Une attaque terroriste a eu lieu en Nouvelle-Zélande. Deux mosquées ont été visées par au moins un homme, qui s'est filmé et a diffusé la vidéo de son assaut en direct sur Facebook. Il avait préparé son attaque — et sa médiatisation — depuis très longtemps.

Au moins 49 personnes ont été tuées vendredi 15 mars dans deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande. 4 personnes ont été placées en garde à vue selon la police. Le tireur a filmé son attaque terroriste et l’a diffusée en ligne. Les réseaux sociaux lui ont ensuite donné la visibilité qu’il souhaitait, et a tout mis en place pour obtenir.

Les réseaux sociaux peinent à supprimer la vidéo

L’attaque que Jacinda Ardern, la Première ministre du pays a qualifié de «  l’un des jours les plus sombres de la Nouvelle-Zélande », a été filmée et diffusée en direct sur Facebook Live. La vidéo qui fait une dizaine de minutes a ensuite été re-publiée sur YouTube.

Le logo Facebook. // Source : Facebook / Numerama

Les deux contenus ont été supprimés des plateformes après avoir été en ligne plusieurs minutes. Des personnes en avaient cependant fait des copies, qu’ils ont diffusées sur les réseaux sociaux. Numerama a pu constater qu’elles étaient encore présentes sur Twitter, Instagram et YouTube, des heures après cette attaque terroriste meurtrière et raciste. Des médias étrangers ont aussi publié de courts extraits.

YouTube, Facebook et Twitter peinent à supprimer totalement la vidéo. Celle-ci est à peine supprimée qu’un autre internaute la remet en ligne. Les sites sont en théorie capables d’éviter qu’un contenu ne soit republié : ils ont l’empreinte de la vidéo, qu’ils peuvent comparer de manière automatisée aux nouveaux contenus mis en ligne. Cette technique est utilisée dans le cas de photos ou vidéos problématiques. Cependant, il semblerait que cette fois, les outils de modération algorithmiques et humains ne soient pas être suffisamment efficaces.

Cette problématique s’était déjà posée lors d’autres attaques terroristes. Après l’attentat du Bataclan par exemple, des photos choquantes de la scène de crime avaient longtemps été diffusées sur les réseaux sociaux. Pour rappel, la loi punit en France la diffusion de telles images. Au-delà du point de vue purement pénal, la diffusion de ces images pose des questions éthiques. L’objectif des tueurs de masse est souvent justement de faire parler d’eux.

Une attaque préparée sur les réseaux sociaux

Le tireur présumé de Christchurch a préparé son attaque de sorte à ce qu’elle devienne virale sur internet. Nous avons ainsi très facilement retrouvé un manifeste de 74 pages, mis en ligne sur le forum 8Chan, dans lequel il décrit son identité et ses motivations. Ce manifeste est également extrêmement bien référencé sur Google.

Numerama a conscience que la démarche du tueur présumé est de faire parler de son acte : nous avons choisi de parler de sa méthode mais ne partager aucune image, vidéo ou extraits du manifeste que le terroriste souhaitait visiblement rendre viraux. Il est toutefois important de comprendre la manière dont le tueur présumé a profité des outils et des failles du web actuel pour partager massivement son message de haine.

Dans une sorte d’auto-interview, il y décrit des motivations racistes, comparant les musulmans à des envahisseurs, les déshumanisant et appelant à la haine et la violence contre eux. Il raconte avoir préparé l’attaque depuis 2 ans et qu’il n’appartiendrait à aucune organisation politique.

Certains internautes ont remarqué un extrait de vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, dans lequel celui qui semble être le tireur lance un « abonnez-vous à PewDiePie » (référence à la bataille pour le titre de plus gros youtubeur au monde entre PewDiePie et la chaîne YouTube T-Series). Ce contenu n’a pour le moment pas été authentifié. Par ailleurs, aucune mention du vidéaste n’est faite dans le manifeste. Il s’agirait donc simplement d’une référence de très mauvais goût, dont le youtubeur s’est dit profondément choqué.

Sur Twitter, la police de Nouvelle-Zélande a demandé aux internautes de cesser de partager des images de l’attaque terroriste.

Google a de son côté assuré à Mashable qu’il faisait tout son possible pour les retirer de YouTube au plus vite. L’entreprise a dit collaborer avec les autorités locales. Twitter, Reddit et Facebook ont également assuré faire tout ce qui était en leur pouvoir pour que la vidéo n’apparaisse plus sur leurs plateformes.

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