Que fallait-il faire pour faire briller à l'écran une épopée dont la ferveur s'est déjà transmise sur les réseaux sociaux ?

C’est le 17 juillet 2018 que TF1 a choisi pour diffuser son documentaire sur l’Équipe de France de football, championne du monde en Russie. La promesse du géant de la télévision française, accompagné par Amazon à la production, avait de quoi faire saliver toutes celles et ceux qui se souviennent, avec émotion, de l’incroyable Les Yeux Dans les Bleus de 1998. Sous les caméras d’Emmanuel Le Ber et Théo Schuster, l’équipe qui a fait vibrer la France pendant un long mois pouvait se livrer : coulisses, mots doux et durs du sélectionneur, moments de joie, moments de tristesse, des punchlines… c’est sûr, les caméras ont dû vivre un moment unique dans l’histoire du sport tricolore.

Un moment qu’elles n’ont pas choisi de retranscrire. Douche froide. Le montage de ces centaines (milliers ?) d’heures de rush est fade. En précipitant la sortie du documentaire (seulement 2 jours après la victoire des Bleus), TF1 a choisi la facilité dans la précipitation — tout l’inverse des enseignements du sélectionneur. Les effets de caméra et autres ralentis pour passer le temps sont nombreux et les plans d’interview, face à la caméra, très conventionnels cassent le rythme dès qu’il commence à prendre de l’allure. On se retrouve baladés de match en match, de séance d’entraînement en séance d’entraînement, avec quelques moments de grâce et une émotion parfois forte, mais qui ne tient qu’à l’équipe — les noms des joueurs par Pogba, le parfum de la victoire d’Umtiti, l’interview de M’bappé par Thauvin… La caméra n’y est pour rien.

C’est dans les stories Instagram qu’on pouvait avoir les yeux dans les Bleus

Cette réalisation ancienne, calibrée et formatée dénote avec la jeunesse, la spontanéité, l’humour et la passion des joueurs. Joueurs qui, eux, ont bien compris que le médium de la documentation n’appartenait plus qu’aux caméras : brandissant leurs smartphones, ils ont régalé la France de vidéos en coulisse, de chants de joie, de blagues déjà cultes et de célébrations vibrantes. C’est sur Instagram, dans les stories, qu’on pouvait avoir les yeux dans les Bleus, qu’on pouvait vibrer à leur rythme, même malgré l’éloignement géographique de l’équipe. Les compilations d’amateurs, passionnés, réussissent à nous donner plus d’énergie, de frissons et d’empathie pour cette équipe que la production de TF1 et Amazon.

Sans le moindre montage, les réseaux sociaux de l’image parviennent à capturer l’énergie de la victoire, dans des threads qui peuvent parfois prendre une petite heure à décortiquer, mélangeant le direct télévisuel aux réalisations personnelles des joueurs.

Alors si le vieux format documentaire s’est affaissé sous le poids de la modernité audiovisuelle, que fallait-il faire pour que le documentaire respire ? Peut-être montrer, justement, ce que les joueurs dans leur euphorie ont caché : le doute, la peur, la colère, les remontrances, les erreurs. Le débriefing du match contre le Danemark. Les poules incertaines. La bourde Lloris. Les moments de coaching. Finalement, tout ce qui fait que ces Bleus sont des humains qui n’ont pas accompli un miracle, mais qui ont travaillé et surmonté les obstacles, individuels et collectifs, les uns après les autres. Qui sont « devenus les meilleurs pour battre les meilleurs », comme dirait Paul Pogba.

Le documentaire sera diffusé en exclusivité sur Amazon Prime Video à partir de vendredi. Le service est compris dans l’abonnement Prime à 50 € l’année.

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