En 7 éditions, le Z Event s’est imposé pour beaucoup comme le rendez-vous caritatif de l’année à ne pas manquer sur Twitch. Malgré l’essoufflement annoncé sur les réseaux, le public reste conquis et salue des organisateurs à l’écoute face aux exigences d’exemplarité.

Créé en 2016 par le streameur Zerator et son associé Alexandre Dachary alias Dach, le Z Event a beaucoup évolué depuis sa première édition, qui réunissait alors 16 geeks dans un petit salon pour jouer aux jeux vidéo. Progressivement, le marathon caritatif s’est ouvert, aussi bien en termes de contenus que de personnalités invitées. L’édition de 2021 avait été un grand succès, doublant les dons récoltés par rapport à l’année précédente. L’édition de 2022, que ce soit en raison du succès de l’année précédente ou des controverses qui ont animé l’été, a suscité de nombreuses attentes auprès du public.

Cette année, l’absence inattendue de plusieurs streameurs et streameuses pourtant habitués de l’événement comme Maghla, Gotaga et Kameto a fait couler beaucoup d’encre, où elle était annoncée comme le signe d’un essoufflement. Pour les aficionados du Z Event que Numerama a interrogés à ce sujet, ces absences s’expliquent surtout par un remaniement du calendrier, l’événement se tenant beaucoup plus tôt cette année que les précédentes. 

L’absence cette année aussi de youtubeurs aux millions d’abonnés comme Michou ou Inoxtag et de leur jeune communauté a permis d’éviter certaines tensions qui avaient marqué l’événement l’année dernière. 

Le streaming ne se résume plus à « quelqu’un devant sa caméra qui joue »

Pas de grande déception donc cette année, pour ces fans de la première heure, puisque l’événement a une nouvelle fois été un franc succès. Aldix, développeur de 34 ans, explique que la forme lui importe peu : « C’est le fond qui m’importe. Tant que je continuerais à ressentir cette ambiance, je continuerais à participer. »  S’ils reconnaissent que le gaming n’occupe plus une place aussi centrale que lors des premières éditions, ils y voient un ajustement aux contenus proposés sur la plateforme depuis quelques années, qui s’orientent progressivement vers des jeux avec les spectateurs et spectatrices, des émissions de plateau ou des excursions en extérieur. Pour la deuxième année consécutive, le Z Event a rempli le zénith de Montpellier en invitant plusieurs grosses têtes de la scène musicale comme les rappeurs Bigflo et Oli et Soprano. 

z karaoke
Un karaoké au ZEvent 2022 // Source : ZEvent

Le streaming ne se résume plus à « quelqu’un devant sa caméra qui joue », comme le résume Aldix. Le Z Event ou le Popcorn festival, organisé par le streamer Domingo en juillet dernier, sont deux exemples significatifs à la fois de la diversification de la plateforme et de l’augmentation des moyens disponibles pour ce type d’événements. 

Antoine, 18 ans, apprécie la participation de personnalités extérieures au streaming : « La notoriété de personnalités comme Squeezie en 2019 m’a permis de réellement me pencher sur le Z Event, » souligne-t-il. Cette année, la présence de Bigflo et Oli ou Alain Chabat en tant que co—animateur avec le streamer Étoiles de Question pour un streamer (en référence à l’émission Question pour un Champion), ont encore favorisé son engagement.

Que l’on soit amateur de jeux vidéo ou non, le Z Event est devenu pour beaucoup un rendez-vous annuel à ne manquer sous aucun prétexte. En amont de l’événement, de nombreux spectateurs et de nombreuses spectatrices comme Yoshiaki, youtubeur jeux vidéo et grand habitué du Z Event, annonçaient déjà participer à la cagnotte. « Ce qui est sûr, c’est qu’au moment du coup d’envoi, je vais me procurer le T-Shirt de cette édition 2022 », se réjouissait-il d’avance.

De nouvelles mécaniques qui favorisent l’engagement du public

Avec plus de 10 millions d’euros récoltés, le ZEvent s’est une nouvelle fois inscrit comme l’un des événements caritatifs les plus importants en France, en jouant sur les mécaniques du divertissement. Yoshiaki, également bénévole au Téléthon, préfère pour cette raison le fonctionnement du marathon de Twitch. Dans une vidéo réalisée à l’occasion du Z Event 2021, il relate l’idée que par sa forme, l’événement encourage le public à donner de manière moins culpabilisante et moins « dramatisante ». 

Autre différence avec les autres événements caritatifs appréciée par les personnes avec qui nous avons échangé : la possibilité d’avoir un retour critique sur le choix des associations : le choix initial controversé de GoodPlanet a donné lieu à un vote auprès des viewers pour choisir les associations qui bénéficieraient des fonds récoltés cette année, comme nous l’expliquions début juillet. 

Sans ce changement dans le choix de l’association, Antoine très attentif au suivi de ses dons affirme qu’il aurait « boycotté l’événement ». « J’ai voté pour les associations après avoir passé plusieurs heures à me renseigner », confiait-il. Même son de cloche chez Bleuenn, étudiante de 23 ans. Celle qui préfère faire un don en connaissance de cause suit attentivement les interviews données aux associations pendant l’événement avant de vider son porte-monnaie. « Zerator n’hésite pas à mettre les associations face à leur contradiction », ce qui la motive à donner au Z Event plutôt qu’à d’autres événements. 

Des efforts de représentativité encore à faire

Malgré un franc succès, certains spectateurs et spectatrices émettent toutefois certaines critiques, notamment celle de l’entre-soi dans lequel évoluent les streameurs participants. Maxime, 25 ans, grand consommateur de streams, qui suit le Z Event depuis ses débuts, reproche un fonctionnement en vase clos « qui valorise toujours le même petit groupe de streameurs et streameuses déjà très populaires ». Un avis que ne partagent ni Antoine, ni Aldix. Pour ces derniers, malgré l’existence d’un « noyau dur », ils estiment que les organisateurs œuvrent suffisamment pour ouvrir le Z Event à de « nouvelles générations de streamers », comme TPK ou UN333D, qui ont tous quand même plus de 20 000 abonnés chacun. 

Lixiviatio, streameuse et organisatrice de l’événement caritatif Et ta cause, reproche aussi à cette édition comme aux précédentes le trop petit nombre de streameuses présentes. Sur les 51 vidéastes présents au marathon, seulement 10 étaient des femmes. Bien qu’elle souligne les efforts faits en matière de représentation (une seule femme était présente lors de la première édition en 2016), elle considère que le Z Event a encore des progrès à faire en la matière.