Cette semaine, le Copyright Madness revient sur Baby Yoda, les éditeurs américains qui imposent un embargo aux bibliothèques ou encore de la censure sur YouTube. Bonne lecture et à la semaine prochaine !

Copyright Madness

Le copyright tu respecteras. Disney fait couler beaucoup d’encre en ce moment. Entre sa plateforme de SVOD, ses sorties au cinéma qui caracolent en haut du box office et surtout sa récente série consacrée à l’univers de Star Wars, l’entreprise est sous le feu des projecteurs. Mais ce qui a retenu notre attention est l’épiphénomène qui s’est produit autour du personnage Baby Yoda, issu de la série The Mandolorian. Prise entre les contradictions d’une communication bien ficelée et une stratégie marketing offensive autour de produits dérivés prévus pour Noël, la compagnie a rappelé que sa défense acharnée du copyright peut provoquer des cas d’autocensure. En effet, après le teasing autour de Baby Yoda, les internautes déjà gagas de la mignonne petite bête se sont empressés de créer et partager des gifs. Seulement, l’euphorie du like, du retweet et du partage a rapidement coupé court suite à une décision de la plateforme Giphy, acteur majeur de la création et diffusion de gif, de suspendre toutes les vidéos mettant en scène la petite bête verte. Par peur d’une plainte pour violation de copyright de la part de Disney, Giphy a préféré prendre les devant en supprimant tous les gifs créés par les internautes. Avant toutefois de revenir sur sa décision. L’autocensure par peur est la forme suprême de la lutte contre la contrefaçon…

À lire sur Numerama : Disney peut-il faire disparaître les gifs de «  Baby Yoda  » du web  ?

Censuré. C’est un grand classique du Copyright Madness : utiliser des accusations de violation de droit d’auteur pour faire taire des critiques qui déplaisent. C’est ce qui est arrivé à plusieurs vidéastes sur YouTube qui avaient consacré des vidéos pour dire tout le mal qu’ils pensaient d’une nouvelle série Batwoman, diffusée aux États-Unis depuis le mois d’octobre. Ils ont eu le déplaisir de recevoir des avertissements de la part de Warner Bros, qui la produit. Leur faute consistait à avoir repris des extraits de bandes annonces. Certains ont réussi à faire remettre en ligne ces vidéos après avoir contesté ces plaintes, mais d’autres ont bien été réduits au silence. Le droit d’auteur et la censure, une histoire d’amour qui dure…

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La nouvelle Batwoman, façon CW. // Source : CW

À pleines dents. Les juges qui se prononcent sur des affaires de copyright ont parfois des questions très bizarres à trancher… Un dentiste américain a en effet décidé de se faire de la publicité en prenant en photo en gros plan les dents de ses patients pour réaliser des montages avant / après, afin de démontrer l’excellence de ses services. Il a posté ces photos sur son site web, mais s’est ensuite aperçu que plusieurs collègues ont repris ces clichés pour vanter leurs propres services dentaires. Il est donc allé en justice pour les accuser de violation de droit d’auteur. Le premier juge saisi de l’affaire a estimé que ces images n’avaient absolument rien d’original ou de créatif et qu’elles ne méritaient pas une protection par le droit d’auteur. Mais en appel, un second juge a trouvé au contraire que ces photos avaient quelque chose d’original et a reconnu la violation. Parfois, on se demande si ce genre de procès ne devrait pas se jouer aux dés. Ça irait plus vite..

Le genre d’illustration qui doit rappeler quelques bons souvenirs, non ? // Source : Pxhere

Embargo. Emprunter un livre à la bibliothèque est une chose complètement naturelle, mais y emprunter un ouvrage sous forme électronique est toujours une chose compliquée, alors que nous sommes en 2019. Aux États-Unis, la question est même en train de devenir un vrai pugilat. L’éditeur MacMillan a fait parler de lui, car il veut imposer une politique drastique aux bibliothèques. Il applique un embargo de huit semaines après parution des livres afin que les bibliothèques ne puissent pas fournir de nouveautés à ses usagers. Et plus encore, il leur vend des copies numériques à 30 dollars l’unité, qu’elles n’ont le droit de prêter ensuite qu’à un seul usager, exactement comme si c’était des livres en papier. Les bibliothèques ripostent par un boycott de cet éditeur, en expliquant qu’aucune étude n’a jamais montré que les prêts en bibliothèque de livres numériques n’avaient nuit aux ventes des éditeurs.

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Aux USA, un éditeur essaie de provoquer une rareté artificielle sur ses ressources numériques. // Source : Sebastien Wiertz

Trademark Madness

Overdose. Il est en train de se produire un phénomène inquiétant pour l’industrie de la bière en Angleterre. Depuis plusieurs années, la production de bière dans ce pays connaît un renouveau, avec une explosion de micro-brasseries qui fabriquent des bières originales et de qualité. Mais cela a aussi conduit à une explosion du dépôt de marques, à la fois sur des bières et sur des brasseries. L’an dernier, un record a été battu avec plus de 2 500 marques déposées dans le secteur de la bière. Cette multiplication des dépôts provoque une sorte de saturation, car avec tant de marques, il devient difficile tout simplement de créer de nouveaux noms de bière et le nombre de procès augmente en flèche. Et comme par hasard, ce sont en général les gros industriels du secteur qui inquiètent les petites brasseries, alors qu’elles sont moins créatives dans leurs produits. Encore un peu et c’est tout le secteur brassicole qui se réveillera avec une sacrée gueule de bois…

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L’Angleterre s’est prise de passion pour la bière, mais avec des excès en termes de marques. // Source : Little Visuals

Copyright Wisdom

R.I.P. Une fois n’est pas coutume, les ayants droit peuvent faire preuve d’une relative sagesse et avoir des positions en phase avec nos usages numériques. Une bataille était engagée entre le fabricant Archos et Copie France, l’organisme chargé de percevoir les sommes perçues dans le cadre d’une vente de périphériques permettant l’enregistrement de données (tablettes, ordinateurs, clés USB, disques durs…), au titre de la copie privée. Mais les temps changent et les pratiques évoluent. Les individus achètent moins de clés USB pour effectuer des copies et privilégient plutôt le streaming pour copier leur musique préférée à partir des plateformes comme YouTube. Afin de continuer à percevoir une rentre au titre de la copie privée, les ayants droit ont changé leur fusil d’épaule et considère le « stream ripping » (c’est-à-dire le fait de télécharger une vidéo ou une musique depuis un flux en streaming) comme étant tout à fait légal, à condition de percevoir une rémunération en contre-partie. Le Conseil d’État vient de rendre une décision en ce sens expliquant qu’un contenu faisant l’objet d’une diffusion licite en flux ne constituait pas, en soi, une contrefaçon. Si vous souhaitez exercer votre droit à la copie privée c’est possible. Ce serait dommage de… s’en priver !

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De plus en plus d’internautes cherchent à conserver sur leur PC des musiques ou des vidéos hébergées ailleurs. // Source : AcousticTrench

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à celles et ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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