En campagne pour effectuer un troisième mandat à la tête d'Orange, Stéphane Richard a reçu le feu vert du conseil d'administration. Il lui faut encore obtenir l'assentiment de l'assemblée générale. Mais l'affaire Tapie pourrait le remettre en cause à ce poste.

C’est un large plébiscite en faveur de Stéphane Richard. Lors de l’assemblée générale qui s’est tenue vendredi 4 mai, les actionnaires ont très largement voté en faveur du renouvellement de son mandat d’administrateur, avec 88,62 % des droits de vote. En conséquence, le conseil d’administration du principal opérateur français a décidé de reconduire Stéphane Richard dans ses fonctions.

L’ancien haut fonctionnaire, qui occupe le poste de PDG depuis 2011, va donc pouvoir continuer à diriger Orange pour une période supplémentaire de quatre ans, jusqu’en 2022. En début d’année, le conseil d’administration avait déjà fait savoir lors d’un vote qu’il était favorable à ce que l’intéressé puisse accomplir un troisième mandat, mais des difficultés pourraient l’empêcher de l’achever.

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Crédits : Orange

En effet, Stéphane Richard pourrait être contraint de se trouver une autre activité professionnelle si sa culpabilité est reconnue dans l’affaire Tapie – Crédit lyonnais. Tel est le message qu’a fait passer Bruno Le Maire, le ministre de l’économie et des finances, le 21 janvier lors de son passage sur l’antenne de BFMTV. Mais en attendant la survenue d’un tel scénario, chacun a le droit à la présomption d’innocence.

« Pour toutes les entreprises publiques qui sont sous ma responsabilité de ministre de l’économie, les règles du jeu doivent être claires : s’il y a condamnation du dirigeant, il y a départ immédiat du dirigeant », a prévenu le patron de Bercy. Et cela, même si Stéphane Richard, le PDG d’Orange depuis le 24 février 2011, fait du bon travail à son poste, de l’avis du gouvernement.

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Bruno Le Maire.
CC Conseil d’État

Bruno Le Maire a en effet rappelé que Stéphane Richard « a pacifié une entreprise qui, souvenez-vous, était dans une situation de conflit social, de souffrance des salariés considérable », en référence à la mise en place d’un plan de redressement qui a été mal vécu en interne et aux suicides d’employés qui ont fait l’objet d’une importante médiatisation dans les années 2010.

Âgé de 56 ans, Stéphane Richard a déjà bouclé deux mandats de quatre ans chacun à la tête du premier opérateur de télécommunications de France. Il en brigue un troisième mais l’interminable affaire judiciaire entre Bernard Tapie et une filiale du Crédit lyonnais jette un lourd voile d’incertitude sur l’avenir de l’intéressé au poste de PDG d’Orange.

Mis en examen depuis 2013

En effet, Stéphane Richard est mêlé à ce dossier dans la mesure où il était le directeur du cabinet de Christine Lagarde, alors ministre de l’économie et des finances de 2007 à 2011. Or, c’est à ce moment que le gouvernement de l’époque a rendu un arbitrage sur cette affaire, et qui demeure encore aujourd’hui extrêmement controversé. Au point de menacer son poste à la tête d’Orange.

Stéphane Richard a été mis en examen pour « escroquerie en bande organisée » le 12 juin 2013, après une garde à vue le 10 juin et une perquisition à son domicile le 24 janvier de la même année. Deux ans plus tard, le 21 mai 2015, c’est pour le chef de « complicité de détournement de fonds publics par une personne privée » que le PDG est poursuivi.

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Stéphane Richard.
Crédits : J.Knaub/Sipa Press/Orange

Spécifiquement, il est reproché à Stéphane Richard d’avoir dissimulé à Christine Lagarde des notes de l’Agence des participations de l’État déconseillant le recours à l’arbitrage. Il est également accusé d’avoir utilisé la signature pré-imprimée de la ministre sur un courrier du 23 octobre 2007 donnant des instructions sur l’arbitrage. Dans les deux cas de figure, l’intéressé conteste évidemment ces reproches.

L’État est l’actionnaire principal d’Orange, avec 23 % du capital. Il a donc voix au chapitre pour ce qui est du renouvellement du mandat de Stéphane Richard au poste de PDG. Tout comme il peut peser sur son maintien à ce poste, en fonction des évolutions judiciaires d’un dossier qui a débuté en… 1992.

(mise à jour le 7 mai 2018 avec la décision de l’assemblée générale)

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