Avec un casting magistral et des dialogues maîtrisés, la nouvelle série « originale » de Canal+ avait tout pour elle. Mais l'effet « copier-coller » laisse un goût amer en bouche.

«  Tu n’es pas née triste », lance le père de Mouche dans le sixième épisode de la première saison de la série de Canal+. Pourtant, cette adaptation de la série britannique Fleabag est triste, bien plus triste que la version originale qui a fait le bonheur des spectateurs pendant deux saisons, avant son arrêt en 2019.

Évacuons-le tout de suite : Mouche est une adaptation de Fleabag faite pour les gens qui n’ont pas vu Fleabag. Vous voici donc avertis avant de plonger dans l’aventure proposée par Canal+, qui diffuse les premiers épisodes de la nouvelle « série originale » à partir de ce lundi 3 juin 2019.

Camille Cottin et India Hair dans « Mouche » // Source : Canal+

Originale, c’est le mot qui pique forcément les yeux au vu du nombre de scènes de Mouche qui font écho à sa grande sœur — ou plutôt sa sœur jumelle. Où l’on retrouve, parfois mot pour mot, les mêmes dialogues. Où l’on observe, médusés, les mêmes plans s’enchaîner (la scène du métro où les passagers se tordent de douleur pour matérialiser la douleur d’un premier jour de règles), les mêmes ressorts comiques se succéder (l’homme convoité a en fait une mauvaise dentition, le mari de sa sœur regarde du porno asiatique dans son bureau).

Un casting de rêve

Une fois que l’on a pris acte de ce remake assumé, il est certain que Mouche a des atouts que l’on ne connaît à aucune autre série française actuelle. D’une, elle porte un ton cynique et un rythme très marqué, tout deux rares pour une production hexagonale. Où Camille Cottin enchaîne les répliques acerbes avec froideur — au point, d’ailleurs, où la production en devient plombée par la mélancolie et tend vers le drame pur — et les acteurs et actrices qui l’entourent lui renvoient la balle adroitement.

Phoebe Waller-Bridge avait écrit dans Fleabag le meilleur personnage qu’il soit avec Claire, la sœur de la héroïne ; Suliane Brahim incarne cet être névrosé avec la fragilité qu’on espérait. La relation sororale qui se développe, tout en amour de l’autre et haine de soi, est l’une des plus belles réussites de Mouche.

Et que dire d’Anne Dorval, en belle-mère faussement bienveillante, qui marche dans les pas d’Olivia Colman et parvient à sublimer la mesquinerie dès qu’elle apparaît à l’écran ? C’est grâce à ce genre de performances que Mouche s’en sort bien, malgré un format qui nous empêchera de crier au génie, parce que l’on voudrait mieux, plus, pour la fiction française de 2019.

Camille Cottin et Anne Dorval dans « Mouche » // Source : Canal+

Un constat d’échec pour la création française

« Je me fiche de me démarquer de Fleabag  », assume Jeanne Herry, réalisatrice et scénariste en charge de Mouche, dans les colonnes de Télérama. « Ma hantise, c’était au contraire de dégrader une telle partition. » Pour les néophytes, difficile en effet de voir un inconvénient à cette imitation, très bien écrite, qui apportera un vent de fraîcheur au milieu des polars que diffusent encore en masse les chaînes françaises  — et dont Canal+ fait un effort pour se sortir depuis quelques années, après avoir porté cette vague au cours des années 2000.

Mais en terme d’écosystème, Mouche est un constat d’échec. Le phénomène ne date malheureusement pas d’hier. Lorsque l’on s’entretient avec des scénaristes français, beaucoup aiment rappeler le cas de la série Dr House, qui a été diffusée en France par TF1 dès 2007 sur un créneau de choix en primetime (20h50), alors même que la chaîne privée refusait au même moment de nombreux projets français, pourtant plus édulcorés que l’inconvenante série américaine, car jugés trop audacieux ou « clivants ».

Les femmes qui ont porté Mouche auraient eu tout le talent pour proposer une série nouvelle et originale de cette qualité, avec la même touche de provocation, la même atmosphère désillusionnée, les mêmes scènes de masturbation galvanisantes, les mêmes personnages féminins bouleversants. Mais un diffuseur français aurait-il accepté une telle série, si elle ne pouvait pas cacher ses ambitions derrière le paravent de l’adaptation ? Alors on se contentera, encore, de ce que l’on nous donne. En attendant une vraie prise de risque.

Mouche est diffusé par Canal+ à partir du 3 juin 2019 et disponible sur MyCanal.

Fleabag (les deux saisons) est disponible sur Amazon Prime Video en France.

En bref

Mouche sur Canal+

Note indicative : 3/5

Si on la jugeait comme une production vraiment originale, Mouche aurait mérité la plus haute note. Mais la série de Canal+ est une adaptation qui tient presque de la traduction, ce qu'il nous est impossible d'oublier, même en se mettant à la place de celles et ceux qui n'auraient pas vu l'originale Fleabag. Nous ne sommes probablement pas le public ciblé — mais il est regrettable d'en être exclus. 

Top

  • Un casting hors pair
  • L'adaptation au français passe très bien
  • Le duo Cottin-Brahim

Bof

  • L'imitation plan pour plan, phrase pour phrase
  • L'atmosphère parfois lourde
  • La BO un peu trop classique

Crédit photo de la une : Canal+

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