La Chine vient de lancer un vaisseau spatial pour le placer pendant un moment en orbite autour de la Terre. Cette navette, dont on sait peu de choses aujourd’hui, est partie alors que les États-Unis vont déployer aussi leur propre navette spatiale en décembre.

C’est un communiqué laconique, envoyé le 15 décembre par l’agence spatiale chinoise, qui a annoncé la nouvelle. Une fusée Longue Marche 2F a décollé la veille depuis la base de Jiuquan, dans le nord-est du pays. À son bord, un « engin spatial d’essai réutilisable » qui restera en orbite autour de la Terre « un certain temps », avant de rentrer en Chine.

Selon la présentation faite par la Société de sciences et technologies aérospatiales de Chine, ce véhicule « effectuera des vérifications pour des technologies réutilisables et des expériences de sciences spatiales ». Le temps qu’il passera dans l’espace n’est pas précisé. En revanche, l’accent est mis sur des travaux en lien avec une « utilisation pacifique de l’espace. »

Hasard du calendrier, le départ de ce vaisseau inhabité survient alors que les États-Unis s’apprêtent aussi à déployer le leur dans les parages immédiats de la planète bleue. Depuis le 10 décembre, l’armée américaine attend en effet le décollage d’une fusée Falcon Heavy, avec à son bord la très intrigante navette X-37B. Pour l’heure, le départ est contrarié par des soucis au sol et la météo.

Il doit s’agir du septième vol dans le cadre du programme X-37B (et le quatrième pour cet exemplaire précis de navette). Particularité de ces missions : elles sont de plus en plus longues dans l’espace. Le premier vol avait durée plus de 224 jours. Le sixième 908. Le suivant pourrait dépasser cette marque, mais la Space Force reste discrète sur ses objectifs.

X-37B
Le X-37B, en 2010. // Source : Michael Stonecypher

Dans le cas du véhicule chinois, baptisé Shenlong (dragon divin, en mandarin), il s’agit du troisième tir. Un premier essai a été évoqué début septembre 2020, puis un deuxième début août 2022. Il y a trois ans, on pouvait déjà voir les mêmes éléments de langage sur l’utilisation pacifique de l’espace dans le communiqué chinois, sans beaucoup plus de précisions.

Si Pékin met en avant le caractère inoffensif de ce programme, il n’en demeure pas moins que les facultés du Shenlong pourraient être militarisées, par exemple pour en faire une plateforme antisatellite. Une hypothèse analogue existe pour le X-37B au regard du grand intérêt de l’armée américaine pour ce véhicule construit par le géant de l’aéronautique Boeing.

Observation mutuelle

Washington n’ignore pas les projets chinois avec le Shenlong, tout comme Pékin suit vraisemblablement de près le développement du X-37B. Interrogé d’ailleurs à ce sujet, le général américain à la tête de la Space Force, Chance Saltzman, a jugé que « ce n’est probablement pas une coïncidence » si Shenlong est lancé plus ou moins au même moment que le X-37B.

Ces propos ont été rapportés le 13 décembre par le magazine Air and Space Forces. Et le général n’a pas caché l’intention de l’armée américaine de s’intéresser de près au Shenlong, avant d’ajouter que l’armée populaire de libération fera sans doute la même chose dès que le X-37B sera opérationnel. Et ce ne sera pas la première fois que les deux puissances s’observent sur ce terrain.

« Il n’est pas surprenant que les Chinois soient extrêmement intéressés par notre avion spatial. Nous sommes extrêmement intrigués par le leur. Mettre quelque chose en orbite, de faire certaines choses, de le ramener à la maison et d’examiner les résultats est [une capacité] puissante. Il s’agit donc de deux des objets les plus surveillés pendant qu’ils sont en orbite », a-t-il ajouté

On peut également s’attendre à ce que d’autres puissances dans le monde suivent de près la trajectoire de l’un et l’autre. La Russie, le Royaume-Uni ou encore la France. L’Hexagone dispose en effet d’une large palette lui permettant de suivre ce qui se passe en altitude, et parfois très loin dans l’espace. À commencer par son radar GRAVES, justement dédié à la veille spatiale.


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