La Commission européenne a lancé une enquête préliminaire sur Amazon, parce que certaines de ses pratiques commerciales pourraient enfreindre la législation.

Il a suffi d’une  seule mention au détour d’un communiqué et d’un journaliste attentif pour révéler les intentions de Bruxelles à l’égard d’Amazon. Lors d’une conférence de presse sur l’enquête visant d’éventuelles aides d’État du Luxembourg au profit de McDonald’s, enquête qui a conclu qu’il n’y a pas eu de traitement fiscal particulier, la Commission européenne a confirmé le 19 septembre regarder les activités d’Amazon de près.

La raison ? Amazon est une plateforme duale : elle héberge les activités commerciales des marchands du monde entier, y compris les plus petits d’entre eux, ce qui leur permet aussi d’avoir une certaine visibilité qu’il n’aurait peut-être pas s’ils se contentaient seulement de leur site web. Et par ailleurs, Amazon est aussi un commerçant (des vêtements, des films, des liseuses électroniques, des enceintes connectées, etc.).

Une usine Amazon, où sont emballés les colis. // Source : Maryland GovPics

Enjeu des données

« L’enjeu ici concerne les données, parce que si vous, en tant qu’Amazon, obtenez les données des petits commerçants que vous hébergez — ce qui peut bien sûr être tout à fait légitime parce que vous pouvez améliorer votre service au profit de ces petits commerçants — utilisez-vous également ces données pour faire vos propres calculs ? » s’interroge Margrethe Vestager.

La commissaire européenne en charge de la concurrence, qui était questionnée par le journaliste sur le cas Amazon, qui est aussi implanté au Luxembourg pour des raisons fiscales, ajoute, pour préciser sa pensée : ces calculs permettent-ils à Amazon de savoir « qu’est-ce qui est la nouvelle tendance, qu’est-ce que les gens veulent, quel genre d’offres aiment-ils recevoir, qu’est-ce qui les incite à acheter des choses ? ».

Margrethe Vestager
Margrethe Vestager. // Source : Radikale Venstre

Enquête préliminaire

C’est pour le savoir que Bruxelles a décidé de lancer une enquête préliminaire sur le géant du commerce électronique. Mais Margrethe Vestager indique que tout ceci n’est qu’à un stade très peu avancé. Le travail consiste pour le moment à collecter des informations et à transmettre des questions aux marchands afin d’éclairer sur les problématiques qui pourraient éventuellement déboucher sur une enquête formelle.

Les questionnements européens sur les activités d’Amazon ressemblent, toutes proportions gardées, à celles que l’on se pose à l’égard de Google, qui est aussi dans une posture duale : l’entreprise américaine est par exemple à la fois le moteur de recherche pour les autres — essentiellement tout le web, au regard de ses parts de marché –, mais aussi pour lui-même.

Dès lors, il peut être tentant de se favoriser puisque l’on se retrouve dans une situation de juge et partie.

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