Ce mercredi matin, le festival des séries de Lille a finalement dévoilé ses cartes. Une programmation plus copieuse que celle de Cannes sera-t-elle suffisante pour prendre la route du Nord ?

Le 13 mars dernier, Canneséries prenait de l’avance sur l’agenda médiatique et coiffait Séries Mania en dévoilant sa programmation. Ce mercredi 28 mars, c’est finalement au tour du festival lillois de révéler le cœur de son dispositif : ses exclusivités et sa compétition.

La semaine avait mal commencé pour le festival du Nord. Dans la bisbille qui l’oppose à Canneséries, le Lillois s’était vu de nouveau attaqué par Fleur Pellerin. L’ex de la Rue de Valois a en effet gentiment oublié de mentionner que Lille avait remporté l’appel d’offres pour l’organisation du festival et a qualifié son événement cannois de « premier festival de séries  » dans le talk show On n’est pas couché. Une nouvelle fois, le Lillois subissait un coup de poignard venu du Sud sur la scène médiatique.

Du HBO à l’ouverture

L’affront ne devait durer : après quelques tweets vexés, le festival lillois a repris en main sa communication. Ce mercredi, la région et la mairie lilloise attendaient les journalistes pour leur présenter la programmation tant attendue.

L’exercice était scruté de près. En effet, ce programme doit répondre à deux défis : premièrement, Canneséries, malgré son statut de second couteau, est parvenu à obtenir l’attention de Canal+. Ensuite, la dernière édition parisienne de Séries Mania est considérée comme l’une des plus réussie. Il fallait donc donner un fatal coup aux prétendants sudistes tout en affichant une ribambelle de noms aussi prestigieux que l’an passé, année où le festival accueillait Damon Lindelof ou encore Aziz Ansari.

Succession, HBO / Photo : Brian Cox

Boosté par la participation d’OCS, et donc de HBO, le festival lillois s’offre une ouverture d’un éclat supérieur à la saison 3 de Versailles, soap en costumes de Canal qui ouvrira Canneséries.

Sans atteindre le coup de force que fut la première mondiale de la troisième saison de Leftovers en compagnie du cast et de Lindelof en 2017, Séries Mania met la main sur la première de Succession, nouvelle franchise HBO. Série de Jesse Amstrong (The Thick of It ), cocréée avec Will Ferell et Adam McKay, Succession doit s’imposer comme un nouveau drame familial audacieux et sarcastique sur la chaîne câblée. Elle sera diffusée en juin prochain.

Westworld / HBO

Toutefois, pour Westworld et The Handmaid’s Tale, deux vaisseaux amiraux, l’un de HBO, l’autre de Hulu, Séries Mania se contentera d’une diffusion loin d’être exclusive. Notons que c’est toujours davantage que Canneséries, peu riche en séries américaines.

Belle sélection européenne, peu d’exclus américaines

Cette année, Séries Mania n’obtient pas autant de faveurs de la part d’Amazon que lors de la dernière édition où le festival avait acquis une exclusivité sur I Love Dick. Lors d’un best of USA la programmation lilloise diffusera Marvelous Mrs. Maisel, sorti l’an passé. On trouve dans cette sélection américaine d’autres gros titres, mais aucune exclusivité : 9-1-1, diffusée sur la Fox, Barry, récemment lancée par HBO (OCS)Counterpart de Starz (OCS), Here And Now de HBO, The Chi de Showtime, The Good Doctor d’ABC et enfinThe Looming Tower de Hulu. Une série de jolis noms que tous les sériephiles connaissent déjà. Seule exclusivité américaine : American Woman de Paramount Network.

The Marvelous Mrs. Maisel / Amazon

Pour trouver des premières qui feront saliver le sériephile — et éventuellement lui faire prendre le train jusqu’à Lille –, il faut se pencher sur le programme européen avec notamment l’attendue Ad Vitam d’Arte, polar SF signé par le prodigieux Thomas Cailley (Les Combattants), ou Il Miracolo de la Sky italienne, ou encore The Rain, désormais célèbre drame danois de Netflix.

Côté France, on trouve également une brassée d’exclusivités qui prouvent que les chaînes ont finalement tranché pour Lille plutôt que pour Cannes, à l’exception notable de Canal.

D’abord, OCS a livré ses nouveaux projets à la programmation : son Nu d’Olivier Fox, et Vingt-Cinq de Bryan Marciano. Mais France Télé a également joué le jeu lillois : Aux Animaux la guerre (France 3), Kepler(s) et Maman a tort (France 2). Tout comme TF1 et Arte qui présentent respectivement Insoupçonnable, adaptation de The Fall, et Thanksgiving de Nicolas Saada. Notons également des séries populaires françaises inédites projetées à Roubaix : Candice RenoirCapitaine Marleau et Les Petits Meurtres d’Agatha Christie. 

Ce très riche bouquet s’organise en différentes compétitions. D’abord l’officielle, avec de très nombreux programmes européens mentionnés plus haut, ensuite une compétition française, dont le jury composé de Clovis Cornillac, Pierre Lemaître, Maria Feldman et Chris Brancato.

Ce mercredi matin, les organisateurs ont de nouveau insisté sur l’ampleur de l’événement qui, pour rappel, se déclinera également en de nombreuses activités accessibles aux publics. À ce jeu, le tapis rose de Cannes est peut-être battu par le trône de fer disposé dans un centre commercial. Mais alors que les festivals vont s’ouvrir dans les prochaines semaines, le sériephile s’interroge : la bataille politique n’a-t-elle pas produit deux petits festivals en lieu et place de la grande célébration télévisuelle attendue ?

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