Alors que la fin annoncée du contrat entre Marvel et Netflix accélère la production des franchises du géant, nous avons inéluctablement envie de voir autre chose.

Même à la trentième écoute, il y a des albums dont on ne sait s’ils nous plaisent vraiment tant chaque piste semble enveloppée de la même matière que la précédente, prolongeant la même secousse, traduisant la même intention.

Trop précautionneuse, cette attention à l’atmosphère et à la cohérence donne des vertiges d’ennui. Nous observons qu’il en va de même dans un tout autre domaine à cause de cette drôle d’idée portée par Netflix et Marvel Television : faire cinq séries d’un même bloc. Cinq propositions pas vraiment différentes, ni vraiment convaincantes, qui se succèdent et s’emmêlent sans déplaisirs particuliers sinon celui de la lassitude.

Fatigue oculaire

Il y a plusieurs années de cela, le petit écran voyait en Daredevil une promesse. Ses chorégraphies, son ton et son pari narratif, que l’on qualifiait d’un sobre « sombre », détonnaient face à l’apathie cynique des superhéros du grand écran. En 2015 sortait I’Ère d’Ultron d’un côté et Daredevil de l’autre, avec ses décors poussiéreux, sa photo ténébreuse et ses dialogues teintés de catholicisme.

Netflix, Inc. All Rights Reserved.

Trois ans plus, le téléspectateur a essuyé toutes les déclinaisons possibles de ce pari. Il a eu le droit à une seconde saison de Daredevil, dans la même gamme, mais également à Jessica Jones, même photo, même décor, même ton, Luke Cage, meilleure photo, meilleur décor, mais même ton, Iron Fist, tout pareil, et enfin Punisher, identique à quelques flash-back près. Atteint de fatigue oculaire, il ne sait plus, à l’œil, distinguer l’un de ces titres dans la masse informe dans laquelle ils se fondent.

une franchise peu populaire, lui associer une goutte de raison sociale : le calcul Marvel

Depuis 2015, il est même venu The Defenders. Une idée saugrenue qui ressemble à un cadenas créatif ayant surplombé toutes les séries Marvel : pour réunir chacun, sans casser la tirelire, il fallait faire quatre fois la même série. Or la cinquième, la réunion, est encore et toujours la même série.

Marvel’s The Defenders

Si visuellement la cohérence est intacte — bien trop –, aucun de ces superhéros n’a dévié du moule créé pour Daredevil. Il y a chez Marvel Television cette idée que prendre une franchise peu populaire, lui associer une goutte de raison sociale, fait naître une franchise qui se suffirait à elle-même. Le catalogue est ainsi fait : il y a le catholique aveugle, la femme abusée et alcoolique, l’Afro-Américain politisé, l’ancien soldat atteint de PTSD, et enfin l’héritier tourmenté.

Envie d’ailleurs

Il va sans dire que chacune de ces propositions ennuie. À quelques exceptions près, aucun épisode n’est purement mauvais, aucun personnage n’est bâclé, mais l’écrin créatif semble si verrouillé que nous avons des envies d’ailleurs.

Jessica Jones / Marvel Television

Aujourd’hui, Jessica Jones est disponible sur Netflix. Impossible de changer de discours face à cette nouvelle livraison dotée d’un scénario trop versé dans le mélodramatique pour être crédible, d’un univers inchangé et d’une écriture qui enfonce les portes ouvertes. Rien n’y est condamnable, mais comprenez seulement que notre intérêt s’est échappé il y a trois ans déjà.

En 2018, viendra également une nouvelle saison de Luke Cage, et probablement d’autres saisons des franchises Marvel puisque Netflix est soumis au chronomètre du contrat signé avec Disney. Le géant du streaming a donc l’intention de mettre les bouchés doubles pour se constituer un catalogue d’ici la fin de l’année. Et puis, ce sera fini.

Marvel’s Luke Cage

Alors, il faudra pousser le géant à regarder ce qu’il se fait de mieux ailleurs. Assez décevante, The Runaways (Marvel et Hulu) a toutefois ce mérite de ramener le superhéros au teen movie, recette exploitée avec succès par le dernier Spider-Man. Et parvient à réunir les plus jeunes et quelques adultes réchappés du troupeau. Chez la CW, malgré la très grande médiocrité des Supergirl, Arrow etc., on parvient à garder son (jeune) public alerte à coup de camp, d’humour et d’audace.

Toutefois, la vraie audace, c’est désormais Legion qui la livre. Série d’auteur signée Noah Hawley, le show de FX a radicalement bousculé l’écriture du genre. Nous regardons, à l’heure où ces lignes sont écrites, les premiers épisodes de la prochaine saison de cet OVNI. Et dès le pilote, brillant, Hawley convoque la possibilité d’une écriture singulière dans cet univers atrophié. Ce début de seconde saison, comme légitimé par la magnificence du retour de Twin Peaks, n’a peur de rien et condense Lynch et Burton. L’Art pour l’Art — même à la télé.

Legion / FX

Enfin, pour créer, Netflix pourra puiser chez Mark Millar quelques idées saugrenues, quelques univers colorés, être de ceux qui hybrident Kick-Ass et Kingsman.  Et ce n’est encore là que quelques pistes pour nous sauver de la torpeur Marvel.

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