Si vous voulez détecter un mensonge chez quelqu’un, laissez tomber l’idée de repérer tous les indices possibles. Concentrez-vous sur le niveau de détail dans ce qu’il ou elle dit. C’est ce qui ressort d’une étude en psychologie nouvellement publiée.

Comment distinguer un mensonge ? Cette question est d’autant plus obsédante pour les humains qu’il ne semble pas y avoir de recette magique pour les détecter. Cela n’empêche pas les scientifiques de se pencher dessus. Dans la revue Nature Human Behavior, une équipe a publié, le 30 mars 2023, leurs résultats de recherche visant à déterminer la meilleure stratégie en la matière.

Ils montrent qu’il vaut mieux se concentrer sur un seul indice : le niveau de détail dans l’histoire. Et il faut oublier tout le reste, ce qui est contre-intuitif tant l’on a tendance à vouloir observer tout un ensemble de faisceaux, à savoir le niveau d’anxiété, le langage corporel, le regard, etc., en plus du contenu verbal.

Or, comme l’expliquent les auteurs, il existe un grand nombre de stéréotypes sur ce qu’est un menteur, ce qui peut venir fausser l’observation. Et cela constitue par ailleurs bien trop de signaux à prendre en compte, faisant de la détection du mensonge une tâche impossible : « Les gens ne peuvent pas évaluer tous ces signaux en peu de temps, et encore moins intégrer des signaux multiples dans un jugement précis et véridique. »

Le meilleur indice : le niveau de détails

Durant ces travaux, les 1 500 participants devaient étudier des déclarations écrites ou visuelles — parfois pré-enregistrées parfois via des entretiens en direct — et évaluer si, selon eux, les personnes en face étaient en train de mentir ou non. Le mensonge était le suivant : un groupe d’étudiants devait voler un examen dans un casier, quand un autre groupe d’étudiants devait juste passer du bon temps sur le campus (aller à la bibliothèque, boire un café, appeler un ami). Mais in fine, les deux groupes coupables comme innocents devaient raconter la même histoire, à savoir qu’ils passaient juste du temps sur le campus.

Vous vous souvenez de la série Lie to Me ? // Source : Fox
Vous vous souvenez de la série Lie to Me ? // Source : Fox

Parmi les participants censés détecter le mensonge, deux stratégies ont été testées avec, à nouveau, deux groupes :

  • Un premier groupe n’avait aucune consigne particulière et pouvait donc se fier à l’ensemble de son intuition et des indices disponibles : les yeux, les mains, les émotions, la nervosité, le contenu de l’histoire, etc. ;
  • Un second groupe avait pour consigner de se concentrer exclusivement sur le niveau de détail dans l’histoire : lieux, personnes impliquées, heure, etc.

Les résultats étaient totalement aléatoires chez les participants du premier groupe, libres d’utiliser intuitivement tous les indices. Ceux du second groupe, à l’inverse, étaient presque systématiquement — jusqu’à 80 % — capables de discerner le vrai du faux, en se concentrant exclusivement sur ce que disaient les personnes et les détails dans leurs affirmations. De fait, les auteurs considèrent cela comme le « meilleur indice disponible ».

Extrait de la BD réalisée pour accompagner cette étude. // Source : Jan Cleijne
Extrait de la BD réalisée pour accompagner cette étude. // Source : Jan Cleijne

« Il semble tout à fait contre-intuitif de se contenter d’écouter ce que les gens disent et de ne pas prêter attention à toutes sortes d’autres signaux, tels que le degré de conviction ou d’émotion avec lequel une personne raconte son histoire », concède Bruno Verschuere, auteur principal du papier de recherche. « Mais les personnes qui disent la vérité peuvent donner une description riche parce qu’elles ont réellement vécu l’événement, alors que les menteurs peuvent inventer des détails, mais cela augmente leur risque d’être pris en flagrant délit. »


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