[Chronique] Militante écologiste bien connue en France, Camille Étienne a publié son premier livre aux éditions du Seuil en 2023. Un ouvrage important, notamment pour retrouver du sens si l’on ressent de la peur face aux crises écologiques.
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Voilà un ouvrage qui a éveillé quelque chose en moi : Pour un soulèvement écologique. Il est signé de Camille Étienne. Cette militante écologiste de 25 ans mobilise ses réseaux sociaux comme outils de lutte, mais elle a aussi pris la plume en librairies. Résultat, c’est le livre à lire absolument si vous êtes en quête de sens sur la place de l’écologie dans votre vie. 

Ne vous êtes-vous jamais senti impuissant, impuissante face à l’ampleur du changement climatique, de son urgence, de l’impasse d’une inaction politique ? Si c’est le cas, peut-être ressentez-vous de la peur. C’est mon cas. Je suis journaliste scientifique, mon rôle est d’être très informé pour informer : j’ai beaucoup de raisons d’être angoissé.

Avoir peur face à la crise écologique, c’est normal

Le livre de Camille Étienne fait du bien sans nous ménager. Il m’a fait du bien sans me rassurer. Car il ne déforme pas la réalité : l’ouvrage bien documenté, il décrit des faits et des situations concrètes sur la crise écologique que nous vivons. Mais l’autrice nous prend très tôt de court en affirmant ceci : « Et si, pour sortir de l’impuissance, il fallait justement repenser la peur ? Lui laisser une place dans le débat public ? »

Source : Seuil
Source : Seuil

Comment repenser cette peur ? En l’autorisant. Camille Étienne relate une anecdote : avant de passer sur un plateau télé, le producteur lui demande de « ne pas trop faire peur ». Si vous êtes journaliste scientifique, ou médiateur-médiatrice, ou scientifique, vous connaissez bien cette phrase. Nous sommes des alarmistes, des catastrophistes. Mais cette phrase est en réalité intériorisée par tout le monde. Elle étouffe notre capacité collective à interroger, modifier notre rapport au monde.

Une partie du livre m’a marqué : celle où Camille Etienne évoque sa stupeur face à la nécessité de devoir prouver qu’un futur écologique est désirable. L’écologie serait punitive, il faudrait « donner envie » d’un futur vivable.

Elle écrit : « Dans quel récit de société sommes-nous embourbés pour que la seule issue qui permette la vie ne soit pas désirable ? C’est pourtant une terre inhabitable qui nous attend. Et il faudrait que nous rendions désirable le fait d’y échapper ? Cela témoigne de la folie dans laquelle nous sommes maintenus. »

Alors peut-être faut-il réhabiliter le pluriel : il n’y a pas qu’un seul monde possible.

On peut aussi écouter, sur ce sujet, Pablo Servigne. Il a théorisé la collapsologie, la théorie d’un effondrement de la civilisation industrielle. Sur France Culture il y a 4 ans il affirmait qu’il s’agit surtout de s’autoriser à penser autre chose — extrait à partir de 17:48 :

Pour penser un autre monde, Camille Etienne le dit : pas besoin de déclic. Cela commence par laisser un espace à nos émotions. Alors moi qui étais embourbé dans une éco-anxiété bien cachée, moi qui craignais de trop alarmer, je dis merci à Camille Étienne de m’aider à avoir peur, car je sais maintenant que si on a peur ensemble, nous avons aussi une force commune, qu’on peut transformer en entraide, et qui peut tout changer. 

Réécouter Le Meilleur des Mondes sur France Culture

Cette chronique est extraite de l’émission Le Meilleur des Mondes, sur France Culture. Dans cet épisode du 17 novembre 2023, François Saltiel recevait l’écrivain et artiste britannique James Bridle, pour son ouvrage Toutes les intelligences du monde. À revoir aussi en replay sur Twitch.


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