Le nouveau film Mortal Kombat est l'un des événements de 2021. Mais à trop vouloir rendre sérieux un univers qui n'est pas pensé pour l'être, le blockbuster passe à côté du sujet.

Le nouveau film Mortal Kombat démarre plutôt bien. L’introduction, officiellement disponible sur YouTube, nous propose un affrontement sanglant entre Bi-Han et Hanzo Hasashi, qui deviendront plus tard Sub-Zero et Scorpion — les deux visages de la saga de jeux vidéo née en 1992. Le charisme d’Hiroyuki Sanada contraste avec la prestation presque flippante de Joe Taslim, impressionnant en ninja capable de littéralement glacer ses ennemis. La chorégraphie de la confrontation, bien mise en scène par Simon McQuoid, achève de nous convaincre. Enfin une bonne adaptation d’un jeu vidéo ? Hélas, non.

C’est ensuite que les choses se gâtent pour le blockbuster disponible depuis le 12 mai sur les plateformes de SVOD. Tout d’abord, l’intrigue est risible. Jugez plutôt : parce qu’il ne leur manque plus qu’un tournoi ancestral à gagner pour s’accaparer la Terre, les méchants décident de tricher en tuant les héros avant le début de la compétition. S’en suit une poursuite qui consiste à retrouver celles et ceux qui portent la marque du dragon, à l’image de Cole Young — minable combattant MMA qui cherche sa voie. De ce scénario prétexte à des combats ultra violents ne ressortent que des rebondissements qui tombent comme un cheveu sur la soupe, mâtinés de quelques références pour les aficionados.

Mortal Kombat ne doit pas rimer avec premier degré

Au fond, le véritable problème de ce Mortal Kombat se situe dans le ton choisi par Simon McQuoid et ses scénaristes. Ils tentent de rendre sérieux un univers qui n’est vraiment pas pensé pour l’être. Où des ninjas côtoient des sorciers, des dieux, des monstres à quatre bras, des copies de Bruce Lee, des cyborgs et des reptiles humanoïdes invisibles dans la normalité la plus totale. L’univers imaginé par Midway puis repris par NetherRealm Studios a un potentiel kitsch assumé. En le reniant par son approche ultra premier degré, ce deuxième long métrage se retrouve à côté de la plaque.

Mortal Kombat n’existe finalement que grâce à ses scènes d’action

S’il n’avait pas tout réussi avec la première adaptation, Paul W.S. Anderson avait au moins saisi l’argument résolument nanar de Mortal Kombat — des tenues dont on a envie de se moquer à la musique techno bas de gamme qui reste dans la tête. Tout était exagéré dans son film, au point de devenir un véritable plaisir coupable (pas uniquement pour la performance de Christophe Lambert, mémorable dans son costume de Lord Raiden). Pas assez foutraque, le nouveau Mortal Kombat se contente de faire écho aux jeux vidéo avec des punchlines qui nous décrochent de temps en temps un sourire un peu forcé.

La révélation Sub-Zero // Source : Warner Bros.

Mortal Kombat n’existe finalement que grâce à ses scènes d’action. Sur ce point, il y a matière à être satisfait. D’autant que la violence extrême a été — fort heureusement — préservée. Sang qui se déverse par hectolitres, membres arrachés, os qui craquent, viscères apparentes, tête sciée… Les amateurs de gore en auront pour leur argent, et les fans apprécieront de retrouver certains mouvements de combat emblématiques ainsi que ce rythme un peu saccadé des face-à-face. Cette technique astucieuse permet de mieux découper les coups échangés par les personnages, et rend ces chorégraphies, où tout est permis, plus lisibles.

C’est heureux car Mortal Kombat ne vaut que pour ces quelques rixes, clips déconnectés d’un récit qui bouche les trous en multipliant les introductions. C’est maigre et on préfère finalement relancer une partie du jeu vidéo ou (re)voir l’adaptation de Paul W.S. Anderson. Non, Mortal Kombat et serious business ne forment pas un mariage rêvé, malgré les bonnes intentions de Simon McQuoid en matière de réalisation.

Mortal Kombat // Source : Warner Bros.

Pire, Warner Bros. semble vouloir transformer Mortal Kombat en une super franchise cinématographique — à la manière du Marvel Cinematic Universe de Disney et Marvel. C’est en tout cas l’objectif, révélé par l’acteur Joe Taslim dans les colonnes de Variety le 22 avril. Il aurait signé pour quatre autres films, qui dépendront bien évidemment du succès du premier opus. Malgré un contexte sanitaire encore compliqué, Mortal Kombat a remporté près de 73 millions de dollars au box office mondial selon les chiffres de Box Office Mojo, avec un budget de 55 millions de dollars. Pour ses débuts aux États-Unis, il a même réalisé un départ canon (plus de 23 millions de dollars) — au-delà des espérances de Warner Bros., rapporte Deadline dans un article publié le 26 avril. Bref, il y a peut-être un avenir pour ce Mortal Kombat premier degré.

En bref

Mortal Kombat

Note indicative : 2/5

Gore comme il faut, Mortal Kombat n’existe que par ses quelques combats, il est vrai, bien réalisés. Mais ils ne suffisent pas à sauver une intrigue risible, qui essaie de rendre sérieux un univers qui ne l’est pas. Le côté kitsch était une de ses grandes forces. Simon McQuoid a eu tort de vouloir le masquer.

On attend maintenant de voir ce que Warner Bros. compte faire de ce premier opus, qui pourrait donner naissance à une franchise plus complète. Spin-off, suites, prologues… Le studio a l’embarras du choix pour itérer la marque à l’envi. Qu’importe la trahison au matériau d’origine, seul l’argent comptera à l’arrivée.

Top

  • La violence graphique conservée
  • Sub-Zero
  • Joe Taslim (l'acteur derrière le masque de Sub-Zero)

Bof

  • Trop sérieux
  • Intrigue risible
  • Trop vite expédié

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