Des célébrités du cinéma et des personnalités politiques ont relayé un mémo concernant un changement dans les conditions d'utilisation d'Instagram. Voici pourquoi c'est une fake news.

Ce n’est pas nouveau : sur les réseaux sociaux, toutes sortes de fausses informations circulent. Et parfois, ces fake news et hoaxs concernent l’utilisation de ces réseaux eux-mêmes. Depuis ce 22 août 2019, si vous suivez des comptes américains sur Instagram, vous avez peut-être commencé à voir circuler un mémo concernant un changement majeur dans l’utilisation de vos photos. Il a été relayé par des personnalités publiques (politique, musique, cinéma…). Mais ce qu’il dit est faux.

Le message, inscrit dans une image pour faciliter son partage, est toujours le même et repris en boucle. Il commence par «  N’oubliez pas, demain commence la nouvelle règle d’Instagram qui leur permet d’utiliser vos photos », avant d’indiquer que « Je n’autorise pas Instagram ou une quelconque entité qui y est reliée à utiliser mes images, informations, messages ou publications, qu’elles soient passées ou futures ». La publication fait référence à Channel 13 News comme source, mais ce média n’existe évidemment pas.

Capture de l’hoax sur le compte Instagram d’une actrice suivie par 14,5 millions de personnes.

Instagram a toujours eu le droit d’utiliser vos photos

Contrairement à ce qui est annoncé dans ce message, aucune nouvelle règle n’est prévue… principalement car Instagram a toujours eu le droit d’utiliser vos photos. Mais il faut faire la distinction entre le droit de propriété sur vos photos et le droit d’utilisation. Sur la page des conditions d’utilisation de l’application (que vous pouvez consulter en cliquant ici), il est clairement précisé : « Nous ne revendiquons pas la propriété de votre contenu, mais vous nous en accordez une licence d’utilisation.  »

Cela signifie qu’en utilisant Instagram, vous accordez à l’entreprise une licence non exclusive, gratuite, transférable, sous-licenciable, et mondiale pour « héberger, utiliser, distribuer, modifier, exécuter, copier, jouer ou présenter publiquement, traduire et créer des œuvres dérivées de votre contenu (conformément à vos paramètres de confidentialité et d’application) ». En réalité, Instagram a besoin de cette licence ne serait-ce que pour afficher vos photos dans votre timeline. C’est une contrainte technique que tous les sites d’hébergement de fichiers, image ou non, demandent.

En utilisant Instagram, vous accordez à l’entreprise une licence non exclusive, gratuite, transférable, sous-licenciable, et mondiale

En acceptant les conditions d’utilisation, vous autorisez également Instagram à utiliser votre nom d’utilisateur, votre photo de profil et vos informations dans le cadre de publicités éventuelles. L’application peut tout autant fournir vos informations personnelles dans le cadre d’investigations juridiques. Donc, re-précisons le, quand cet hoax indique que « tout ce que vous postez devient public à partir d’aujourd’hui », c’est faux car vos publications ont toujours été publiques.

Vous pouvez mettre fin à cette licence en supprimant votre compte, puisqu’en acceptant ces conditions d’utilisation vous n’avez pas le moins du monde transféré de droit de propriété sur vos photos. Cette règle est valable pour les plupart des réseaux sociaux que vous utilisez. Même si plusieurs aspects de ces conditions d’utilisation sont critiquables, le caractère public est tout simplement ce qui permet à ces applications de montrer vos contenus aux autres utilisateurs et utilisatrices.

Instagram sur TOS;DR // Source : TOS;DR

Publier ce post ne sert littéralement à rien

Ce type d’hoax n’est pas nouveau. Des versions similaires ont circulé sur Facebook. Le message véhicule toujours cette même idée fausse que poster une telle publication vous prémunit de l’utilisation de vos données par l’application.

Le post qui circule en ce moment sur Instagram n’échappe pas à la règle : « Avec cette déclaration, je notifie Instagram que j’interdis strictement de divulguer, copier, distribuer, ou de prendre toute autre action contre moi basé sur mon profil et/ou son contenu. (…) Si vous ne publiez pas cette déclaration au moins une fois, vous autorisez tacitement l’utilisation de vos photos autant que de vos informations. » Et le post en profite pour citer quelques prétendus articles de loi pour étayer son propos.

Soyons clair : tout est faux dans ce message. Cette déclaration n’a aucun sens ni aucune portée juridique sur le fond ou la forme.

Soyons clair : tout est faux dans ce message. Cette déclaration n’a aucun sens ni aucune portée juridique sur le fond ou la forme. Les articles de loi cités n’existent pas, et font de toutes façons référence au UCC, c’est-à-dire le Uniform Commercial Code, qui n’a généralement rien à voir avec le copyright. Au-delà de cette source inexistante, le fait de poster un tel message ne sert à rien : comme expliqué précédemment, lorsque vous vous enregistrez sur une plate-forme comme Instagram, vous acceptez les conditions d’utilisation, et c’est cet acte-ci qui a une valeur contraignante juridiquement.

Le plus grave, dans la circulation de cet hoax, c’est qu’il soit relayé par des célébrités, des personnes influentes qui n’ont pas pris le temps de vérifier une information — pourtant importante puisqu’elle concerne les données personnelles. Certaines ont pris la peine de supprimer la publication lorsqu’ils ou elles se sont rendues compte de la fausse info. Mais c’était trop tard, l’hoax était lancé. Une actrice comme Taraji P. Henson n’a toujours pas supprimé la publication, alors qu’elle est suivie par 14,5 millions d’abonnés. Idem pour Rob Lowe qui en a 1 million. Cette affaire vient poser une nouvelle fois le problème du manque de responsabilité des influencers sur les réseaux sociaux (comme nous vous en parlions déjà dans notre enquête dédiée au cyberharcèlement).

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