La présence de Google à la Pride de San Francisco fait débat en interne. Des employés LGBT ont demandé aux organisateurs de bannir l'entreprise.

Chez Google, la Marche des Fiertés (ou Pride) est au cœur des débats depuis quelques jours. Des employés et employées LGBT+ ont demandé aux organisateurs de la marche des fiertés de bannir leur entreprise du cortège de San Francisco, a rapporté The Verge ce mercredi 26 juin. Cela fait suite à la diffusion d’un mémo en interne et à plusieurs polémiques autour du traitement des propos homophobes par Google et YouTube.

Des discussions au point mort

Une pétition a été lancée par des employés LGBT et diffusée sur Medium. Ils demandent aux organisateurs de la Pride de San Francisco d’« annuler le sponsoring de Google de la Pride 2019 et d’exclure [la firme] de la parade » qui aura lieu le 30 juin.

Un bout de la bannière LGBT+ de Google célébrant le mois des fiertés

Environ 130 personnes ont signé la pétition car elles ne voient pas «  d’alternative ». Elles disent avoir passé « un nombre incalculable d’heures » à tenter de discuter avec Google « pour améliorer les politiques internes et le traitement des personnes LGBTQ+, leur représentation, pour [lutter contre] le harcèlement et les discours de haine dont elles font l’objet sur YouTube et d’autres produits de Google ».

Les employés n’ont obtenu aucune réponse satisfaisante : «  À chaque fois que nous demandons des changements, tout ce que l’entreprise nous répond c’est qu’elle y réfléchira. » Il leur serait sans cesse demandé d’être « patients ».

YouTube ne supprimera pas toutes les vidéos LGBTphobes

La patience des personnes LGBT+ a été mise à rude épreuve chez le géant ces dernières semaines. Plusieurs polémiques ont éclaté autour de YouTube et sa maison-mère Google. Début juin, Carlos Maza, un journaliste gay a raconté sur Twitter être harcelé par un youtubeur conservateur, Steven Crowder. Ce dernier avait publié sur sa chaîne à 3,8 millions d’abonnés des propos homophobes répétés à son encontre.

Les propos LGBTphobes et le harcèlement sont proscrits par YouTube. Dans ses conditions d’utilisation, la plateforme précise que seront supprimés tous les contenus haineux portant sur l’orientation sexuelle de personnes. La plateforme a pourtant préféré se contenter de démonétiser la chaîne du youtubeur incriminé.

Le youtubeur Steven Crowder. // Source : YouTube/StevenCrowder

Cette décision survenue en plein mois des Fiertés a été jugée insuffisante par de nombreux vidéastes. La démonétisation est une méthode assez peu efficace pour une chaîne à plusieurs millions d’abonnés. Comme l’explique The Verge, Steven Crowder a une communauté désormais suffisamment importante pour pouvoir avoir d’autres sources de revenus. Il vend d’ailleurs des t-shirts avec des messages homophobes à ses abonnés.

La réaction de la CEO de YouTube, Susan Woijcicki, a également fait débat. Dans une interview à Recode, elle a expliqué que supprimer toutes les vidéos contenant des propos homophobes serait un travail trop important. Elle estime aussi que cela risque d’aboutir à une forme de censure (entendre : des conservateurs) et que ce n’est pas conséquent pas souhaitable.

Les organisateurs de la Pride refusent

Au sein de Google — également pointé du doigt pour des actions problématiques comme la suppression de la bannière du mois des Fiertés sur les recherches contenant le mot « lesbienne » –, des employés et employées ont manifesté leur mécontentement. Certains avaient prévu de l’exprimer au travers de pancartes et t-shirts lors de la Pride de San Francisco. Quelques jours avant le défilé, un mémo a cependant été diffusé par les dirigeants en interne. Il y était indiqué que les employés étaient autorisés à protester contre les décisions de YouTube ou Google, mais uniquement s’ils ne faisaient pas partie du cortège officiel. Ils risquaient autrement des sanctions (non précisées) pour non-respect du code de conduite.

« Nous ne nous contenterons plus d’attendre »

Pour certains, cela a été la goutte de trop. Ils demandent des mesures concrètes de la part de l’entreprise. « Pour une grosse entreprise, peut-être qu’il est prudent de patienter, mais pour ceux et celles dont le droit à exister est menacé, nous estimons qu’il n’y a pas de temps à perdre », écrivent les signataires de la pétition. « Nous avons déjà attendu trop longtemps [et] nous ne nous contenterons plus d’attendre », ajoutent-ils.

Dans un communiqué adressé à The Verge, la Pride de San Francisco a indiqué qu’elle ne comptait pas interdire Google, décrit comme un « allié de longue date », de célébrations. «  Nous continuerons à faire avancer les choses ensemble en tant que communauté et c’est ensemble que nous protégerons nos droits civiques durement obtenus », ont justifié les organisateurs qui reconnaissent que YouTube et Google pourraient « faire plus » pour mettre en valeur et protéger les personnes LGBT. Google s’est dit ravi de cette décision.

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