Trois climatiseurs mobiles et une promesse. Le 16 juillet 2026, Laurent Wauquiez s’est rendu au centre hospitalier Lucien-Hussel de Vienne pour remettre les premiers appareils achetés par la Région Auvergne-Rhône-Alpes. La livraison est particulièrement bienvenue dans ce service d’urgences, où certaines zones d’attente dépassent les 30 °C pendant les épisodes caniculaires.

Ces trois machines ne sont toutefois que le début du projet. Cette livraison constitue la première étape d’un programme beaucoup plus vaste. Selon Ici Isère, la Région Auvergne-Rhône-Alpes prévoit désormais d’acheter 1 500 climatiseurs mobiles — contre 1 000 annoncés initialement par la région. Une première série de 150 appareils doit être distribuée dans les hôpitaux de proximité, rapportent nos confrères du Dauphiné libéré.
« Notre idée, c’est vraiment d’avoir 1 500 climatiseurs mobiles qui nous donneront une souplesse pour répondre à des appels de détresse », a expliqué Laurent Wauquiez, désormais conseiller spécial de la Région. Le projet représente une enveloppe annoncée de 1,5 million d’euros.
Dans l’immédiat, difficile de reprocher à la collectivité de vouloir faire baisser la température dans des services d’urgence surchauffés. Les vagues de chaleur représentent un danger particulièrement important pour les personnes âgées, les malades et certains patients dont l’organisme ne parvient plus correctement à réguler sa température. C’est notamment un point que nous soulevions dans notre récente vidéo consacrée aux idées reçues sur les climatiseurs : difficile de critiquer une réponse rapide à une situation urgente.
Mais si quelques appareils peuvent rapidement créer des zones rafraîchies et soulager patients comme soignants, généraliser cette solution de dépannage est bien plus discutable — surtout à ce prix.
1 500 climatiseurs monoblocs achetés au prix fort ?
Les appareils visibles sur les photographies sont des Nurfelt 12QA, des climatiseurs monoblocs de 12 000 BTU distribués en Bulgarie pour un peu plus de 300 € mais fabriqués en Chine (pas très étonnant).
Leur fiche technique annonce une puissance frigorifique de 3,5 kW, pour une pièce fermée d’environ 25 m² ou 65 m³. Chaque machine pèse 28 kg, consomme entre 970 et 1 120 W et produit jusqu’à 53 dB de bruit. Sa plage de fonctionnement s’arrête par ailleurs à 35 °C, alors que certains établissements de la région rapportent des températures intérieures supérieures à 37 °C.



Le premier gros point d’interrogation : comment arrive-t-on à une facture de 1,5 million d’euros si les 1 500 climatiseurs prévus étaient tous des Nurfelt 12QA identiques à ceux livrés à Vienne (ce qui n’est pas encore établi) ?
Leur achat au tarif public de 399 €, sans même appliquer de remise de volume, représenterait 598 500 € pour 1 500 clims.
Il reste donc plus de 900 000 € à expliquer. Cette différence peut intégrer le transport, le stockage, les accessoires de calfeutrage, le déploiement dans les établissements ou encore la maintenance. L’UGAP, la centrale d’achat public, a par ailleurs précisé que ces climatiseurs n’avaient pas été commandés par son intermédiaire. Faute de facture détaillée, impossible de connaître le fournisseur, le prix réellement négocié ou la part consacrée aux prestations annexes. Avec une enveloppe moyenne d’environ 1 000 € par appareil d’appoint, la comparaison avec des solutions fixes et plus durables mériterait malgré tout d’être posée — c’est même le prix exact d’un Porta Split, bien plus efficace qu’un monobloc.
Le problème des climatiseurs mobiles dans les hôpitaux
Le problème ne vient pas de la climatisation elle-même. Dans un hôpital accueillant des personnes âgées, déshydratées ou fragilisées, maintenir une température supportable relève de la sécurité sanitaire. En ce sens, la mesure d’urgence tient : un climatiseur monobloc s’installe rapidement et permet de rendre l’atmosphère bien plus vivable sans aucuns travaux.
Le problème, c’est plutôt le choix de potentiellement généraliser cette solution d’appoint et de la faire durer dans les années à venir, alors que les vagues de chaleur sont appelées à devenir plus fréquentes et plus intenses.
La mention « dès l’été prochain » dans la communication officielle interroge : si ce stock n’est destiné à être déployé qu’en 2027, la Région dispose justement de plusieurs mois pour engager des travaux plus pérennes, plutôt que de préparer dans l’urgence de demain les mêmes solutions d’appoint qu’aujourd’hui.
L’Ademe est particulièrement sévère sur ce point. L’agence estime que les climatiseurs mobiles sont « peu efficaces », précisément parce qu’ils imposent souvent de laisser une ouverture vers l’extérieur. Ils consomment alors beaucoup d’électricité pour un confort limité. Les modèles monoblocs sont également décrits comme « peu puissants et bruyants », ce qui peut convenir à refroidir un salon, mais moins une chambre.
L’Ademe recommande plutôt une climatisation fixe ou centralisée lorsque le besoin est durable. Dans un hôpital, les problèmes de ce type d’appareil peuvent être encore plus visibles. Les portes s’ouvrent continuellement, tandis que certaines fenêtres ne s’ouvrent pas ou ne permettent tout simplement pas d’installer proprement une gaine d’évacuation puis de la calfeutrer correctement. Il sera aussi beaucoup moins efficace dans un hall d’accueil, un couloir ou un service d’urgences où les surfaces dépassent généralement les 25 m².
Une réponse d’urgence qui ne peut pas devenir une stratégie
Laurent Wauquiez le reconnaît lui-même auprès du média économique régional Bref Eco : « C’est du bricolage, mais nous apportons une réponse. »
Le ministère de la Santé reconnaît également l’intérêt de ces équipements pour des personnes fragiles qui ne peuvent pas se déplacer. Ses recommandations consacrées aux canicules précisent toutefois que les équipements mobiles, qu’il s’agisse de climatiseurs monoblocs ou de splits mobiles, ne sont généralement pas recommandés pour aménager une pièce rafraîchie collective.
Un modèle split fixe sépare au contraire l’unité intérieure du compresseur extérieur : il refroidit de plus grands espaces à puissance équivalente, consomme généralement moins et fait moins de bruit.

Il faut prendre en compte qu’une installation fixe coûte plus cher au départ et ne peut pas être déployée en quelques jours. Elle nécessite une étude du bâtiment, le percement d’un mur, la pose d’une unité extérieure et l’intervention d’un professionnel. Dans certains établissements, les contraintes architecturales ou sanitaires peuvent aussi imposer une installation centralisée plus complexe et plus longue (relogement des patients, etc.). Voire, une impossibilité d’installation quand percer les murs est interdit.
Mais une fois installé, un climatiseur split présente presque tous les avantages qui manquent à un monobloc. La pièce reste fermée et l’appareil n’expulse pas l’air déjà refroidi. Le compresseur est placé dehors, ce qui réduit fortement le bruit intérieur. Les modèles Inverter peuvent également moduler leur puissance au lieu d’alterner sans cesse entre fonctionnement maximal et arrêt complet. Une installation fixe peut être trois à quatre fois plus efficace énergétiquement qu’un climatiseur mobile.
Cette opération rappelle donc surtout une évidence, à savoir la climatisation, pour les particuliers comme pour les institutions, doit être anticipée plusieurs mois — ou années — à l’avance. Attendre l’arrivée des fortes chaleurs, c’est s’exposer aux ruptures de stock, aux délais d’installation et à des achats précipités au prix fort qui ne règleront probablement le problème à long terme.
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