Aux États-Unis, Lyft proposera des prix réduits et même des courses gratuites pendant les élections de mi-mandat. Le VTC déclare qu'il s'agit d'une action citoyenne. L'initiative n'est pas nouvelle.

Les services de voiture de transport avec chauffeur (VTC) peuvent-ils donner un coup de pouce à l’expression de la citoyenneté, par exemple en proposant des prix réduits voire même des courses gratuites, de façon à pousser la population à se rendre dans un bureau de vote lorsque surviennent des élections capitales dans le pays ? L’idée peut paraître de prime abord saugrenue.

Cette piste est pourtant explorée aux États-Unis par Lyft, le grand rival d’Uber dans la mise en contact de passagers avec des conducteurs. CNET signale que la société va offrir des trajets à prix réduit aux électeurs le 6 novembre, pour les élections de mi-mandat. « Il s’agit d’utiliser notre voix et notre plateforme pour s’assurer que les gens ont accès au vote », déclare un cadre de Lyft.

Il est même prévu d’offrir des courses gratuites pour les personnes se trouvant dans des collectivités mal desservies par les transports en commun.

Cette initiative est loin d’être vaine car elle se déploie dans des endroits où il peut s’observer une corrélation entre le niveau de vie individuel et la qualité et l’étendue des infrastructures, qui n’ont pas toujours suivi. Cette problématique de la mobilité des pauvres n’est pas nouvelle : elle est documentée et se trouve aussi en France. Elle concerne 8 millions de personnes.

Or, cette faible capacité à se mouvoir est susceptible d’avoir une incidence sur le taux de participation aux scrutins, en particulier aux États-Unis, où des stratagèmes existent pour évincer du processus électoral toute personne. Pris ensemble, ces obstacles rendent de facto l’accomplissement de l’acte citoyen plus « coûteux » pour une personne aux faibles moyens (parce qu’il faut investir du temps et de l’argent).

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CC Metronews Toulouse

Une étude portant sur l’élection présidentielle américaine de 2012 a ainsi mis en lumière que l’écart de participation entre les votants gagnant moins de 50 000 dollars par an et ceux touchant plus de 75 000 dollars était de 15 points. 50 000 dollars n’est certes pas le marqueur d’une extrême pauvreté, mais il illustre avec des données statistiques cette impression sur l’implication plus faible des personnes moins riches.

Ce cas de figure n’est pas propre à l’Amérique. Pour la France, l’institut Ipsos avait noté pour les élections européennes de 2014 que l’abstention s’élève à 70 % chez les personnes issues de foyers gagnant moins de 20 000 euros bruts par an, et à 50 % chez celles issues de foyers gagnant plus de 50 000 euros annuels. Si la question du transport n’est pas le seul facteur, elle entre dans l’équation.

Pas une première

L’offre de Lyft, qui a de forts accents citoyens, n’est toutefois pas une première : l’an passé, l’entreprise française de VTC LeCab annonçait pour les Parisiens la gratuité et le caractère illimité de toutes les courses se déroulant le 7 mai pendant l’élection présidentielle (une poignée de villes à proximité était aussi concernée), entre 7 heures du matin et 20 heures le soir.

L’initiative, bien que rappelant celle de Lyft, était plus restreinte géographiquement.

Ailleurs dans le monde, d’autres exemples existent : en Malaisie, la société de VTC Grab a offert des courses à prix réduit le jour d’une élection se déroulant le 9 mai.

L’offre portait sur tous les bureaux de vote situés dans 25 villes du pays, lorsque le trajet de la course se rendait ou partait depuis l’un d’entre eux. « Nous avons estimé qu’il était impératif de rappeler à nos compatriotes malaisiens que leur voix et leur vote sont importants pour décider du type de Malaisie dans laquelle nous voulons vivre », déclarait un responsable de Grab.

LeCab

Pour les entreprises de VTC à l’origine de ces offres d’un jour, cela peut représenter un manque à gagner potentiel. Cependant, celui-ci peut très vite être résorbé grâce à une hausse temporaire du nombre de clients intéressés par l’offre. Mais surtout, l’intérêt se situe plutôt à moyen et long terme, même si cela nécessite de sacrifier des gains à très court terme.

Pour ces entreprises de VTC, cela leur permet de de construire une image positive auprès du public — dans un contexte où les effets de l’ubérisation sont de plus en plus saillants et critiqués — mais aussi d’étendre leur visibilité auprès d’une plus population plus vaste, qui n’est peut-être pas familière de ce type de transport. Et peut-être qu’en bout de course, une fraction deviendra cliente du service.

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