Une star virtuelle d'Instagram a raconté dans un vlog l'agression sexuelle qu'elle aurait subie dans un VTC. La vidéo a fait polémique.

En 2019, des influenceuses virtuelles se font critiquer sur les réseaux sociaux parce qu’elles ont inventé une fausse agression sexuelle de la part de leur chauffeur VTC. Et oui, vous avez bien lu.

Si vous ne connaissez pas Lil Miquela, il s’agit d’une influenceuse d’un genre un peu particulier. C’est un personnage fictif, virtuel et… très populaire. Sur Instagram, elle compte 1,8 million d’abonnés (contre 25 000 sur Twitter et 105 000 sur YouTube).

Une fausse agression

Ce weekend, Lil Miquela a publié un vlog, dans lequel elle raconte entre deux blagues avoir vécu un événement traumatisant. Il a depuis été retiré de YouTube mais nous avons pu en consulter une copie, effectuée par Green Chyna (@Cornyassbitch sur Twitter). C’est cette internaute qui a repéré la vidéo en premier et l’a mise au jour, dans un tweet qui a depuis été beaucoup partagé.

Dans l’extrait qu’elle a rendu public, on entend Lil Miquela raconter sa journée. Elle explique qu’elle a commandé un VTC pour effectuer un trajet. Lorsqu’elle est montée dedans, elle dit avoir été surprise par deux choses : une forte odeur de désodorisant bas de gamme, et le regard de son chauffeur.

Elle évoque un regard insistant, comme s’il se demandait «  ce qu’elle est réellement. » Le chauffeur se serait ensuite penché vers elle, jusqu’à être si proche qu’elle pouvait sentir sa respiration. « Il m’a demandé : tu es réelle ? », dit-elle, avant de poursuivre : « Je me suis détournée et j’ai regardé par la fenêtre et tout à coup j’ai senti sa main sur ma jambe ». L’instagrammeuse virtuelle indique lui avoir demandé de cesser, ce qu’il aurait mis un certain temps à faire. Elle dit qu’il l’a ensuite pincée, et a eu des propos déplacés à caractère sexuel à son encontre.

Le business des fausses influenceuses

Cette vidéo a vite fait polémique. Green Chyna, qui l’a publiée sur Twitter, a dénoncé la visée mercantile qui se cache derrière cette vidéo selon elle. La chanteuse Kehlani a partagé cet avis : «  Au début ça m’a semblé intéressant, mais Lil Miquela joue avec de vraies histoires, de vrais traumatismes. Les agressions sexuelles sont une réalité effrayante, et en parler de la sorte, c’est faire preuve d’ignorance, et c’est blessant. »

De nombreux et nombreuses internautes ont émis des avis similaires, visibles en réponse du tweet. La vidéo de Lil Miquela a finalement été supprimée. Contactée, l’équipe derrière cette instagrammeuse n’a pour le moment pas répondu à nos questions.

Si ce faux vlog a fait autant polémique, c’est d’abord à cause de l’histoire de Lil Miquela. Ce personnage a été créé par une entreprise — qui a mis un certain temps à l’assumer –, nommée Brud. Il s’agit d’une startup américaine lucrative, dirigée par un homme, Trevor McFedries. Tous les mots qui sortent de la bouche de Lil Miquela sont écrits à l’avance par l’entreprise : il ne s’agit pas d’un algorithme qui aurait « appris » des choses de lui-même en fonction de l’actualité.

Pour gagner de l’argent, l’entreprise est déjà allée, dans le passé, jusqu’à inventer de faux piratages de comptes ou à imaginer une dispute avec une autre influenceuse virtuelle qu’elle avait créée. Cette dernière était présentée comme une personne politiquement très à droite, alors que Lil Miquela a toujours été montrée comme plutôt de gauche. Des internautes accusent l’entreprise d’instrumentaliser des causes des deux bords politiques pour alimenter leur business, évalué à plusieurs millions de dollars.

La dernière vidéo est d’autant plus problématique que depuis quelques semaines, de vraies femmes tentent de faire entendre leur voix aux entreprises de VTC. Plusieurs d’entre elles ont témoigné d’agressions sexuelles ou viols dont elles auraient été victimes lors d’un trajet.

Image d’illustration. // Source : Flickr/CC/QuoteCatalog

Le hashtag #UberCestOver semble n’avoir été qu’un triste aperçu de la réalité. Selon un rapport rendu public, Uber a dénombré 3 045 agressions sexuelles rien qu’en 2018, aux États-Unis. La légèreté du ton adopté par l’influenceuse virtuelle passe alors d’autant plus mal.

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