Amazon avait mis en place une manière de comptabiliser « le temps passé à ne pas faire une tâche » de ses employés. Cette mesure sera allégée, mais pas supprimée.

Amazon a annoncé qu’il allait modifier sa manière de surveiller le travail de ses employés au sein des entrepôts, dans un communiqué publié le 2 juin 2021, intitulé « Mise à jour de notre vision pour devenir le Meilleur Employeur de la Terre et l’Entreprise la plus Safe du Monde. »

L’un des deux changements présentés concerne la notion de « Time Off Task », que l’on pourrait traduire par «  le temps passé à ne pas faire une tâche ». Il s’agit d’une mesure inventée par Amazon, mise au jour par des médias anglosaxons en 2019, qui consiste à surveiller les gestes des employés, et de repérer lorsqu’ils arrêtent de scanner des colis pendant un temps jugé trop long. Lorsque c’est le cas, le système envoie un signal d’alerte, surnommé TOT en interne (pour Time Off Task).

L’allègement d’une mesure qui traque la productivité des employés

«  Time off Task peut être mal compris », a écrit Dave Clark, responsable des opérations internationales, « Les employés peuvent avoir de nombreuses raisons légitimes de se déconnecter de leurs outils de scan — pour parler à leurs managers, pour régler un problème, pour des soucis techniques, etc. Lorsque l’on observe qu’un employé ne s’est pas connecté pendant de longues périodes (plus de 30 minutes), c’est un bon signal pour repérer des défauts dans le système, et cela pousse les managers à parler à leurs employés pour comprendre les barrières auxquelles ils doivent faire face, pour les retirer. »

Après ce premier paragraphe en défense du système, le cadre d’Amazon a toutefois annoncé des modifications au niveau de la manière dont le « TOT » allait être comptabilisé : il s’agira à présent plus d’une moyenne sur « une plus longue période de temps », afin de réduire les signaux d’alerte à la moindre absence. « Nous pensons que cela aidera à utiliser la politique ‘Time Off Task’  de la manière dont elle était pensée à l’origine. »

Il convient de souligner que le système de surveillance des employés dans les entrepôts ne sera pas abandonné, mais simplement « allégé ». Il fait pourtant partie d’un système qui est critiqué ; certains employés dénoncent une pression très lourde à la productivité et l’efficacité. Certains salariés d’Amazon ont même assuré, au fil des dernières années, qu’ils préféraient ne pas prendre de pause pour aller aux toilettes afin d’éviter de perdre leur travail. En juillet 2020, Hibaq Mohamed, une ex-employée d’un grand entrepôt du Minnesota, avait poursuivi Amazon en justice après avoir été renvoyée à cause, selon elle, avoir accumulé trop de « temps passé à ne pas faire une tâche », aussi abrévié « TOT ».

Un entrepôt Amazon // Source : Wikimedia Commons/Álvaro Ibáñez

Le retrait de Jeff Bezos

Le 15 avril dernier, Jeff Bezos, le CEO milliardaire d’Amazon, avait juré que son entreprise allait devenir, comme il le reprend désormais régulièrement, le « Meilleur Employeur de la Terre et l’Entreprise la plus Safe du Monde. » Si le milliardaire va quitter son poste d’ici la fin 2021, il a toujours précisé qu’il ne s’agissait « pas d’une retraite », car il restera président exécutif, et gardera un œil très attentif sur l’évolution de sa multinationale. Dans son billet de blog, il expliquait d’ailleurs que ce rôle de « executive chair » allait lui permettre de passer plus de temps à réfléchir aux manières d’améliorer la qualité de travail, afin que « 100 % » de ses employés «  recommandent Amazon à leurs amis en tant qu’employeur » (contre, d’après les sondages de la firme, 94 % actuellement).

Il faut dire qu’Amazon a connu des mois très compliqués, tentant de lutter contre une campagne de certains de ses employés en Alabama qui cherchaient à créer la toute première section syndicale de l’histoire de l’entreprise. Finalement, le projet a été rejeté par 55 % des votants, mais les revendications ont permis de mettre un coup de projecteur sur les critiques formulées à l’égard d’Amazon et les conditions de travail de certains salariés.

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