Les travailleurs et travailleuses du sexe qui comptaient sur PayPal pour se rémunérer sur Pornhub devront trouver un autre moyen de paiement. La plateforme devient plus stricte.

Pornhub se dit « dévasté » depuis le jeudi 14 novembre. Dans un communiqué, le site pornographique a annoncé que PayPal avait décidé de cesser leur collaboration. Il ne sera notamment plus possible de rémunérer les camgirls avec ce mode de paiement, a fait savoir l’entreprise.

Des centaines de milliers de personnes concernées

Pornhub invite les artistes concernées à les contacter immédiatement, pour mettre à jour leurs profils et moyens de paiement autorisés. L’entreprise précise que « des centaines de milliers » d’entre elles seraient pour l’instant dépendantes de PayPal.

Un porte-parole de PayPal a justifié la décision à Motherboard : « Nous avons découvert que Pornhub avait effectué certains paiements à travers Paypal sans demander notre permission. Nous avons pris des mesures pour faire cesser ces transactions. » L’entreprise n’a pas précisé de quoi il s’agissait.

Selon un porte-parole de Pornhub, « les décisions comme celle de PayPal et d’autres grosses entreprises ne font rien d’autre que freiner notre lutte contre les discriminations et les clichés envers les travailleurs et travailleuses du sexe. »

D’autres modes de paiement sont autorisés sur Pornhub, mais PayPal avait l’avantage d’être simple d’utilisation et avec peu de frais. « Nous sommes sincèrement désolés si cela cause des retards de paiement et nous allons faire en sorte que cela soit aussi rapide que possible », a indiqué Pornhub. Le site a précisé que de nouveaux moyens de paiement, notamment en cryptomonnaies, seraient bientôt ajoutés.

Cette solution ne semble pas convenir à toutes les personnes concernées. La camgirl Princess Peach témoigne sur Twitter : « Je sais que certaines ‘modèles’, dans certains pays, n’ont guère d’autre choix [que PayPal], mais je pense que dès le départ, Pornhub n’aurait pas dû travailler avec eux. » «  Ils auraient pourtant les moyens d’améliorer les paiements à l’international s’ils se souciaient vraiment de la situation », a-t-elle suggéré.

Lola, une danseuse, estime quant à elle que c’est «  une raison de plus pour se battre et refuser d’utiliser PayPal. »

Beaucoup d’autres actrices estiment que Pornhub a une responsabilité dans ce revirement de situation. Elles lui reprochent de ne pas s’être battu suffisamment contre des lois américaines qui encadrent depuis quelques mois de manière drastique la pornographie et le travail sexuel.

Des plateformes de plus en plus strictes

Ce n’est pas la première fois que PayPal fait parler de lui à ce sujet. Déjà en 2014, l’entreprise était accusée de discriminer des acteurs et actrices pornographiques. L’une d’entre elles, Kitty Stryker, avait assuré au Daily Dot que la plateforme lui coupait l’accès à des cagnottes personnelles pour financer ses voyages, simplement parce qu’elle exerçait ce métier.

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Le logo de Pornhub. // Source : Pornhub

En septembre 2018, PayPal avait aussi suspendu les comptes de vidéastes ASMR parce qu’une campagne de dénigrement les accusait d’être des actrices pornographiques déguisées. L’ASMR est une technique de relaxation par le son et les gestes qui n’a en soi rien de sexuel. Mais le simple doute avait suffit à couper les vivre de nombreuses artistes.

PayPal n’est pas non plus la seule entreprise à se montrer si stricte. Comme le souligne Vice, Venmo ou Visa interdisent dans leurs conditions d’utilisation le paiement de services sexuels. Le magazine spécialisé dans la culture pornographique Le tag parfait a aussi indiqué ce 13 novembre que Qonto, une néobanque, avait fermé son compte. Selon le média, cette décision serait étrangement survenue « deux heures après avoir reçu un papier qui mentionne l’url du magazine ». Contacté à ce sujet par Numerama, Qonto n’a pour le moment pas répondu.

Aux États-Unis, où est basé Pornhub, les restrictions risquent d’aller en empirant. Certaines lois, destinées au départ à lutter contre le trafic sexuel, poussent les banques, néobanques et réseaux sociaux à prendre de plus en plus de mesures « protectrices ». Malheureusement, elles ont souvent un impact négatif sur les travailleurs et travailleuses du sexe.

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