas augmenté au point que nous connaissons aujourd’hui.

Les modèles ont montré que si l’on se limite aux causes naturelles d’augmentation du phénomène, comme les volcans ou la variabilité du Soleil, El Niño serait moins fort, ce qu’ils peuvent affirmer avec 99 % de certitude. De plus, les modèles montrent également que l’action des humains a davantage d’effets sur l’est du Pacifique, ce qui expliquerait donc pourquoi les relevés sur les coraux prélevés dans le Pacifique central, notamment vers l’archipel des Kiribati, ne montrent pas une telle variabilité.

Surface de la mer plus élevée que la normale (en rouge) dans l'océan Pacifique, le 8 juin 2026. // Source : NASA Earth Observatory/Lauren Dauphin
Surface de la mer plus élevée que la normale (en rouge) dans l’océan Pacifique, le 8 juin 2026. // Source : NASA Earth Observatory/Lauren Dauphin

Il apparaît donc logique, dans ces conditions, que le réchauffement climatique renforce El Niño. Mais le phénomène va-t-il conduire à encore davantage de réchauffement à l’échelle planétaire ? À ce stade, les données restent parcellaires, mais il est déjà prouvé que lorsque El Niño est fort, il y a à la fois un renforcement des sécheresses et des périodes de pluies intenses.

Pour ce qui est du climat lui-même, comme le résume la principale autrice de l’étude, Julia Cole, paléoclimatologue à l’université du Michigan, auprès d’Ars Technica : « Nous savons ce qui provoque le réchauffement climatique, et c’est notre usage des énergies fossiles. »

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