Au moins quatre sites qui portent le nom de la nouvelle candidate à la mairie de Paris, Agnès Buzyn, renvoient depuis le 16 février 2020 vers le site de campagne d'Anne Hidalgo. Contactée par Numerama, la personne qui est à l'origine d'au moins un de ces achats de noms de domaine regrette « l'improvisation de la candidature » de l'ex-ministre de la Santé.

La guerre des noms de domaine n’attend pas. À peine Agnès Buzyn, ex-ministre de la Santé, a-t-elle confirmé qu’elle se lançait dans la course à la mairie de Paris, que des internautes malicieux ont déjà agi pour détourner le nom de potentiels sites de campagne.

Comme l’a remarqué en premier le journaliste Fabien Recker de Public Sénat ce 17 février 2020, plusieurs noms de domaines correspondant au nom d’Agnès Buzyn ont été achetés et redirigés vers le site de campagne… de la mairesse sortante Anne Hidalgo, annehidalgo2020.com. Son équipe a expliqué n’avoir «  aucune idée de ce qu’il s’est passé » à FranceInfo.

Numerama a pu retrouver au moins quatre sites concernés :

Comme nous avons pu le vérifier sur le site WhoIs, ces quatre sites ont été achetés à partir de 17h59 le 16 février, soit à peine quelques heures après que la République en Marche a annoncé qu’Agnès Buzyn serait sa nouvelle candidate à la mairie de la capitale, après le retrait de Benjamin Griveaux à la suite d’un scandale mettant en cause des vidéos intimes volées.

Le site de campagne d’Anne Hidalgo

« Révélateur de l’improvisation de sa candidature »

Si plusieurs noms de domaine ont été déposés anonymement, deux d’entre eux l’ont été par l’association Montreuil en Commun, un groupe de « quatre conseillers municipaux » qui se dit « sans aucune étiquette politique ». Numerama a pu joindre par email H., la personne dont le nom apparaît dans le dépôt d’un des noms de domaine concernés. Bien qu’elle ait décliné de nous répondre en longueur, elle explique que le fait que les noms de domaine liés à Agnès Buzyn étaient disponibles est « révélateur de l’improvisation de sa candidature et de la légèreté de LAREM [la République en Marche] s’agissant d’une affaire sérieuse comme une candidature à la mairie de Paris  ».

Il s’agirait donc moins d’une envie de soutenir la mairesse de la capitale que d’enquiquiner la République en Marche. À la décharge du parti majoritaire, il peut apparaître compréhensible qu’un scandale tel que celui qui a embarqué Benjamin Griveaux, le candidat investi de LREM, n’ait été ni prévisible ni envisageable il y a encore quelques jours.

D’autres noms de domaines (agnesbuzyn2020.paris, buzyn2020.com, buzyn.paris) ont aussi été loués sur la même période (16 ou 17 février) et renvoient vers un site d’une entreprise française de gestion de crise appelé Crisalyde — qui a déjà travaillé par le passé en tant que prestataire du ministère de la Santé. « H » réfute en revanche, être à l’origine de cette redirection. Contactée par Numerama, le président de ladite entreprise confirme avoir acheté six noms de domaines (pour moins de 20 euros chacun) dans le but « d’attirer le regard » de LREM sur sa firme. Il se dit prêt à rendre les noms de domaines à prix coûtant, sans marge, si l’équipe de campagne le contacte.

Le fait de réserver un nom de domaine, potentiellement convoité, afin d’en détourner la fonction première, a un nom : il s’agit de cybersquatting, et la pratique est relativement courante en politique. Pour récupérer ces noms, l’équipe d’Agnès Buzyn devra entrer en contact avec la personne qui les a achetés : celle-ci peut décider de les rendre gracieusement ou de les faire payer. Il existe toutefois un recours, via l’UDRP (Uniform Domain-Name Dispute-Resolution Policy), pour essayer de récupérer un nom lorsque l’on estime qu’il nous appartient — mais la démarche est aussi payante.

Cet article a été mis à jour avec les propos du président de Crisalyde.

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