Ce n’est pas forcément un secret pour qui s’intéresse de longue date aux avancées de la conquête spatiale. Mais ça peut être une surprise pour qui ne suit pas cette actualité de près : la fusée la plus dynamique au monde, avec ses cadences infernales de lancement, n’est pas éternelle. Il arrivera un jour où cette Falcon 9 devra tirer sa révérence.
Quand, exactement ? On ne le sait évidemment pas encore avec précision. Mais on sait la condition sine qua non qui déclenchera cette bascule : dès que le lanceur géant Starship sera fiabilisé et opérationnel, avec une bonne cadence hebdomadaire de tirs. C’est ce qu’Elon Musk a répété au détour d’un tweet publié le 23 août sur X (ex-Twitter).

« Une fois que Starship volera de manière fiable plusieurs fois par semaine, il sera logique de réaffecter les ressources d’ingénierie et de production de SpaceX, qui sont extrêmement limitées, afin d’atteindre une fréquence de lancement de plusieurs fois par jour, ce qui impliquera de progressivement réduire les activités liées au Falcon », a-t-il dit.
L’extinction progressive du programme Falcon était forcément déjà dans les têtes lorsque le patron de SpaceX a voulu impulser le chantier du Starship. Dès 2017, lors du congrès d’Adélaïde, l’intéressé évoquait son intention de remplacer toute la flotte (Falcon 9, Falcon Heavy et la capsule Dragon) par un seul et unique système.
Le problème du second étage
La stratégie est ancienne, donc, mais il faut composer avec la concrétisation, qui prend beaucoup de temps. Elle a certains arguments à faire valoir : bien sûr, la Falcon 9 écrase aujourd’hui la concurrence mondiale avec un rythme qu’aucune autre entreprise ne peut atteindre, avec des coûts d’accès à l’espace très attractifs.
Le problème, cependant, est que ce lanceur n’est pas totalement réutilisable. Certes, le retour du premier étage sur Terre ou en mer est devenu une routine dont plus personne ne parle vraiment. Bien entendu, la récupération des deux segments de la coiffe à chaque tir permet là encore de réduire la facture, en évitant de les refabriquer.

Mais il y a le deuxième étage de la fusée qui, lui, finit systématiquement par se désintégrer dans l’atmosphère (ou, parfois, par s’écraser contre la Lune). Ce sont donc, pour chaque lancement, des pièces coûtant des millions de dollars qui partent en fumée — un problème que connaissent aussi les autres entreprises du secteur.
Le Starship, pour sa part, est pensé pour être un véhicule 100 % réutilisable. En basculant de la Falcon 9 au Starship, on peut dégager trois bénéfices :
- Faire chuter les coûts : une réutilisabilité totale diminuerait drastiquement le prix du kilogramme envoyé en orbite.
- Augmenter la charge utile : le Starship peut transporter un volume et une masse bien supérieurs à ceux de la Falcon 9.
- Simplifier le segment industriel : il n’y aurait plus qu’une seule chaîne d’assemblage à garder, une seule équipe d’ingénierie et des pas de tir homogènes.
La retraite n’est pas pour demain
Le tweet d’Elon Musk doit toutefois être très largement tempéré. Le fait est qu’il n’y a pas péril en la demeure pour la Falcon 9, à court terme, mais aussi vraisemblablement à moyen et même long terme. La condition posée par le patron de SpaceX — un Starship volant plusieurs fois par semaine de façon fiable — est en effet encore très loin d’être satisfaite.
Qui plus est, le secteur spatial est aussi très familier du « Elon Time », cette manie récurrente d’Elon Musk de sous-estimer la durée complexe des tâches d’ingénierie pour aboutir à tel ou tel état final recherché. Passer d’une phase de tests, même réussis, à une cadence de tirs hebdomadaires opérationnels prendra encore des années.

Un exemple : certes, SpaceX réussit aujourd’hui à récupérer le Super Heavy (le premier étage de la fusée Starship), en le faisant revenir sur Terre de façon automatique, mais la capture de l’étage supérieur n’a toujours pas été tentée. Il n’est même pas sûr qu’elle le soit d’ailleurs lors du prochain tir, attendu dans les prochaines semaines.
Qui plus est, Elon Musk a prétendu que le principal problème du bouclier thermique avait été résolu, mais cela reste encore à démontrer.
Et puis il y a aussi la réalité commerciale qui imposera sa loi. La NASA, qui confie ses astronautes à la capsule Crew Dragon, et le Pentagone, qui lance des satellites espions à plusieurs millions de dollars, n’ont aucune envie d’essuyer les plâtres d’un nouveau lanceur précipitamment. Il lui faudra faire ses preuves et montrer des vols irréprochables.
La Falcon 9 peut se targuer d’avoir un insolent taux de réussite, ce qui lui offre encore un certain totem d’immunité pour un petit moment.
+ rapide, + pratique, + exclusif
Zéro publicité, fonctions avancées de lecture, articles résumés par l'I.A, contenus exclusifs et plus encore.
Découvrez les nombreux avantages de Numerama+.
Vous avez lu 0 articles sur Numerama ce mois-ci
Tout le monde n'a pas les moyens de payer pour l'information.
C'est pourquoi nous maintenons notre journalisme ouvert à tous.
Mais si vous le pouvez,
voici trois bonnes raisons de soutenir notre travail :
- 1 Numerama+ contribue à offrir une expérience gratuite à tous les lecteurs de Numerama.
- 2 Vous profiterez d'une lecture sans publicité, de nombreuses fonctions avancées de lecture et des contenus exclusifs.
- 3 Aider Numerama dans sa mission : comprendre le présent pour anticiper l'avenir.
Si vous croyez en un web gratuit et à une information de qualité accessible au plus grand nombre, rejoignez Numerama+.
Toute l'actu tech en un clin d'œil
Ajoutez Numerama à votre écran d'accueil et restez connectés au futur !
Tous nos articles sont aussi sur notre profil Google : suivez-nous pour ne rien manquer !


