Des joueurs PC de Death Stranding se sont rendu compte que le héros n'avait pas de pénis. Une absence qui rappelle que la nudité est un sujet complexe dans le jeu vidéo.

Death Stranding, qui a marqué bien des esprits lors de sa sortie sur PS4 en fin d’année dernière, est depuis peu disponible sur PC. L’occasion pour le jeu vidéo atypique développé par Hideo Kojima de refaire parler de lui, et pas forcément pour une raison évidente. Ainsi, plusieurs joueurs ont constaté un élément étonnant : le héros, incarné par l’acteur Norman Reedus (The Walking Dead), n’a pas de pénis.

Dans Death Stranding, le personnage principal est capable d’uriner. Il s’agit même d’une mécanique importante dans le jeu. Le studio protège sa nudité avec des angles de caméra qui ne permettent pas de voir ses parties génitales. Sur PC, des individus peuvent faire appel à un hack permettant de promener davantage la caméra. Comme le montre le moddeur Lance McDonald dans un tweet publié le 15 juillet, le personnage incarné par Norman Reedus ne possède pas de sexe.

Pas de pénis pour Norman Reedus dans Death Stranding // Source : Twitter Lance McDonald

Dans les jeux vidéo, la nudité frontale reste taboue

Cette petite découverte rappelle combien la nudité frontale est loin d’être un sujet simple au sein de l’industrie vidéoludique. Certains, comme CD Projekt Red, assument pleinement de montrer des corps dans leur plus simple appareil. C’est le cas pour la saga The Witcher, dans laquelle la sexualité du héros Geralt est mise en avant. Ce le sera aussi dans Cyberpunk 2077. « C’est juste… normal ! La nudité rend l’univers plus crédible ; voilà pourquoi nous l’intégrons. Il n’y a rien de spécial », expliquait Adam Badowski, à la tête du studio, en 2018. À l’inverse, Sony n’a pas hésité à censurer des fesses dans la version de Devil May Cry 5 aux États-Unis, rappelle un article de Jeuxvideo.com daté du 11 mars 2019. L’éditeur nippon a pourtant autorisé des scènes explicites dans les jeux de Quantic Dream ou suggérées au sein de la saga God of War.

Dans le cas de Death Stranding, Kojima Productions n’avait aucun intérêt à modéliser le pénis du héros puisqu’il n’était pas prévu que les joueurs le voient. Pour la blague, éventuellement, un petit troll aurait pu être prévu pour les plus curieux (en mettant un emoji, par exemple). D’une manière générale, les éditeurs sont frileux à l’idée d’intégrer de la nudité frontale dans les jeux, car ils redoutent une censure, plus ou moins forte selon les pays. Conan Exiles, où l’on peut choisir la taille de son pénis, en a fait les frais. De son côté, Ubisoft a hésité à édulcorer le jeu de tir Rainbow Six Siege pour percer en Asie. Il y a aussi la question du public visé : les plus jeunes, y compris les enfants, ont facilement accès aux jeux vidéo, comparativement à des films pornographiques. Accorder une grande part à la sexualité dans le jeu vidéo peut alors paraitre inopportun.

«  Beaucoup de gens me parlent des pénis. Je pensais qu’ils allaient juste en rire cinq minutes », révélait Joe Bylos, directeur créatif de Conan Exiles dans une interview publiée le 6 mars 2017 sur PC Gamer. Dans ce cas, la nudité frontale assumée a surtout permis au jeu de faire parler de lui, sans véritablement servir à autre chose. 

Faut-il vraiment condamner la nudité dans les jeux vidéo ? Tout dépend si elle est gratuite ou non, au même titre que la violence. Elle peut être parfaitement justifiée dans l’intrigue, par exemple pour matérialiser une histoire d’amour importante ou illustrer une séquence clé, sans forcément tomber dans l’exagération. Autrement dit, la nudité suggérée, en jouant sur des angles de caméra, peut être bienvenue. Et si elle vient à être développée, la question de son accessibilité à des publics jugés plus sensibles que d’autres est à considérer.

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