Depuis l'annonce de l'achat de 100 000 HoloLens 2 par l'armée américaine, la tension monte entre la direction de Microsoft et les employés.

479 millions de dollars. Voilà la somme dépensée par l’US Army pour l’acquisition de 100 000 casques de réalité mixte HoloLens 2. C’est un contrat important pour Microsoft puisque, selon une vidéo du European Patent Office, la totalité des ventes du HoloLens première génération atteignaient « seulement » les 50 000 unités.

La nouvelle commande permet donc déjà au HoloLens 2 de dépasser son prédécesseur, une journée après sa présentation officielle. Il sera au cœur d’un programme dédié à transformer les casques de réalité mixte en arme : le Integrated Visual Augmentation System (IVAS). La machine de Microsoft sera utilisée au cœur de l’action avec pour objectif, selon la description de l’US Army, « d’augmenter la létalité en améliorant les capacités de détection, de prise de décision et d’engagement avant l’ennemi ».

Voir une technologie tomber entre les mains de l’armée est un scénario très convenu au cinéma, mais c’est une situation bien réelle dans laquelle se trouvent les employés de Microsoft. Certains n’apprécient pas la signature de ce contrat, ni la manière dont les appareils pourront être utilisés par l’armée.

« L’utilisation du HoloLens dans le système IVAS permet d’aider à tuer des gens. »

Dans une lettre ouverte à Satya Nadella et Brad Smith, respectivement PDG et président des affaires juridiques de Microsoft, une cinquantaine de salariés a demandé l’annulation du contrat IVAS. Ils déclarent : « Nous n’avons pas signé pour développer des armes. L’utilisation du HoloLens dans le système IVAS permet d’aider à tuer des gens. »

Ils s’inquiètent également de l’impact psychologique de l’utilisation de la réalité augmentée sur un champs de bataille : « La guerre va être transformée en jeu vidéo, ce qui va éloigner les soldats des enjeux de la guerre et de la réalité des effusions de sang. » Pour peu que les ennemis soient vus par les soldats comme de simples formes indiquées par le casque, le risque est effectivement bien présent. À la manière des frappes de drones où l’adversaire n’est qu’un point sur un écran, l’utilisation du HoloLens pourrait rendre les soldats particulièrement insensibles au meurtre.

Satya Nadella // Source : Flickr/Heisenberg Media

Un bras de fer perdu d’avance

L’intention des employés de Microsoft est louable, mais il est difficile d’imaginer qu’ils réussiront à changer la situation. Dans une interview à CNN le 25 février, Satya Nadella ne montrait aucune envie d’annuler le contrat, bien au contraire. Il expliquait que la direction de Microsoft avait « pris une décision de principe qui est que nous n’allons pas empêcher nos institutions élues démocratiquement d’utiliser notre technologie pour protéger notre liberté ». Le chèque de 479 millions de dollars a dû donner un coup de pouce à la « décision de principe » et le PDG semble bien décidé à ne pas lâcher le contrat pour lequel il a du batailler, notamment face à Magic Leap, une société spécialisé dans la réalité augmentée.

C’est la deuxième fois en moins d’un an que la direction de Microsoft fait face au mécontentement de ses employés. La dernière lettre ouverte, qui avait récolté plus de 300 signatures, critiquait la collaboration entre l’entreprise et l’agence de contrôle des frontières des États-Unis. Là encore, la demande principale était de rompre le lien avec le gouvernement, sans aucun résultat au final. Avec HoloLens, l’histoire semble se répéter, sauf qu’elle pourrait cette fois-ci causer bien plus de dégâts.

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