Le collectif de youtubeurs Trash a volé en éclats. En l'espace de quelques jours, la quasi-totalité de ses membres a annoncé son départ.

Vous n’avez pas compris pourquoi des dizaines de personnes publiaient sur Twitter «  je quitte Trash », au point d’en faire une tendance top tweet ? Cette formule devenue mème renvoie à l’éclatement, en ce début du mois de novembre, d’un collectif de vidéastes qui compte plus d’1,7 million d’abonnés.

Un collectif créé en 2015

Le collectif Trash existe depuis février 2015. Il a été fondé par trois vidéastes francophones, Neoxys, Ico et Bronol. L’objectif était de parler, sur une chaîne commune, de pop-culture, jeux vidéo et sciences. Sa composition a beaucoup évolué : elle a compté plus d’une quinzaine de créateurs et créatrices de contenus.

Extrait de la chaîne Trash. // Source : Trash / Capture d’écran YouTube

Le succès était au rendez-vous, jusqu’à ce que tout vole en éclats le 8 novembre. Ce jour-là, une première vidéo a été publiée sur la chaîne d’Iconoclaste, alias Ico. Elle s’intitule : «  Je quitte Trash ».

« Vous l’avez peut-être vu, ces derniers mois je n’étais pas extrêmement présent sur la chaîne. J’officialise aujourd’hui mon départ du collectif  », annonce le vidéaste. Il précise qu’il souhaite se consacrer à d’autres projets. Il veut notamment réaliser des vidéos au Japon, monter un studio dédié aux vidéastes comme la Red Box et travailler avec une nouvelle équipe… composée d’autres membres de Trash — Maj et Elena. Il ajoute qu’il a pour objectif à terme d’employer aussi Silver et Étagère, et que son départ est définitif et irréversible.

De premières révélations sur la chaîne

Le lendemain, une autre vidéo titrée de la même manière est ajoutée sur la chaîne du collectif. Cette fois, c’est Bronol qui prend la parole. « Chez Trash, on a appris la nouvelle en même temps que vous, on était tous sur le cul », assure-t-il. Il admet toutefois qu’il pouvait s’attendre à une telle décision. Ces dernières semaines, les vidéos étaient publiées à un rythme aléatoire sur la chaîne du collectif. Ceci découlait d’une décision commune, de ne plus avoir d’agenda strict de publication.

« Ça devait redevenir une chaîne où on poste des vidéos quand on veut, sans stress », précise le vidéaste. Il raconte que ce changement avait été effectué après des révélations sur un autre collectif, Vox Makers. L’éclatement de ce groupe s’était particulièrement mal passé. Des accusations de pression au travail, de mauvaises conduites ou encore de harcèlement avaient été rendues publiques. Trash souhaitait que cela ne lui arrive jamais.

« On ne va pas se mentir, certains points soulevés par les Vox se retrouvaient chez Trash », admet Bronol, sans préciser à quoi il faisait précisément référence. Il ajoute qu’Ico aurait pu, selon lui, poursuivre ses projets personnels sans quitter Trash. Il sous-entend ainsi que d’autres raisons auraient pu précipiter son départ.

Bronol finit par admettre « qu’un Trash sans Ico n’est plus un Trash qui [l’]intéresse ». Il annonce alors son départ du collectif, à son tour.

À la fin de sa vidéo, le Youtubeur en profite pour faire quelques révélations. Il raconte avoir découvert que plusieurs mots-clés avaient été interdits dans les commentaires par l’un de ses confrères. Les commentaires des abonnés contenant les termes « putaclic », « désabonné », « tout seul » ou encore « yo les trasheurs » étaient d’office masqués. Ainsi, on ne voyait pas que beaucoup se plaignaient du fait que la totalité du collectif ne fasse plus de vidéos. Les captures d’écran inclues par Bronol laissent suggérer que Neoxys était à l’origine de ceci.

Les réponses des concernés

Neoxys a réagi de son côté dans la vidéo « je quitte l’hypocrisie ». Il évoque une situation intenable et « toxique » et reconnaît avoir eu des différents avec Bronol. Il dit n’avoir masqué certains mots-clés dans les commentaires que pour éviter des spams et ajoute que son ancien collègue aurait eu des propos dénigrants envers d’autres membres du collectif. Selon lui, les torts seraient partagés, notamment parce que certains auraient abandonné la chaîne au profit de leur chaîne personnelle.

Ce n’est pas la première fois que Trash se retrouve au cœur d’une polémique. En 2017 déjà, le départ d’un membre, Clidéon, avait fait grand bruit.

Les départs de Trash se sont accumulés au fil des heures : Ascuns et Léo Techmaker ont fait des vidéos, suivis peu de temps après par Quantum et Arthur DB. Clidéon, Laupok et Alkor sont aussi revenus sur leurs expériences passées au sein du collectif. Laupok évoque dans un thread «  une pression de taré » et des demandes de modification « le dimanche matin à 7h après plusieurs nuits blanches ».

Trash s’est dit désolé mais nie avoir exercé une quelconque forme de pression.

Une séparation devenue mème

Cette vague de départs a été si soudaine et d’envergure qu’elle s’est vite transformée en mème sur les réseaux sociaux. Des vidéastes qui n’avaient rien à voir avec Trash se sont amusés à publier des «  Je quitte Trash ». Le mot-clé Trash s’est même retrouvé plusieurs heures en top tweet.

L’histoire révèle la fragilité de certains collectifs, qui volent en éclats malgré leur succès. Sur YouTube, une séparation n’est jamais simple à traiter.

Thomas Cyrix, qui avait fondé Vox Makers et a été accusé par d’anciens confrères et consœurs de harcèlement, détournement d’argent, sexisme ou racisme, a ainsi expliqué qu’il avait subi un «  assassinat médiatique ». Il a tenu à féliciter Neoxys pour sa bonne communication, s’attirant les foudres de nombreux internautes, qui l’accusent de «  jouer la victime ». Dans cette affaire, il avait aussi reçu du soutien, notamment d’anciens collaborateurs, qui le défendaient. Il se dit aujourd’hui prêt à aller devant les tribunaux pour faire entendre sa version des faits, qu’il estime très différente de ce qui s’est raconté sur le Web. Une action en justice a d’ailleurs été entamée.

D’autres séparations entourées de flou et contradictions de toutes parts ont été extrêmement médiatisées. Aux États-Unis, les départs de la Team 10, un collectif rassemblé sous l’égide de Jake Paul, ont été largement mis en avant et commentés. Certains ont même fait l’objet de détournements en musique, sur fond de drama.

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